‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 13 sur 97 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

9îé§fociatioii pour la paiis:. Aprivëe des eomsBïissaires Roume, St'IjéseT et jflirbeek.»

Ainsi à l'Ouest comme au Nord, partout incendie et carnage. Cependant les insurgés du Nord sem-

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biarent se disposer à la paix. Jean-François, qui tenait une petite cour à la Grande-Rivière, se plaisait à donner des fêtes. Le O novembre, il y eut au camp général un grand concours de monde; ces bommes, qui n'avaient pris les armes que pour avoir trois jours francs par semaine, rassasiés de meurtres, agitèrent la question de la paix. On arrêta de faire une adresse à l'assemblée coloniale : un blanc, procureur de la commune de Valière, M. Gros, qui avait été fait prisonnier au sac de ce village et à qui par miracle on avait laissé la vie sauve , fut chargé de rédiger l'adresse. Cette adresse dans laquelle on demandait un certain aombre âe libertés pour les chefs de l'insurrection et des lois pour l'amélioration du sort des esclaves, fut portée à Jean-François au camp Prieur , où il faisait depuis peu sa résidence. Ce chef l'approuva, « Ses réflexions, dit Gros, portaient l'empreinte du bon sens, d'un fond d'humanité et d'un génie au dessus de son espèce ; car m'étant émancipé jusqu'au point de lui demander quel était le vrai but de la guerre qu'il nous faisait, il me répondit avec bonnêleté, refusant néanmoins de s'expliquer catégoriquement. Ce qu'il me dit suflit cependant pour fixer à jamais mon jugement. Voici ses propres expressions: ce Ce n'est pas moi qui me suis institué général des nègres : ceux quienavaient le pouvoir m'ont revêtu de ce titre. En prenant les armes, je n'ai

jamais prétendu combattre pour la liberté g néraîe, que je sais être une chimère tant par le besoin que la France a de ses colonies que par le danger qu'il y aurait à procurer à des hordes incivilisées un droit qui leur deviendrait infiniment dangereux et entraînerait indubitablement lanéantissementde la colonie; que si les propriétaires avaient été tous sur leurs habitations, la révolution n'aurait peutêtre pas eu lieu. Ensuite il se déchaîna beaucoup contre les procureurs et économes : il voulait qu'on insérât comme article fondamental dans les conventions, qu'il n'y en aurait plus à Saint- Domingue (1). «

Jean François, avant de se décider entièrement, voulutavoir l'avis du père Bien venu etdedeLahaye, curé du Dôndon (2) ; ils furent invités à se rendre au camp Prieur et fortifièrent Jean-François dans ses pacifiques dispositions. Les propositions furent envoyées au Fort-Dauphin et à la Marmelade. Le 5 décembre, Thouzard, qui commandait au Fort-Dauphin, répondit que les propositions étaient acceptables et qu'il les expédierait à l'assemblée coloniale. Jean-François, à cette nouvelle, laissa éclater sa joie ; il envoya dans les camps l'ordre de cesser les hostilités et fit traiter ses prisonniers avec plus d'humanité.

(!) Rêeii liktorique, par Gros.

(2) Prisonnier des révoltés.

Alors seulement Jean-François, qui redoutait Teniportement de Biassou, lui dévoila le secret; Biassou trompa tout le monde en donnant son approbation à tout ce qui avait été fait.

Mais le temps s'écoulait; Thouzard n'avait pas expédié les dépêches ; la conciliation n'entrait pas dans les vues de ce contre-révolutionnaire.

C'est à cette époque que débarquèrent au Cap, le 28 novembre, trois commissaires envoyés par la métropole avec une mission de paix ; ces trois corn missaires étaient messieurs Roume, Mirbeck et St.- Léger. Roume, créole de la Grenade, avait été conseiller en cette ile et ensuite commissaire ordonnateur à Tabago; sous son extérieur simple et modeste, il renfermait beaucoup de science ; d'un caractère flegmatique, il eût été inabordable aux attaques des factions, si sa faiblesse ordinaire n'en provoquait pas les vœux.

Mirbeck, avocat célèbre au conseil d'État, où il avait plaidé beaucoup de causes pour les colons, avait une hauteur raide dans le caractère.

St.-Léger avait longtemps séjourné à Tabago, comme médecin et comme interprète de la langu anglaise; il y possédait des esclaves.

Ce sont ces trois hommes à qui était confiée la mission de retirer la colonie des bords de l'abîme où elle allait se précipiter.

l>e premier soin des comotissaires fut de cher"

cher à apaiser la guerre civile qui dévorait l'Ouest, et d'arrêter l'ouragan qui couvrait le Nord de ruines; ils firent abattre les potences qui étaient dressées en permanence à la Fossette.

La nouvelle de l'arrivée des commissaires décorés du caractère de représentants du roi, causa de la sensation à la Grande-Rivière. Le père Sulpice,curé du Trou, y envoya la proclamation du roi du 30 septembre qui proclamait une amnistie. Jean- François elBiassourcsolurent d'envoyerdirectement une dcputation au Cap ; ils demandaient par leur lettre du 12 décembre la liberté pour les principaux chefs et promettaient, moyennant cette concession, de faire rentrer dans l'esclavage les nombreux ateliers qu'ils avaient soulevés ; la lettre porte la signature de Jean-François, de Biassou, de Toussaint, de Manzeau et de Desprèz.

Ainsi ces chefs allaient aliéner la liberté de leurs frères ; ce qu'il y eut de plus exorbitant, c'est que Jean-François et Biassou demandaient trois cents libertés, tandis que Toussaint opinait pour réduire le chiffre des libertés à cinquante (1). Mais notons qu'il faut tenir compte qu'à cette époque la liberté générale semblait un rêve irréalisable ; en présence de la conduite de Toussaint, que devient maintenant le reproche fait à Ogé de n'avoir pas appelé les

(1) Récit de Gros.

esclaves à prendre part à sa (eniative d'émancipation ? J'insiste à dessein sur ce point. Cependant, qui devait porter au Cap Tadresse des insurgés? la population blanche de cette ville inspirait, par les exécutions fréquentes qu'elle faisait, une telle terreur aux noirs que nul nosa se charger de cette mission. Deux hommes de couleur, Raynal, mulâtre libre, et Duplessy, nègre libre, habitants de la Grande-Rivière, offrirent de faire le voyage.

Raynal et Duplessy se rendirent donc au Cap. Au poste St. -Michel , on leur banda les yeux et on les fit escorter en ville , d*abord , chez le général Blanchelande, puis on les conduisit à rassemblée, enfin à Thôtel de la commission.

L'orgueil des membres de l'assemblée avait reçu avec hauteur et dédain les missionnaires de la paix; la commission, au contraire, les écouta avec bienveillance. L'assemblée avait ajourné à dix jours la réponse qu'elle devait aux propositions qu'on lui faisait.

Néanmoins le retour de Raynal et de Duplessy confirma les insurgés dans leui s bonnes dispositions; les blancs qu'ils détenaient prisonniers dans les divers camps furent mieux traités.

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