‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 32 sur 97 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Position critique du Cap. Toussiaint et Rigaud ; aTantages qu'ils remportent.

La ville du Cap, resserrée comme celle du Portde-Paix , par les Espagnols et leurs auxiliaires qui en tenaient les environs, et par des flottes qui en bloquaient la rade, souffrait de toutes les horreurs de la famine. Au Port-de-Paix, la garnison blanche était à l'uniforme des troupes noires, c'est à dire que le soldat était nu-pieds, sans habits, sans solde, sans autres vivres que quelques racines sauvagesqu'on extrayait du sein delà terre, et dont la distribution se faisait avec parcimonie. Au Cap, la situation était tout aussi affreuse ; la nourriture ne consistait de • puis longtemps que dans des cannes à sucre qu'on allait enlever à coups de fusil dans la campagne. Néanmoins Laveaux et Vilîatte repoussèrent avec la plus héroïque fierté toutes les menaces et toutes les tentatives de corruption qui leur furent faites par les Anglais et les Espagnols; Laveaux envoya un cartel d'honneur au général Wiihloke, qui com-

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îTianJait au Môle ; Villaite envoya des cartouches à Atislizabal, qui commandait l'escadre espagnole devant le Cap: c'était de la chevalerie du moyenâge, mêlée à je ne sais quoi d'antique.

Les grandsexemplesd'héroïquedëvouement, dont La veaux et Villatte s'honoraient, étaient faits pour élever le patriotisme de Toussaint-L'Ouverture et de Rigaudj aussi ces officiers se signalèrent-ils par de brillants faits d'armes.

Rigaud part avec huit cents hommes des Cayes , fait quarante lieues en quatre jours, laisse habilement le fort de l'Acul sur ses derrières , et, dans la nuit du 15 au -16 vendémiaire (5 au 6 octobre) se présente devant Léogane, et enlève , après un combat de trois heures, celte ville que les Anglais avaient flanquée de bastions et qsi'ils jugeaient inexpugnable. Campan, émigré qui commandait la place, évacua parles habitations Belleval, Petit et Lassale sur le Port-au-Prince, laissant, au pouvoir de Rigaud, 20 milliers de poudre, 12 pièces de cau) pagne, 50 de siège et 150 prisonniers que celuici envoya dans les prisons du sud. L'armée dans cet assaut n avait perdu que douze hommes et ne comptait qu'autant de blessés.

Rigaud , le lendemain, (it juger et fusiller les principaux traîtres qui avaient livré la place aux ennemis de la France : l'exécution d'André Labuissonnière , de Marcelin Lemaire , de Lamartiniére,

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mulâtres; de Saiilecque, de Davezac et de Tiby, blancs, est le témoignage de l'impartialité politique de rhomme que l'ignorance et la mauvaise foi cherchèrent long-temps à présenter comme un chef de caste.

Ce fut aux cris de vive la République I vive Rigaud ! que l'armée du Port-de-Paix apprit la prise de Léogane (1). Les vingt milliers de poudre surtout étaient dans le moment une conquête précieuse; Rigaud en envoya huit à Laveaux.

Toussaint, aussitôt sa reddition à Laveaux , se porta sur le Camp-Bertin au Limbe, qu'il enleva aux Espagnols, prit possession du Port-Margot, puis revint précipitamment à la Marmelade. Jean-François venait d'envahir tous les camps aux environs du Dondon et cernait le colonel Moyse dans cette petite ville. Toussaint attaque Jean- François dans la journée dul^r Juillet, (13 messidor) reprend sur lui tous les postes et le refoule dans la Montagne-Noire.

Jean-François rentra au Fort-Dauphinle 7 juillet, (19 messidor) avec prés de huit cents de ces brigands que Toussaint venait de battre; il n'avait jamais paru dans cetle ville qu'avec une faible escort e ;c'était même à cette condition que leFort-

(1) Lettre de Laveaux à Rigaud, du 3 brumaire an mou "2k octobre M9U.

Dauphin avait capitulé. Don Gaspard de Cassasola , d'abord étonné à la vue de cet envahissement de barbares , fit prendre les armes à la garnison espagnole. Soudain les bandes de Jean-François se dispersent et fondent dans toutes les maisons qu'occupaient les colons et s'y livrent au meurtre et au pillage. On dit que le signal de cette Saint -Barihelemy fut donné par un curé (1). Les cris , les gémissements des malheureuses victimes glacèrent d'épouvante les Espagnols qui, se réfugièrent dans le Grand-Fort , incapables de contenir la férocité de leurs auxiliaires ; ni le sexe, ni l'enfance, ni la vieillesse, n'avaient été épargnés. En ce jour, d'horrible mémoire, sept cent trentequatre personnes périrent !

Don Gaspard de Cossasola , renfermé dans le fort,n'osa plus reparaître dans la ville; Jean-François, le 9, l'y fit inviter plusieurs fois ; il n'y vint que le 10.11 fit à Jean-François les plus terribles reproches de ce forfait que rien ne justifiait; il l'engagea à restituer tous les objets pillés, et obtint avec peine la sortie de ces monstres de la ville. L'histoire doit flétrir à l'égal de Jean-François ceux des Espagnols qui lui conseillèrent le massacre des Français et la garnison qui , les armes à la main, ne s'y opposa pas. '

(1) Vasquez, curédel'Axabon.

La nouvelle de ce grand crime surprit Toussaint au Camp-Marchand, alors la seule position qu'il occupait à l'Artibonite. Cette position était commandée par Blanc-Casenavc. Toussaint, quoique malade, battit les Espagnols dans la Savane d'Alford, fit quelques prisonniers au régiment deCantabre et revint dans le nord avec l'intention de venger l'humanité des crimes commis par son ancien général (1).

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