SUR LE TRÈS SATNT NOM DE JÉSUS
(( Oui, quand la muse Galliope me donnerait cent bouches; quand elle m'abreuverait de l'onde sacrée qui inspira Philétas;
« Quand le guide divin des sœurs de Castalie composerait mes chants, je demeurerais impuissant à célébrer ce doux nom.
« Jésus ! Tu es suave comme le miel, embaumé comme le printemps, ô de tous les noms le plus doux : ta douceur, elle est connue du ciel, de la terre, des mers.
« L'homme sait tes attraits. Le nectar que les ruches de jonc de l'Hybla tiennent pressé dans leurs réseaux, aucun nectar n'égale tes délices.
« De toi s'exhalent le parfum du lis, le parfum de la violette; et la rose de pourpre et la rose argentée assemblent en toi leurs parfums.
« Nom d'où la grâce rayonne, nom plus charmant au regard que les prairies en fleur, que les arbustes à la riche parure.
« Auprès de toi n'ont plus d'arôme les plantes que la forêt prodigue au Centaure; auprès de toi plus d'odeur la corbeille de la naïade, toutes les corbeilles des déesses.
« Moins délicieuse que la tienne est la saveur du miel le plus exquis, du miel que dépose en ses alvéoles l'abeille de l'Attique.
(i) De récentes et vives discussions donnent un intérêt particulier à cette œuvre d'un saint, toute semée de réminiscences mythologiques. — Nous ne voulons pas conclure qu'il soit bon de mêler la mythologie aux louanges de Jésus Christ ou de sa Mère. L'original de cette pièce fut d'abord légué au Père Otto Zylius, recteur du collège de Bois-Je- Duc. Il est aujourd'hui perdu. La bibliothèque royale de Bruxelles en possède une copie authentique, reproduite par le Père Vanderspeeten.
Au procès d'Anvers, le P. Otto Zylius dit : « Servo cum veneratione primnm ipsius carmen, gnod est de sanclissimo JESU nomine, ejus manu exaratum ».
« Vrai Fils de Dieu, Jésus, Fils né avant tous les temps, salut! Salut, Jésus, Nom le premier des noms.
« Jamais plus douce mélodie ne charma l'oreille de l'homme-, plus ravissant objet ne remua jamais son cœur.
« Jésus! Nom gage de bonheur pour l'humanité, Nom où tout bonheur a sa source; car nul n'est sauvé que par toi.
« Radieux, il s'élève au dessus de tous les noms; il domine leur multitude, et sur eux épanche son doux éclat.
« Il n'est pas sur la terre œuvre divine*, rien du couchant à l'aurore qui puisse égaler sa splendeur.
« Jésus! but où dirige ses traits la haine des méchants; tour immuable contre laquelle se dresse leur audace, s'acharne leur fureur.
« Nom le plus beau que les âges aient contemplé, Nom plus brillant que la glace diaphane, Nom plus brillant que le cristal. « En lui seul éclate la splendeur de toutes les beautés; en douter, serait dire : l'astre des nuits est sans clarté.
« Comme scintille dans l'or qui l'enchâsse le feu du diamant; comme à travers les eaux brille le jaspe le plus pur; plus encore ton Nom, Jésus, entre les noms.
« Loin donc, bien loin de lui l'éclat des fleurs, l'odeur des plus rares parfums, la suavité du miel que l'abeille dérobe aux roses de l'Elysée;
« Loin les vives ou chatoyantes couleurs de la sardoine, du
saphir, du jaspe, de la topaze, des perles que roulent les eaux;
« Archétype de toute beauté, source unique de tout bonheur,
Nom de Jésus, salut! Et ma langue se tait, heureuse d'avoir dit
tes louanges » (i).
(i) L'amour du nom de JESUS alla toujours grandissant dans le cœur de Jean. Plus tard, il n'écrira pas même un petit billet quelconque, sans y tracer, d'abord, en grandes lettres: JESUS..., et le P. Piccolomini dira, un jour : « Tengo por certo che ebbe una gran carita... so questo..., da se°ni esterni..., corne..., tante volte, nelle sue scritture, porre nel principio questa parola : JESUS, como io stesso ho visto, e ne ritengo alcune eziandio piccoline, datemi da lui, con tal segno ».