CHAPITRE XXX
Toussaiiit-li'Ouvertiire et les serments.
La triste nouvelle de la prise du Mirebalais et de Las-Cahobas affligea Toussaint, et l'affligea d'autant plus que ceux qui, pour ainsi dire, avaient facilité l'entrée des Anglais au Mirebalais, lui avaient prêté serment de rester fidèles à la République. Ce pauvre Toussaint ignorait qu'un serment dicté est une vaine formule, et qu'il n -y a de serment inviolable que celui qui part spontanément du cœur.
Un autre que L'Ouverture eût renoncé dès lors à son habitude de toujours faire jurer; mais, par dé-
faul d'éducation , jamais il ne comprit dans sa vie d'adtre lien à la fidélité que celuidu serment. Du reste, lui, il ne promettait jamais; une supplication réitérée lui eût-elle arraché une promesse, et ce n'était qu'à force de supplications qu^on parvenait à avoir sa parole, il se montrait alors religieusement observateur de la foi donnée; il se fût même fait tuer, pour qu'on n'eût pas à lui reprocher un parjure. C'est beaucoup de la part d'un Spartacus rentré dans la vie du monde civilisé: car enfin ses maîtres, sa famille, ne lui avaient donné aucun de ces principes salutaires que nous puisons dans nos humanités. Mais est-ce tout que ce beaucoup? l'homme doit-il jamais tyranniser la conscience de ses semblables? ne doit il pas plutôt parler à leurs instincts f^énéreux elles attacher au drapeau de son parti par la persuasion du beau, du noble et du grande au lieu de tenter de le faire par l'obtention du serment qui, après tout, n'est que l'abdication du libre arbitre.. ? Méfiance ridicule que de demander un serment ! Le serment ne prouve rien ni en faveur de celui qui le demande , ni en faveur de celui qui le donne, fun tyrannise et l'autre obéit.
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