‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 40 sur 97 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Reprise du Dondoii par li'Ouverture;— Situation de la métropole. Rigaud, IJ'OuTerture, Réanimais et Tillate jçënërau% de brigade.

Jean-François et Biassou , que par sa politique cauteleuse don Joachim - Garcia avait toujours maintenus sous le drapeau de l'Espagne , furent envoyés pour détruire les grands travaux d'ordre qu'édifiait l'intelligence de Toussaint. Partis des environs du Fort-Dauphin avec 4000 hommes de leurs bandes , ils pensaient pouvoir forcer le cordon de rOuest, reconquérir le Dondon, pousser aux Gonaïves et donner la main aux Anglais qui occupaient S'-Marc ; ils tombèrent donc le 22 vendémiaire an 4 (14 octobre 95) sur le village du Dondon que commandait Moyse et s'en emparèrent : Moyse, à la tête de ses grenadiers, se défendit vaillamment contre le nombre ; mais il fut obligé d'abandonner la place et de se retirer sur la Marmelade.

L'écho avait porté le bruit du canon à L'Ouverture qui se trouvait à la Marmelade. Ce centaure, suivi de cinquante dragons, part avec la rapidité de la foudre ; il rencontre Moyse qui, dans sa retraite, faisait charger les armes avec des pierres, faute de balles ; il rallie la débandade et, renouvelant

le prodige qu'avait opéré Rigaud au carrefour de Truitier, il charge en personne, chasse Jean- François, lui fait abandonner le village et le fort qui protège le village, le poursuit jusqu'aux Pitons des Roches et faillit même de le faire prisonnier (I). Dès ce moment la partie espagnole cessa de faire des tentatives sur la partie française, et la paix conclue entre la France et l'Espagne vint dénouer la coalition jusqu'alors inextricable de Jean-François et de Joachim Garcia.

La Convention nationale, par l'énergie de ses mesures, avait sauvegardé la révolution des périls que lui faisaient courir les rois : la Hollande avait été soumise, la paix avait été dictée à la Prusse et à l'Espagne. Cctie dernière puissance par le traité de Baie (4 thermidor, an m, 22 juillet 95) cédait k la France l'immense et fertile territoire qu'elle possédait à l'orient de Tile.

Et la Convention n'avait pas appris sans son enthousiasme ordinaire la lutte qu'au nom de ses principes soutenait par de là l'Atlantique une génération de nègres qui demandait son droit de cité dans le monde civilisé. Elle décréta, le 5 thermidor an m (23 juillet 95), que l'armée de St- Domingue avait bien mérité de la Patrie ; elle éleva Laveaux, alors adjudant-général, au grade

(l) Lettre de Toussaint à Laveaux, de la Marmelade, ^3 vendmiaire an iv (15 octobre 1795).

dégénérai de division ; elle nomma Villafte, BeauvaisetRigaud, alors colonels, généraux de brigade; et Toussainf-L'Ouvertnre, qui jusqu'alors n'avait aucun grade, bien qu'il commandât une vaste région, et qu'il eut rendu de grands services à la France, fut aussi par le même décret fait général de brigade.

La corvette la Vénus, commandée par le capitaine Désagneaux, fut chargée de porter dans les îles françaises la nouvelle des succès que venait de remporttr la métropole, d'annoncer à St-Domingue la paix faite avec l'Espagne et tle remettre aux défenseurs de la colonie les récompenses que la Conveniion venait d'accorder à leur bravoure et à leur fidélité aux destins hasardeux de la Uévolulion.

Désagneaux arriva le 22 vendémiaire, an iv (14 octobre 95), au Cap où Villaite commandait, et se dirigea au Port- de- Paix où se tenait toujours Laveaux. La nouvelle de la paix avec l'Espagne causa de la joie; le traité fut lu, publié et afliché successivement partout où flottait le drapeau tricolore. L'Ouverture, qui se trouvait àlaPetile-Rivière, fut chargé par le gouverneur général défaire passer à Rigaud et à Beauvais leurs brevets de lieutenants généraux (1).

(1 ) Lettre de Laveaux à Rigaud et à Beauvais, du Port-de-Paix, 24 vendémiaire an iv (16 octobre 1795/

Rigaud fit f)ublier aux Cayes, le 5 brumaire, an IV (27 octobre), le traité de paix. La pensée d'aller, au nom de la République reconnaissante, s'emparer du territoire espagnol, souriait à son cœur porté aux grandes choses. A sa place il nomma Lefranc, déjà commandant-militaire à Saint- Louis , chef de brigade de la Légion de l'Egalité du Sud^et proposa à Laveaux d'embarquer immédiatement sur une corvette de 24 canons et sur trois bricks huit cems hommes des troupes du Sud, deux cents hommes des troupes de Jacmel, et d'allei" prendre possession de la partie espagnole (4)» Deux motifs déterminaient Rigaud à cette proposi» tion : la crainte que les autorités espagnoles n'enlevassent les poudres et l'artillerie qui garnissait Sa nto Domingo et la crainte que Jean-François et Biassou ne se livrassent aux Anglais. Laveaux n'accepta pas la proposition ; il se borna à demander aux Espagnols la remise du territoire que la trahison leur avait livré : Fort-Dauphin, Maribaroux, Ouanaminthe, Vallière, Sans-Souci (ou Milot), la Grande-Rivière, la montagne de Sainte-Suzanne; se réservant, plus tard, avec des troupes blanches, de prendre possession de la colonie cédée ; il de-

(1 ) Lettre à Laveaux, des Cayes, ^i brumaire au iv ^3 1 octobre 1795;

Ci 79 s) 150

manda aussi rembarquement de Jeaii-Frauçois, de ses officiers et de ses domesiiques (1).

Laveaux, pour obéir à Tordre du comité de SaluÊ publie, qui lui eajoignait d'aller établir son quartier-général au Cap(2), avait laissé le Port-de-Paix le 27 vendémiaire an iv (^16 octobre 95) (3), et avait repris possession de la ville du Cap, que des intrigues Taraient forcé de fuir, et où de grandes iribulations^ Tattendaient.

Page 1