‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 17 sur 97 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

iSoiitl&oiiaiL partiioMi" P©rt-aiift«Pi»îïîce. I§a s»eiicoiitre à S. Marc avec Polvérel* Guerre de la iiftétropole coiatre l'E«o»©pe coalisée. î^'armëe de «f eaii-fraiieoi^ pas^e ais service de l'£spague. Iiicesidie du Cap. Proclamation de la liberté»

Pendant les événements que nous venons de raconter, Polvérel était aux Cayes, cherchant à faire comprendre au sud et à l'ouest les bienfaits de la paix ; mais le Port-au-Prince était éloigné plus qu'aucune autre cité des idées de fusion ; l'aristocratie cutanée, toute puissante, y bravait l'autorité delà commission.

Sonthonax part du Cap le 28 février avec un détachement de cent hommes commandé par Desfourneaux et de cinquante dragons commandés par Martial Besse.

Polvérel, revenant des Cayes à Saint-BIarc, guidé par des hommes dévoués, ne toucha pas au Port-au- Prince, dont l'esprit d'insubordination était tel que le gouverneur général de Lassalle y était constitué prisonnier; dans sa route iî rencontra Sonthonax. Ces deux enfants de la France s'estimèrent heureux

de n'avoir pas péri an milieu des tourmentes politiques qui dévoraient le pays, et de se rencontrer de nouveau loin d'une patrie commune; l'âme pleine de la beauté et des périls de leur mission, ils s'embrassèrent sur le rivage au milieu de l'émotion générale.

Polvérel et Sonthonax résolurent d'aller soumettre le Port-au-Prince. Le 24 mars, ils mirent en réquisition les quatorze paroisses de l'ouest ; le 21 avril, cette ville, après une cannonade, ouvrit les portes à la commission qui, cette fois, réinstalla les proscrits du 21 novembre dans leurs foyers; elle fit plus ; elle les organisa en troupes soldées, sous le nom de légion de l'ouest, dite de l'Egalité ;cette légion fut composée de trois bataillons, un d'artillerie, un d'infanterie, un de cavalerie.

Tout alors présageait de nouvelles destinées à la colonie. L'infortuné Louis XVi avait porté sa tête à lecliafaud (le 21 janvier 1795) ; la France avait proclamé la République; ce grand événement devait provoquer une lutte à mort contre les rois.

Loin de craindre cette lutte, la Convention en donna le signal; elle déclara la guerre à l'Angleterre, à la Hollande, à la Prusse , à l'Empire et à l'Espagne. Aussitôt la déclaration de guerre, les grands planteurs qui étaient à Londres offrirent au gouvernement de ce pays de lui livrer la colonie de Saint Domingue. Cette offre fut d'abord

repoussée; car l'Angleterre était absorbée par les événements du continent européen.

Les nouvelles de l'Europe étaient parvenues officiellement à Sonthonax et Polvérel ; leur énergie fat à la hauteur des dangers que semblait courir la mére-patrie. Par leurs ordres la déclaration de guerre fut proclamée partout avec solennité : elle eut lien au Cap le 22 mars (1).

Les destinées de là colonie se trouvaient compliquées de celles de la mère-patrie;la mort de LouisXVI éloigna plus que jamais les esclaves de toute pensée de recours à la paix. Ces hommes simples, qui dès le commencement de Tinsurrection, n'avaient jamais cessé de gémir sur le sort du roi, d'invoquer son nom au milieu des combats j ces malheureux, à qui les contre-révoluiionnaires avaient persuadé que le roi leur avait accordé trois jours de liberté par semaine, et qui accusaient leurs maîtres de ne pas vouloir leur accorder ces trois jours, jurèrent haine à la République régicide. Ils étaient déjà en bonne intelligence avec les Espagnols de qui, en échange de leurs bestiaux, ils recevaient leurs provisions débouche, leurs habits, leurs munitions de guerre quand une politique ennemie de la France n'eut aucun effort à faire pour les enrôler sous ses bannières; ils passèrent presque aussitôt après la publication de la guerre au service du roi d'Espagne,

(1) Lettre de la commission intermédiaire à Sonthonax.

CharlesIV,sous le titre d'auxiliaires. Jean. François, reconnu lieutenant-général par le roi d'Espagne, perdit l'hyperbole de ses titres de roi et de généralissime. Biassou devint brigadier des armées ; son aide-de-camp Toussaint eut le même titre ; on leur décerna au nom du roi d'Espagne une médaille à son effigie,- à l'exergue se trouvait une couronne de laurier autour de laquelle, on lisait : el meriio; la main amicale d'un voisin d'autant plus redoutable que seul il pouvait nourrir, entretenir et protéger une insurrection que Laveaux avait rendue aux abois, donna par des hochets une nouvelle intensité à la dévastation; plusieurs postes conquis par Laveaux furent repris. Cette fois,ce ne fut plus pour cinquante libertés que Jean-François, Biassou et Toussaint combattaient ; forts du fanatisme espagnol, ils combattirent, disons-le à leur honte, pour l'esclavage des leurs et pour l'intronisation d'un nouveau roi en France (sic).

La métropole n'avait pas été sans sollicitude pour ses colonies; dans ces moments critiques , où à peine elle-même pouvait trouver dans son sein de la fidélité et du dévouement, elle jeta les yeux sur le général Galbaud, possesseur de biens dans les colonies et qui devait occasionner un mal plus grand que celui qu'auraient occasionné les esclaves. Galbaud, monté sur la frégate la Concorde, parut

au Cap le 6 mai; Laveaux , qui y avait le suprême commandement, le reçot avec ia joie que des fils d'une même contrée éprouvent en se voyant.

Aussitôt sans attendre l'arrivée des commissaires, Galbaud se fit installer dans ses fonctions de représentant du pouvoir exécutif; il ne se croyait obligé à aucune déférence à Tégard des autorités civiles. Mais la commission , triomphante dans l'ouest et dans le sud, où elle avait établi partout, à la place des commandants blancs, des commandants mulâtres, entrait au Gap le 7 juin, avec un détachement d'affranchis commandés par Chanlatte.

La commission ne vit dans Galbaud qu'un lieutenant de Dumouriez qoi pouvait trahir le gouvernement. L'examen de ses pouvoirs fit penser aux commissaires qu'il avait du reste surpris la religion delà Cconvention, parceque la loi du 4 avril 1 792 interdisait le gouvernement général aux possesseurs d'immeubles à Saint-Domingue. Une première explication, qu'il n'entre pas dans notre plan de détailler, eut lieu entre les commissaires et le général Galbaud ; la commission ordonna l'embarquement de César Gaîbaud dont les propos inciviques étaient faits pour réveiller leur attention.

Le général voulut réclamer, on lui ordonna à luimême de se rembarquer ; il le fit avec sa femme et ses enfants, le 11 ; ce jour, Laveaux fut appelé à l'intérim du gouvernement, en attendant Lassaile,

qui semblait être destiné à saisir à chaque instant, le timon des opérations militaires malgré la débilité de son grand âge.

Galbaud, à bord du vaisseau le Jupiter, brandissait la torche de ia discorde ; il se proclama le chef d'une révolte dont la conséquence fut l'incendie et la ruine de la ville du Cap, que les colons appelaient dans leur enthousiate amour, le Paris des Antilles.

La commission se retira au haut du Cap, sur l'habitation Bréda, où se trouvait un camp pour protéger la ville de l'irruption des révoltés. N'ayant plus aucune confiance dans les blancs, qu'elle soupçonnait tous d'être contre-révolutionnaires ; et, cherchant de nouveaux défenseurs pour la cause républicaine, elle proclama le 22 juin la liberté de tous les esclaves qui s'enrôleraient pour la sainte cause de la République. Cette mesure était commandée par une loi suprême; la commission en assuma la responsabilité sur sa tête. Pierrot , qui commandait pour Biassou, au Port-Français, non loin du Cap, fut le premier à se confier à cette proclamation; il vint avec sa bande se mettre à la disposition de la commission.

Mais l'incendie n'était pas éteint; la flotte était dans la rade, Martial Besse , homme de couleur , ancien soldat au 18^ régiment, commandant militaire alors au Terrier Rouge, fut appelé au secours

de la commission. A la tête de 150 dragons, il traversa, non sans peine et à fond de train, les fossés de Limonade, s'empara, chemin faisant, du Posle- Saint-Michel et arriva au Haut-du-Cap. La commission l'envoya prendre le commandement de la ville dont Lavaux , toujours malade , ne pouvait supporter le poids et lui adjoignit Villale, capitaine d'une compagnie de troupes franches.

Notons en passant que c'est ici pour la première fois qu'apparaît Christophe, qui devait plus tard devenir roi d'Haïti : il était alors volontaire dans une compagnie de canonniers, dont Galbaud avait ordonné la formation ; celte compagnie était destinée à fabriquer des cartouches (1 ).

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