‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 18 sur 97 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

iLiTPaison de plusieurs communes aui^ espagnols ou à leurs auxiliaires.

Martial Besse avait réussi à faire éteindre les feux de l'incendie ; Galbaud avait suivi la flotte (2) à la Nouvelle-Angleterre ; un seul vaisseau , l'América,

(1) Contrôle nominatif de la compagnie des volontaires;archives générales.

(2) Cette flotte se composait des vaisseaux de 74 : l'América, le Jupiter, l'Éole; des frégates la Surveillante, la Concorde, l'Inconstante, l'Asirée, la Fine, la Précieuse; de la gabarela Nor-

commandé par M. de Cambis, était resté fidèle aux lois de la République.

La commission rentra au Cap , pensant que l'appel qu'elle avait fait aux instincts libéraux des esclaves, eût suffi pour enfanter parmi eux des vengeurs pour la dignité républicaine outragée ; mais l'amour de la liberté , toujours incompris par les insurgés , ne résonna dans le cœur d'aucun d'eux , pas même dans le cœur de Toussaint. Il est vrai qu'alors Toussaint n'était plus l'obscur esclave révolté, courant tous les dangers d'une situation nouvelle; c'était un général au service du roi d'Espagne.

Ce fut à de Nully, commandant alors auDondon, que la commission confia le soin de la conversion de l'armée de Biassou, qui alors campait au Bassin- Caïman , tandis que Jean-François se tenait dans Test.

Voici la réponse que les insurgés firent à de Nully :

w Le Commandant en chef et les officiers d'étatmajor de l'armce campée au Bassin-Caïman, au nom de ladite armée , répondent à M. de Nully , commandant en chef le cordon de l'ouest, et aux

mande; des corvettes la Favorite, le Cerf, l'Expédition, le Serin, l'Actif, la Manche, le Las-Casas, la Convention Nationale, la République ; elle se dirigea aux Etals-Unis d'où elle rentra en France.

officiers signataires , que ladite armée est pour la protection et aux ordres de S. M. catholique ; qu'en conséquence, ils ne traiteront jamais avec les commissaires civils dont ils méconnaissent l'autorité et les pouvoirs ; déclarant en outre, qu'ayant jusqu'à présent conjointement avec leurs autres frères, combattu pour soutenir les droits du roi, ils répan^ dront tous jusqu^à la dernière goutte de leur sang, pour la défense des Bourbons , auxquels ils ont promis une inviolable fidélité jusqu'à la mort*

Au camp du Bassin-Caïman, 25 juin 1793.

Signé : Toussaint , général d'armée du roi ; Moyse(l), brigadier des armées du roi, Thomas, commandant la Crète-Rouge; Eiassou, gouverneur général pour le roi (2); Gabart, colonel.

Ce qui contribuait le plus puissamment à donner tant d'arrogance aux insurgés , était la criminelle tentative du général Galbaud; cette tentative fut en effet un coup funeste à la France : les troupes européennes mêmes firent défection , et La Feuillée , qui commandait à Ouanaminthe , livra ce bourg à Jean-François (6 juillet), bien que ce poste important fût défendu par 400 soldats de

(1) Moïse était neveu d'adoption de Toussaint ; c'est la première fois que nous voyons son nom.

(2) Biassou, on le voit, prenait indiiïéremment tous les titres d'honneur.

ligne et 8 pièces de canon; le même jour, le campLesec,donlla garnison s'élevait à 100 hommes, et qui élait gardé par 3 pièces de canon , passa à l'ennemi ; et le camp de la Tannerie, qui couvrait la plaine du nord, commandé par Allemand, renfermant 12 pièces de canon, donna aussi l'exemple delà défection en se livrant à Toussaint: ainsi manquaient à la France républicaine ceux qui jusqu'alors avaient mérité ses éloges.

Toussaint avait grandi par ses succès inespérés ; dès lors, il eût voulu secouer le joug de l'autorité de Biassou et ne relever que de l'autorité espagnole; mais les temps n'étaient pas venus; d'ailleurs, dansle service de l'Espagne , Toussaint avait si bien perfectionné le fond de dissimulation dont il possédait le germe, qu'il sut comprimer sa passion pour le pouvoir.

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