‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 29 sur 97 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

l»ri«e du Port-au-Prince par les Anglais ; — Hépart des commissaires.

L'année 1 794 ne s'ouvrit pas pour la colonie sous de meilleurs auspices que l'année qui venait de se clore. Rigaud avait vainement tenté de reprendre Léogane ; Beauvais avait été obligé, entouré par les Anglais et les coalisés, menacé par les Espagnols et leurs auxiliaires, d'opérer la retraite (2 janvier) du Mirebalais sur le Port-au-Prince. A la lête de deux cents lanciers, de trois pièces de canon, de cent légionnaires (1), il opéra son évacuation, à travers les embuscades, pendant six heures de combats, jusqu'au pied des Grands-Bois , le Trianon ayant été intercepté : retraite magnifique dont une portion de la gloire revient à David-Troy (2), alors maréchal

(1) Ces cent légionnaires étaient préposés à la garde du bonnet de la liberté qui, dans les jours de solemnité au Mirebalais , ornait l'autel de la patrie.

(2) Ce brave soldat fut tué le 21 juin 1809, à l'attaque du

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(les-logis dans la gendarmerie. Les Espagnols prirent possession du Mirebalais. Ainsi partout des revers, [.e Fort-Daupliin tomba aussi (28 janvier) aux mains des Espagnols et de Jean-François.

Sonthonax, au Port-au-Prince, menacé par les Anglais, déployait cependant autant d'énergie que l'ordonnaient les circonstances ; mais malheureusement il avait fait mettre en liberté Guyambois et Desfourneaux que nous avons vuPolvérel faire emprisonner avant son départ pour le Sud. Cette mesure fut impolitique, car Guyambois, chargé d'une mission pour le Cul-de-Sac, suscita du désordre dans les ateliers; et Desfourneaux, chargé de faire des recrues pour son bataillon, ne voulut y admettre aucun mulâtre, ni aucun négr» : son recrutement ne s'opéra que parmi les matelots qui pullulaient à la Croix-Bossale et qui avaient servi sous Praloto. Cette mesure indisposa même Beauvais, qui commandait alorsà îaCroix-des-Bouquets (1), Montbrun, adjudant-général, commandant la province de l'Ouest, s'indigna avec raison de la préférence que donnait Desfourneaux aux roy ai-goudron ; c'est ainsi que le peuple appelait

fort de la Sourde aux environs de la Grande-Rivière ; il était père de l'infortuné général du même nona.

(1) Lettre du colonel d'infanterie Beauvais , de la Croix des- Bouquets, à Sonthonax, du 5 mars i79Zi. C'est à tort que Paraphile de Lacroix raconte cet événement d'une autre façon.

les recrues 5 delà ^ un combat entre la légion et le bataillon du Pas-de-Calais, dans la nuit du 16 au 17 mars. Montbrun, vainqueur, dicta la loi; Desfourneaux fut embarqué; tout parut tranquille comme à la veille d'une tempête. La nouvelle de cet événement amena des Cayes Polvérel au Portau-Prince.

Cette mésintelligencecntre les principales autorités fut funeste ; le Port-au-Prince se rendit (5 juin ) à la flotte anglaise ,pour ainsi dire, sans-coup férir; cinquante navires du commerce, lichement chargés, furent perdus pour la France. La désorganisation était telle, que l'énergie du colonel Martial- Besse ne put rien {^), et que le dévouement du lieutenant-coloneld'artillerie Pétion (2) fut impuissant pour empêcher cette perte honteuse du Portau-Prince. La commission évacua sur Jacmel : la reconnaissance des cultivateurs qu'elle avait émancipés lui fraya, avec la cognée, un passage parle morne de la Coupe.

Arrivés h Jacmel le 6 juin, accompagnés de Beau- Ci) H avait été appelé de Jacmel, dont il commandait l'arrondissement, pour prendre le commandement du Port-au-Prince, à la place de Monibrun, qui avait perdu la confiance de la commission (1^'juin).

(2) Pélion commandait rartillerie de toute la place ; mais son poste spécial, dans ces graves circonstances, était au fort de i'Jiet, situé dans la rade que menaçait la flotte anglaise.

vais, Martial-Besse, Chanlatte, suivis par Montbrun, les commissaires se rétablissaient à peine des fatigues de la lutte, qu'apparut une corvette venant de France; c'était rEspérance, capitaine Chambon, portant le décret d'accusation rendu contre la commission que les colons étaient enfin parvenus à faire mettre à exécution (1).

Polvérel et Sontbonax s'embarquèrent à bord de la corvette, laissant à Jacmel Montbrun, gouverneur-général de l'ouest, Beauvais, commandant de l'arrondissement ; Martial-Besse et Chanlatte, en congé d'une année , partirent pour France avec eux, Polvérel avait écrit à Rigaud uiie lettre pleine de défiance contre Montbrun , que la voix de l'opinion accusait d'avoir livré le Port-au-Prince ; Sontbonax avait écrit à Laveaux pour lui recommander le salut de la colonie.

Les commissaires subirent en France un long et mémorable procès, d'où ils sortirent vainqueurs, contre les colons qui les accusaient de tous les maux de Saint-Domingue. Dans le cours des débats, mourut le vertueux Polvérel.

Polvérel, avant de partir, avait dénoncé(leitredu 23 prairial , 1î juin) Montbrun à la vigilance de Rigaud: « La renommée, lui disait-il, a dû vous apprendre que le Port-Républicain a été livré aux Anglais. Cette trahison est l'ouvfage des anciens

(1) Rapport de Chambon, du 18 juin 17% (19 prairial an 2),

libres de toutes les couleurs. Il s'en faut de beaucoup que Montbrun soit exempt de soupçon ; il est à craindre qu'il Iwrera aux Anglais tous les quartiers où il aura Je la prépondérance. »

Montbrun, cependant, partit pour ses terres à Aquin,afinde soigner les blessuresqu'il avait reçues au fort-Byzoton , laissant Beauvais à Jacmel. Bien qu'il ne fût pas sans savoir la correspondance défavorable à laquelle sa conduite avait donné lieu entre Beauvais et Rigaud, il revint à Jacmel le 29 thermidor (ou 16 août) pour reprendre le gouvernement de l'Ouest : il fait alors arrêter quelques officiers dévoués à Beauvais et ordonne même l'arrestation de ce dernier. Beauvais^laverti à temps, se retire au fort Béliot près de l'Eglise, fait braquer de l'artillerie et jure qu'il ne se laissera prendre qu'à la mort. La légion de l'égalité se partagea dans ce conflit. L'on consentit à s'en remettre à la médiation de Rigaud et de Pinchinat; ceux-ci arrivèrent à Jacmel, et, redoutant quelque nouvelle trahison, ils arrêtèrent le même jour 9 fructidor (ou 26 août) que Montbrun se retirerait à Aquin et laisserait le commandement de l'ouest à Beauvais. Bientôt Montbrun fut arrêté à la Grande-Colline par Blanchet, commandant militaire à Aquin, sur l'ordre deR'gaud, et embarqué sur celui de Laveaux.

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