‹ Vie de Toussaint-L'OuvertureChapitre 9 sur 97 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Canij» Oaliffet. Composition de l^arntée des insurges à la C^rande-Kivière et au Dondon.

Le camp Galiffet fut armé de canons pris dans divers postes et fortifié par les insurgés aussi bien qu'ils le pouvaient. Les soldats étaient bizarrement revêtus des dépouilles de leurs maîtres; la cavalerie était montée sur des chevaux et des mulets de pillage, harassés et ruinés par des courses fréquentes et précipitées; le cavalier était armé d'un fusil, souvent en mauvais état par le peu de soin qu'on apportait à l'entretenir; l'infanterie était nombreuse, presque nue, sans expérience, sans autres armes que des bâtons garnis de morceaux de fer aiguisés, de fragments de manchettes, d'épées et de cercles de fer de tonneaux , de quelques fusils et pistolets pitoyables. Cette armée, malgré TefFroi qu'elle répandait, était sans munitions ; encore les soldats dissipaient le peu qu'ils pouvaient s'en procurer par l'intermédiaire des esclaves de la

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ville. Jean-François, décoré de quelques cordons et crachats enlevés dans le sac des habitations , se disait chevalier de Saint-Louis, généralissime et amiral ; Biassou , Jeannot et Toussaint se disaient brigadiers; les autres, maréchaux , commandeurs , généraux, colonels, capitaines. Ce ne fut que plus tard, que Biassou prit , lors de sa mésintelligence avec Jean-François, le titre pompeux de vice-roi des pays conquis.

La discipline de cette armée était toute de fer: les subalternes qui cherchaient dans la révolte , les droits de la liberté, n'avaient rencontré qu'un esclavage plus dur encore que celui de l'atelier; celui qui^ placé en sentinelle, cédait au besoin du sommeil , recevait pendant huit jours, cinquante coups de fouet; à chaque exécution de la flagellation, on le faisait passer sous les drapeaux, en signe de déshonneur 5 au bout de huit jours , on lui tranchait la tête. Le voleur de bestiaux était pendu.

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