C-Ïsoo
ses projets destructeurs et tout ce qu'il a tenté pour les mettre à exécution ; il prétendait commander aux blancs et aux noirs , sans vouloir être commandé par eux. Cependant la loi est égale pour tous.
« Une triste expérience aurait déjà dû arracher le voile qui vous cache les bords du précipice. Faites donc bien attention à ce que vous allez faire et au danger que vous courez encore. Songez enfin aux périls et aux malheurs qui vous menacent et hâtez-vous de les prévenir. Je suis bon , je suis humain, je vous tends des bras toujours paternels. Venez tous , je vous recevrai tous, tant ceux du sud que ceux de Touestet du nord, qui, gagnés par Riga ud, ont abandonné leurs foyers, leurs femmes et leurs enfants pour se réunir à lui. Et lui-même, cet ambitieux Rigaud, s'il eût voulu suivre les conseils que je lui donnais, de se soumettre à ses chefs légitimes , ne serait-il pas aujourd'hui tranquille et paisible au sein de sa famille ? Ne serait-il pas stable et sans trouble dans le commandement qui lui était confié? Maîtrisé au contraire par des passions funestes, Rigaud a creusé Tabîme sous vos pas. Il vous a tendu des pièges que vous n'avez pas su éviter. Il voulait que vous fussiez les partisans de sa révolte , et, pour parvenir à son but, il a employé les armes du mensonge et de la séduction.
(( Si l'on examine soigneusement cette conduite artificieuse, mais grandement impolitique, l'on ne
pourra s'empêcher dédire que Rigaud n aimaitpas sa couleur, et qu'il préférait la sacrifier à son orgueil et à son ambition , plutôt que de travailler à son bonheur par le bon exemple et de sages conseils. Et, en effet, citoyens, la plupart de ceux qu'il a égarés ont péri, soit dans les combats , soit sur l'échafaud. Les autres qui persistent encore dans cette révolte, n'ont-ils pas à attendre un sort aussi déplorable , s'ils n'abjurent leur coupable erreur ? Vous pouvez le croire, si l'humanité ne dirigeait les actions d'un chef attaché à son pays commeà ses concitoyens, et plus disposé à pardonner qu'à punir, le mal serait déjà plus grand. C'est à vous d'empêcher qu'il n'augmente encore.
'« En conséquence , je vous invite , citoyens , à ouvrir les yeux et à porter une sérieuse attention sur l'avenir. Réfléchissez aux désastres qui peuvent résulter d'une plus longue obstination. Soumettezvous à l'autorité légitime, si vous voulez conserver intacte la partie du sud. Sauvez vos familles et vos propriétés.
« Mais si, contre mon attente, vous persistiez à soutenir la révolte suscitée et propagée par Rigaud, en vain vous compteriezsur les fortifications qu'il a faites. L'armée du général Toussaint-L'Ouverture, conduite par les généraux dont vous connaissez déjà la bravoure, cette armée, dis-je, vous combattra, et vous serez vaincus. Alors, je verrai non
sans douleur et bien malgré moi, que vous avez été les malheureuses, mais volontaires victimes de l'orgueil et de l'ambition d'un seul homme. Je dirai plus ; désirant mettre fin aux malheurs qui affligent depuis trop long-temps cette infortunée colonie, et voulant prouver à la nation française, que j'ai tout fait pour le bonheur et le salut de mes concitoyens, si Rigaud, quoique auteur des troubles, se présentait de bonne foi et sans détour, et qu'il reconnût sa faute, je le recevrais encore. Mais, si Rigaud persiste, et s'il se refuse à profiter d'un si grand avantage, venez tous, pères et mères de familles, je vous recevrai à bras ouverts. Le père de l'enfant prodigue reçut son fils, après son repentir. »
Quelles que fussent les promesses que cette proclamation faisait aux habitants dn sud, elle ne put effacer le douloureux souvenir des fusillades et des canonnades faites dans le Nord et dans l'Ouest, ni les tristes impressions des holocaustes dont les murs de Jacmel avaient été témoins. Tous les citoyens du Sud, sans distinction de couleur, préféraient aftronter les périls de nouveaux combats, plutôt que de se mettre à la merci de L'Ouverture.
Rigaud faisait des levées en masse pour résister aux nouveaux orages qui le menaçaient. Il donna le commandement de l'armée du Grand-Goâve à i'adjudant-général Pétion. Toureaux maintenait la ligne de Baynet.