‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 55 sur 97 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

JL'OtiTei*tureacciteiIleleis émigrés malj^ré les ordres d'HédoiiTille. — 11 soulève le 5^ régiment et forée Héd outille à se rembarquer.

L'Ouverture, malgré les ordres de l'agent, ne se contenta pas seulement d'accueillir tous les émigrés qui se présentaient et de les renvoyer en possession de leurs biens ; il en maintint plusieurs, notamment le comte d'Ogorman, le marquis de Contade, le vicomte de Bruges, dans les gros emplois militaires qu'ils avaient occupés sous le régime des Anglais. Hédouville fit à L'Ouverture des représentations qui aigrirent sa haine et qui le déterminèrent à faire son troisième coup d'état : l'embarquement d'Hédouville fut décidé.

L'Ouverture savait à son gré soulever et calmer la tempête : dans la nuit du 21 au 22 vendémiaire (12 au 13 octobre), une insurrection éclate au Fort- Dauphin, dont le général Moyse commandait l'arrondissement ; le 5' régiment crie : aux armes ! et proclame que les blancs veulent rétablir l'esclavage. Manigat, homme noir , officier municipal de cet endroit, respectable par ses vertus privées et civi-

ques, cherche vainement à apaiser ce mouvement 5 un combat s'engage entre les troupes noires et les troupes blanches ; les premières sont battues et se répandent dans la campagne, où elles sonnent le tocsin ; alors recommencent les incendies des habitations à peine relevées de leurs ruines ; plusieurs malheureux blancs, surpris sur leurs biens, sont égorgés ; les insurgés marchent contre le Cap. Le général Hédouville écrit aussitôt à L'Ouverture de venir apaiser l'insurrection. L'Ouverture, au lieu d'obéir à cet ordre, cerne la ville du Cap dans la nuit du 30 vendémiaire au 1" brumaire (21 an 22 octobre), se jette dans les forts et fait tirer l'alarme. Hédouville, sans aucune force européenne pour résister à la violence dont il était l'objet, craignant de voir dans cette ville se renouveler les malheurs de 1795, s'embarqua le 1" brumaire au matin, sur la frégate la Brai>oure, malgré les risques qu'il cou^ rait de tomber au pouvoir des Anglais ; ces ennemis croisaient devant le port. Avant de partir, Hédouville laissa une proclamation (du 1 "' brumaire)^ sans doute faite dans la nuitjdans cette proclamation il protestait de son amour pour le bien de la colonie et prévenait les habitantsque les Anglais ne s'étaient retirésqu'en apparence du pays et qu'ils avaient préparé le projet d'indépendance ; il se plaignait aussi de la présence des émigrés, qu'il déclarait être les ennemis de la li-

berté, et lançait enfin plusieurs Iraits à l'adresse de L'Ouverture. Hédouville, à cette même date, adressa aussi une lettre àRigaud, par laquelle il lui annonçait: «Qu'il était forcé de quitter la colonie par l'ambitionet la perfidie du général Toussaint-L'Ouverture , et que ce général, vendu aux Anglais, aux émigrés et aux Américains , n'avait pas craint de violer les sermentsles plus solennels. Je vous dégage, ajoute-t-il , entièrement de l'autorité qui lui était attribuée comme général en chef , et je vous engage à prendre le commandement du département du sud, tel qu'il est désigné par la loi du 4 brumaire an IV (26 octobre 1795). » Or, par cette loi du 4 brumaire , le département du sud commençait au Gap-Tiburon, remontait par les Petit et Grand- Goâves, Léogane, jusqu'au chemin du bourg d'Azua, par la source de la Rivière-Blanche.

Hédouville commit une faute immensément préjudiciable aux intérêts de la mère-patrie ; il eût dû porter le siège de son gouvernement aux Cayes et attendre en cette ville de nouvelles instructions de la France ; en agissant ainsi la guerre civile n'eût pas probablement éclaté.

L'Ouverture fit partir de suite pour France le colonel Vincent (4) et Gaze , ancien commandant

(1) Officier européen, dont le dévouement à Toussaint ne se démentit jamais.

des Gonaïves, alors un de ses secrétaires, pour aller justifier sa conduite auprès du Directoire exécutif; les embarras de la métropole forcèrent le Directoire de se contenter des explications de L'Ouverture.

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