‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 33 sur 97 · CHAPITRE XXVL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVL

Toussaint attaque SSaint-lIarc; il enlève Saint- Micliel et ISaint-Rapliael. ïia veaux au Cap.

Toussaint-L'Ouverture,à qui Blanc-Casenave avait depuis longtemps fait remise d'un poste qu'il commandait pour les Anglais à l'Artibonite, porta ses regards de ce côté. Il enleva le Pont-de-l' Ester, la Peiite- Rivière,et vint attaquerSaint-Marc dans les premiers jours de septembre ; mais , repoussé par la garnison qui pouvait s'élever à deux mille hommes , il se contenta de laisser un cordon autour de la ville, et, après avoir été faire arborer le pavillon tricolore aux Véreltes , il revint , le 6 , assiéger la place. Il s'empara du fort-Belair et du Morne-Diamant. En ce dernier

(1) Lettre de Laveaux.

endroit il éleva une batterie dont le feu cribla la ville. Ce fut aux travaux du Morne-Diamant, en aidant les ouvriers à mettre un canon sur son affût, qu'il se brisa les cinq doigts de la main gauche. La douleur contraignit Toussaint à se retirer sur une habitation voisine et à laisser la direction des opérations à ses lieutenants Guy , Blanc-Casenave et Morin. Mais le principal chef manquant, jamais les affaires ne vont bien ; (1) d'ailleurs l'armée avait peu de munitions. Les anciens partisans du Conseil de paix et d'union qui s'étaient rendus à Toussaint, découragés, l'abandonnèrent pour rejoindre les maîtres qu'ils s'étaient donnés; Toussaint lui-même faillit tomber victime de leur perfidie. Il se porta avec son armée au bac Daquin; et, laissant auxVérettes , à la Petite-Rivière et au Pont-de-l'Ester, des forces imposantes pour menacer l'ennemi, il forma plusieurs postes en avant de ces trois grands camps et les confia à ses meilleurs officiers.

Il sedirigea contre Saint-Michel et Saint-Raphaël. Parti de la Marmelade le 1 8 vendémiaire (9 octobre) avec A800 hommes , il enlève d'assaut , dans la nuit du 29 au 30 (20 au 2\ octobre), la tranchée de Saint-Raphaël , fait à la tête de sa cavalerie une boucherie des fuyards et tombe sur Saint-Michel qu'il enlève aussi d'assaut: la nuit seule protégea

(1) Lettre de Toussaint à Laveaux de la Marmelade, 13 vendémiaire an m (4 octobre 179^1).

quelques Espagnols de son obscurité, Toussaint fit cinquante prisonniers ; beaucoup d'artillerie et de munitions tombèrent en son pouvoir (1).

Cette conquête, à laquelle avait échoué Desfourneaux , valut à Toussaint un plumet de grenadier que lui envoya Laveaux. et qu'il porta à hon tricorne dans toutes les circonstances de sa vie ; elle lui valut aussi une lettre de félicitations d'André Rigaud (2). Laveaux, étant alors au Cap, alla visiter le Dondon, dont Moyse était commandant-militaire ; L'Ouverture l'y attendait. C'était la première fois qu'ils se voyaient: Toussaint lui présenta ses principaux officiers, Dessalines, commandant de Saint-Michel, Duménil, commandant de Plaisance, Desrouleaux, Glerveaux, Maurepas, etc., ces derniers commandant des corps armés.

La présence de Laveaux au Cap lui attira la malveillance de toutes les classes de la population de cette ville; quelques mesures administratives achevèrent de lui aliéner les esprits. Il avait si longtemps séjourné au Port-de-Paix qu'on semblait ne plus le reconnaître : les uns, habitués au gouvernement

(1) Leure de Toussaint à Laveaux du 31 vendémiaire an m.

(2) Je ne peux trop te dire de bien de ce brave Toussaini- L'Ouverture ; c'est un homme intéressant, grand ami de la République, de Tordre et de la paix; je suis enchanté que tu lui aies écrit, et c'est avec une joie infinie qu'il a lu ta letire ; il était chez moi au Cap, il est venu me la faire lire. — Laveaux à nigaud, 1" nivôse an m (21 décembre 179^).

de Villatte, trouvaient injuste qu*il vînt au Cap donner des ordres , d'autres redoutaient de perdre leur position avec une nouvelle administration. Les premiers étaient des imbéciles , les seconds étaient des intrigants. Parmi ces derniers se trouvait un blanc, chef de brigade du 1^^ régiment; Rodrigue était son nom. Laveaux ordonna Tarresîationde cet officier (5 pluviôse 24 janvier); mais au moment où Villatte exécutait cette arrestation^ Rodrigue, arraché des mains de la garde par les officiers de son corps, fut conduit aux casernes. La garde nationale demanda à la municipalité son intervention. Laveaux accepta cette intervention dans la crainte de voir par la mésintelligence des autori tés, tomber le Cap, comme le Port -Républicain , au pouvoir des ennemis. Il laissa néanmoins cette ville en proie au levain de la discorde et retourna au Port-de-Paix, d'où il ne sortit que le 27 vendémiaire an IV, (1 9 octobre 95) pour recueillir au Gap les plus grands outrages qu'une population ennemie puisse faire subir à la première autorité d*un pays.

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