‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 14 sur 97 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

I&etour des niissioitnaipes au Cap. Cîolèpe de Siassou. Sagresse de Toussaint.

Raynal ei Duplessy, au jour convenu, revinrent au Cap ; Cadusch les fit introduire à la ban e de rassemblée: « Émissaires des nègres en révolte, leur dit-il, vous allez entendre les intentions de l'assemblée coloniale. L'assemblée fondée sur la loi et par la loi, ne peut correspondre avec des gens armés contre la loi, contre toutes les lois. L'assemblée pourrait faire grâce à des coupables repentants et rentrés dans leurs devoirs. Elle ne demanderait pas mieux que d'être à même de reconnaître ceux qui ont été entraînés contre leur volonté. Elle sait toujours mesurer ses bontés et sa justice ; retirez-vous î »

Retirez vous ! à des hommes qui viennent l'olivier à la main ! à des hommes que vous avez appris sans raison à mépriser, et qui sauront un jour vous mépriser î Les deux émissaires sortirent de l'assemblée , l'indignation dans le cœur, la malédiction frémissante sur les lèvres ; ils percèrent la foule des spectateurs , le front haut , et quand

celte foule croyait les conspuer par des cris, ils s'en allaient enregistrant un nouvel outrage au livre de la vengeance.

Heureux de n'avoir pas dans l'ardeur des passions péri au Cap , Raynal et Duplessy revinrent à la Grande-Rivière annoncer à leurs chefs l'inutilité de leurs tentatives.

Ainsi semblait s'évanouir tout espoir de la paix; ainsi l'aristocratie blanche, jetant insolemment le gant à l'insurrection, croyait être encore à ces jours où d'un regard le colon faisait plier les genoux à l'esclave ; ces pauvres blancs ne se doutaient pas que la liberté appartient à tous, et que toute prospérité bâtie par le privilège doit nécessairement disparaître dans la marche du temps où se confond Tépiderme et où s'égalise le sort.

L'arrivée des émissaires à la Grande-Rivière fit assembler la population et l'armée; chacun avait rêvé à l'union ; mais quel ne fut pas le désappointement de ces hommes simples ! Quand les émissaires leur eurent raconté la manière hautaine avec laquelle ils avaient été reçus, un cri de rage et de douleur s'éleva dans les airs.

Biassou s'emporta suivant son habitude et ordonna de tuer tous les blancs qu'il détenait dans les camps de sa dépendance.

Toussaint, qui avail signé les dépêches, et qui aussi avait cru à un accommodement, vit avec douleur la colère si redoutable de Biassou. Toussaint, toujours humain et son ami François Laffitte , toujours débonnaire, envisagèrent avec horreur les préparatifs de l'holocauste; ils en épargnèrent la honte à l'humanité, en apaisant la fureur de Biassou, en prenant sous leur protection toutes les victimes déjà désignées au sacrifice, en démontrant à leur chef que dans les grands orages il y a de la magnanimité à garder de la sérénité.

Toussaint possédait une élocution rapide , animée, figurée, une éloquence qui puisait son triomphe dans les lois de la nature: la colère de Biassou fut calmée.

Il y a des milliers de traits pareils à celui que nous venons de citer dans la vie de Toussaint et de François Laffitte.

Ainsi encore un jour Biassou reçoit une proclamation du Cap ; elle engageait les esclaves à rentrer dans le devoir. Biassou fait prendre les armes à son monde, et ordonne la lecture de la proclamation ; chacun y répond par un cri de mort contre les blancs prisonniers. Toussaint frémit, s'élance rapidement sur la proclamation, en donne lui-même une nouvelle lecture ; puis , commentant les mots de paix et de travail , il fait taire la colère ; il y substitue le désir de la tranquillité; il désarme la

vengeance, il met à sa place le senliment de la charité : des larmes coulent des yeux de tous les insurgés et les prisonniers sont sauvés.

Page 1