‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 41 sur 97 · CHAPITRE XXXn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXn

ILes i^éiiérauiL iiommeitt des députés pour allei*^ remercier la Convention. He Tillatte et de liavaum.

La colonie se croyait oubliée de la métropole, quand elle reçut le décret du 5 thermidor; l'on songea, dans Touest et dans le sud , à envoyer des représentants à la Conveiiiion,. car les événements

(1) Lettre de Laveaux à Rigaud, du Cap. — 16 nivôse an iv (6 janvier 1796). Jean-François partit pour la Havane le t4 nivôse (4 janvier 1796), avec mille personnes de sa suite ; de la Havane, il se rendit en Espagne où il mourut, entouré de la considération des habitants de Madrid.

(2) Mémoire de Pierre-Vital Grandet, chef-de-bataillon.

(3) Mémoires de rordonnaleur Péroud.

militaires avaient jusque là empêché qu'à l'instar du nord, on le fît. Ce fut inutilement queRigaud et Beauvais demandèrent au général Laveaux la convocation des assemblées électorales ; ils n'obtinrent que l'autorisation d'envoyer privativement des députés remercier la Convention nationale de leur élévation au généralat : la même autorisation fut accordée aux généraux Toussaint et Villatte.

Rigaud et Beauvais nommèrent pour cette mission Pierre Pinchinat qui, réfugié aux Cayes depuis la prise du Port-au-Prince, prêchait le dévouement à la patrie , l'amour du travail , de la liberté^ de l'égalité et célébrait les exploits des républicains dans les relations de leurs expéditions contre les Anglais (1). Rigaud et Beauvais nommèrent aussi un blanc, le capitaine d'infanterie Sala , et un noir, le capitaine aide-decamp Fontaine : cette députation tricolore devait plus qu'aucune dépêche démontrer à la mère-patrie le désir de l'union que ceux qui l'envoyaient voulaient voir régner dans l'île.

La députation se rendit au Cap pour s'embar^ quer sur la Vénus qui retournait en France. Là, Pinchinat s'aperçut de la mésintelligence qui régnait entre Laveaux, général en chef, et Villatte commandant l'arrondissement du Nord.

(l) Mémoire justificatif adressé au conseil des Cinq-Ceiils par Pierre Pinchinat.

Villalle s'était habitué à l'indépendance du commandement durant le long séjour de Laveaux au Port-de-Paix. Lui seul d'ailleurs avait maintenu le Cap et ses dépendances dans la fidélité aux lois de la République ; il avait seul préservé l'arrondissement contre les tentatives des bandes de Jean-François et contre les menaces des escadres anglaises et espagnoles. Son pouvoir sans violence , sa rigueur sans méchanceté lui avaient concilié l'approbation générale de la population. Cette population l'avait vu se mettre à la ration des soldats , ne se nourrir que de cannes à sucre pour économiser en faveur des Européens qui liabitaient la ville du Cap; de sorte que son courage et sa bonté avaient fait de lui une idole aussi précieuse que l'étaient L'Ouverture aux Gonaïves, Rigaud aux Cayes , Beau vais à Jacmel. Or, loutes les mesures d'initiative de Laveaux , même celles pour le bien public, semblaient â la population une violation des attributions de Vilatte. Le caractère de ce dernier le rendit l'écho des plaintes et des giiefs du public.

Ni Laveaux , ni Perroud , l'ordonnateur de la colonie, n'avaient le bon esprit en parlant de patrie et de fraternité à leurs adversaires, en cherchant à faire le bien avec le conseil des autres, de dissiper les préventions qui s'élevaient contre eux. L'opposition dont Villatte filait à leurs veux, sinon le chef, du

moins le représentant, irrita ieur nature. Dès lors au lieu de garder cette impassibilité qui doit toujours caractériser l'homme d'État, Laveaux à son tour devint factieux, en voulant faire sentir le poids de son autorité toute puissante.

Cet état de choses fit penser à Pirichinat, à Sala et à Fontaine que les destinées de St-Domingue couraient encore de plus grands dangers que ceux qu'elle avait traversés. Selon eux, il convenait mieux qu'ils fussent revêtus du titre de représentants du peuple pour se rendre en France et présent r à la métropole le tableau des besoins de la colonie ; ils écrivirent donc à Rigaud et à Beauvais de faire de nouvelles instances afin d'obtenir la convocation des assemblées électorales. Laveaux accéda à ces instances. Pinchinat remit ses dépêches au capitaine Desagneaux qui partit pour la France avec les seuls députés de L'Ouverture, — Gaze, Etienne Viart et Philippe Lacroix (1). Pinchinat partit du

(1) Ces députés rendirent en France de grands services à la renommée de Toussaint; « ils avaient promis et juré, aussitôt « leur débarquement sur la terre de France, d'essayer de rendre « à la Convention le caractère qui distingue le général Toussaint , <« d'après leur attachement à sa personne et d'après les grands M et mémorables services qu'il avait rendus à la patrie; ils avaient « aussi promis de ne jamais différer d'opinion et d'intention et « de venir ensuite goûter auprès du général Toussaint-L'Ouver- » ture les douceurs de la pure amitié qu'ils lui avaient vouée

Cap pour Léogane avec ses autres collègues le 2 ventôsean iv(21 février 96); bientôt il fut nommé député au corps législatif.

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