CHAPITRE LU
Jean-Rabel et le Môle : Insurreetion de Belle- It^arde et de Eiubin-Golard.
Jean-Rabei et le Môle où commandaient Lubin- Golard et Rellegarde, tous deux noirs, avaient levé l'étendart de la rébellion contre L'Ouverture ( 24 thermidor, 1 1 août), et avaient expédié deux officiers de la 3^ demi - brigade , Moreau et
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Duverger au général Rigaud; celui-ci dépêcha dans ces localités le chef de brigade Renaud - Desruisseaux. L'Ouverture fut alors obligé de dégarnir son armée du sud; il ordonna au général Moyse d'en laisser le commandement à Dessalines et de venir le joindre au Port-de-Paix vers lequel il se dirigeait. — Ce ne fut qu'après (rente six heures de canonnade que Golard évacua Jean-Rabel le ^ 1 fructidor (28 août) sur la place du Môle, que L'Ouverture fit cerner. Cette place, après deux jours de combat, fut évacuée à son tour (14 fructidor, 31 août). L'intrépide Golard avec 20 hommes de la 3® demi-brigade et quelques gardes nationaux, plutôt que de tomber dans les mains de L'Ouverture, se retira dans l'intérieur du pays; il resta dans les bois jusqu'à l'arrivée de l'expédition française, vivant dans une sauvage et fière indépendance. Bellegarde et Desruisseaux s'étaient embarqués pour le Sud.
L'Ouverture pacifia le Nord en y établissant une sombre terreur, indifférente aux hommes ignorants qui ne s'occupaient que de la culture des terres, mais insupportable, accablante et mortelle pour tous les hommes intelligents de quelque couleur qu'ils fussent j — il frappait à coups redoublés sur ceux qu'il appelait lui-même les anciens libres : la saignée hit abondante.— Du Cap au Port-au- Prince, il put , en descendant, contempler parmi
les populations là tristesse et l'abattement dont il avait voulu se réjouir : il put voir partout le crêpe funèbre qu'il avait substitué aux glorieuses couleurs de la République.
Dans les doubles montagnes du Port-de-Paix , retraite inaccessible même aux espions de L'Ouverture, Golard s'était ménagé un refuge d'où il put tendre une embuscade à ce général , qu'il savait devoir redescendre vers le Sud. Au moment, en effet, où Toussaint traversait la route qui sépare le Gros-Morne de Jean-Rabel , une fusillade , se prolongeant à travers les arbres, éclata autour de lui; son médecin, M. Piramont, blanc, tomba et expira sur le coup. Quant à L'Ouverture, il échappa comme par miracle à cette embuscade, et fut quitte pour laisser dans la bagarre la moitié de son panache, qui fut coupé par une balle. — L'Ouverture arriva à l'Arcahaye le cœur plein de vengeance. — Le commandant de cette place, qui était un colon, du nom de Laraque, vint lui annoncer qu'il avait reçu de l'Artibonite cent quatre-vingts jeunes mulâtres en otage, comme preuve de la fidélité de leurs quartiers à L'Ouverture. Gelui-ci lui répondit : (( Comment pouvez-vous conserver ces serpents dans votre sein; donnez-les donc pour pâture aux poissons»: ces pauvres enfants furent tous noyés!... Nous ne donnerons pas les détails de ce crime
îoutile, qui souleva d'horreur les hommes les plus indifFérents aux émotions politiques. Une nouvelle embuscade fut tendue à L'Ouverture entre l'Arcahaye et la Source-Puante, à la Hatte-Aubry ; les coups portèrent principalement sur sa voiture, dont le cocher fut tué, tandis^ que lui, il voyageait, tranquillement à cheval à quelques pas de là. — L'Ouverture se rendit au Port-au-Prince, où tout le monde était épouvanté de sa personne : comme s'il n'eût pas été plus beau de se faire aimer que de se faire craindre.