‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 25 sur 97 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Criierre avec l'Angleterre. Voyage de Polvérel aiinL Cayes. £tat des forces de la colonie.

Delpech mourut (27 septembre)^ laissant aux mains d'André Rigaud les rênes générales du gouvernement du sud; il mourut en discutant le droit de ses collègues à proclamer la liberté générale.

Les rênes du gouvernement du sud eussent été lourdes pour un autre que pour Rigaud, car les Anglais, guidés par les colons, venaient d'arborer leurs drapeaux sur les fortifications de la ville de Jérémie qui, plus rebelle qu'aucune autre cité, n'avait jamais reconnu aucune loi de la révolution, et qui, depuis l'affaire du camp Desrivaux, portait au pinacle les folies de l'orgueil.

Ce fut le colonel Witbloke, commandant du 13% venant de la Jamaïque, qui prit avec 200 hommes possession de Jérémie au nom de Georges III ; le principal meneur de la trahison était Venant de Charmilly, grand planteur de l'Ile, qui lui-même nous raconte complaisamment son histoire {A), H avait rencontré à la Jamaïque le baron de Mon-

(1) Réfutation de Briand'Ewards, par Vanant de Charmilly.

talembert qui, fuyant la proscription en France, pensait opérer dans les colonies une contre-révolution en faveur de la royauté qui était son idole ; le Môle-Saint-Nicolas suivit cet exemple et se rendit aussi à un faible détachement anglais. Ainsi la pauvre reine des Antilles, déjà étreinte à Test et à l'ouest par l'Espagnol et par les hordes de la première insurrection, se trouva pressée par l'Angleterre, dont Tceil avide ne comptait plus de dislance ni de périls.

Alors Polvérel, quoique malade de ladyssenterie, devenait plus magnifiquede dévouement à mesure de l'accroissement du danger; il partit pour les Cayes s; (2 octobre), ne voulant pour commander son l escorte que Renaud-Desruisseaux , capitaine à la légion de l'ouest. Le 6 il était aux Cayes ; le 9 il y proclamait cette liberté générale à laquelle le tempérament de Delpech n'avait pas été fait; le 17, il nommait Renaud-Desruisseaux commandant-militaire du Fonds-des-Nègres , bourg alors florissant, dont l'embarcadère se trouve à Miragoâne ; le 18, il nommait Tessier, capitaine à la légion de l'ouest venu avec Pétion et Doyon pour renforcer le Petit- Trou, commandant-militaire de l'Anse-à-Veau ; le méiTiejour, il nommait le capitaine Brunachecom-

mandanf-militairedu Petit-Goâve;le49, lecapitaine Beauregard,commandant-militairedeCavaillon.Gerin avait le commandement-militaire du Petit-Trou; Toureaux, — ^^desCayes; Boury, — de Torbeck; Faubert, — de Baynet ; Delisle-Bressolle, — du Grand- Goâve 5 Greffin , — -de Léogâne; tous ces officiers avaient donné des preuves de leur dévoûment aux principes delà révolution.

Mais combien de forces militaires la commission avait-elle à opposer aux Anglais, aux Espagnols, aux auxiliaires de ces deux nations et à la trahison, pour faire respecter le drapeau de la France ? Des débris des 15% 16% ^8% 44% 44% 60% 73% 92% ^ 66'' de bgne, du deuxième et du troisième bataillon de FAisne, des troisième de la Charente, du Finistère, du Morbihan, du Pas-de-Calais, et des débris du 16^ dragons et quelques artilleurs; ces forces répandues sur la surface de la colonie ne présentaient qu'un effectif de cinq mille hommes découragés, inquiets , regrettant la patrie lointaine, et toujours disposés à chercher un théâtre moins obscur de gloire que celui où ils se trouvaient. Puis, venaient la garde nationale et les troupes franches. La garde nationale n'était composée que de citoyens indifférents, toujours disposés à abaisser leurs drapeaux devant le premier vainqueur venu. On n*a pas besoin d'en donner le chiffre. La troupe franche formait au nord trois régiments, dont le

premier commandé par Jean-Villatte, le deuxième par Pierre- Michel, et le troisième par Léveillé, pouvait présenter un effectif de deux mille hommes. Puis enfin venaient la légion de l'égalité de l'Ouest et celle de l'égalité du Sud qui , mal organisées comme les autres troupes coloniales, étaient cependant les plus redoutables aux ennemis de l'intérieur et de l'extérieur. Ces deux légions étaient divisées en trois armes ; elles n'eurent jamais sous les drapeaux plus de quatre mille hommes. Pour terminer ce dénombrement, l'île n'avait environ que douze mille défenseurs, mal armés, peu exercés, manquant des moindres nécessités qu'exige le campement.

Certes, ce n'était pas avec de pareilles forces que la commission devait sortir victorieuse de la lutte contre les Anglais, contre les Espagnols et surtout contre leurs auxiliaires; mais rendons-lui cette justice, son énergie fut toujours à la hauteur du danger.

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