‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 65 sur 97 · CHAPITRE LVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVI

IPàrallèle ti*aeé par le géaiëral ïterierseaie entre li'OitTerture et Ri^ai£cl.

Ici rapportons le parallèle tracé par Kerverseau entre L'Ouverture et Rigaud (2) : « Une seconde

(1) Relation de la prise de Jacmel par L'Ouverture. —Notes de plusieurs vétérans.

(2) Lettre au ministre de la marine du 2 vendémiaire, an viii (^4 septembre 1799.)

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observation non moins frappante, c'est que le persécuteur fanatique des émigrés el l'ennemi juré des Anglais, se trouve être le rebelle et le traître à la patrie, tandis que le protecteur des émigrés et l'ami des Anglais, est déclaré par l'autorité nationale le patriote par excellence et le sauveur de la colonie. — Je redoute beaucoup l'ambition exaltée, la tête effervescente, le caractère emporté, l'esprit de domination du général Rigaud; mais je ne redoute pas moins le génie astucieux, la modération hypocrite, l'ambition masquée, la marche tortueuse de Toussaint : ces deux hommes ont le despotisme en tête. Maîtres absolus de Saint-Domingue , ils y seraient également dangereux pour la métropole et y rendraient également impossibles par l'excès de leur influence l'établissement de l'ordre constitutionnel et le régne des lois qui ne peut exister dans un pays où il y a des hommes plus forts qu'elles. Je crois voir cependant entre eux quelque différence. Toussaint aime mieux l'ordre, et en temps de paix il est plus propre à le maintenir. Ses mœurs sont sévères, son économie va jusqu'à la parcimonie ; mais il y a dans son caractère, ses principes et sa politique, une forte dose d'esprit monacal^ il aime le mystère ; il exige une observance aveugle, une soumission dévote à toutes ses volontés; il voudrait gouverner la colonie comme un couvent de capucins. — To'.is deux sont artificieux et dissimulés j

mais Toussaint Test par nature, Rigaud l'est devenu par le commerce des hommes ; sa marche est souvent oblique , celle de Toussaint est toujours ténébreuse ; Toussaint aime à s'envelopper de nuages , il ne marche que dans la nuit. — Toussaint fait faire la guerre, Rigaud la fait en personne, et sait braver, quand il le faut, le danger auquel Toussaint ne s'expose jamais • blessé à la main dans un des premiers combats de cette malheureuse guerre , et voyant ses troupes ébranlées demander à grands cris leurs drapeaux pour faire leur retraite : Voilà vos drapeaux, s'écria Rigaud, en levant son bras ensanglanté et se précipitant aux premiers rangs, voilà vos drapeaux, suivez les ! Elles le suivent en effet et repoussent les troupes du nord. Toussaint lève aussi les mains vers le ciel, mais c'est comme Josué; il prie sur la montagne, quand ses soldats combattent dans la plaine. Toussaint se croit une espèce de Messie envoyé pour fonder à St.-Domingue Tempire de la couleur noire, prend souvent les suggestions de ses conseillers pour des inspirations du ciel, et pourvu que les Africains régnent sans rivaux, il lui importe peu que ce soit par le moyen de la France ou de l'Angleterre. Rigaud, qui a trop d'esprit pour s'imaginer que le ciel se mêle de ses afl'aires, sent que sa caste ne peut se maintenir que par l'ascendant de la France républicaine. Rigaud ne craint ni n'aime les blancs qui l'ont combattu

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a^u commencement de la Révolution; Toussaint les earesse et s'en défie ; il soupçonne et hait les sangmêlés auxquels il a fait la guerre quand il servait sous les bannières du rai d'Espagne. »

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