GÉNÉRAL ET PREMIER CONSUL
Le respect et la soumission, que je voudrais être toujours gravés dans le fond de mon cœur... (^Ici une lacune, ce sont peut-être des larmes qui Vont creusée l) Si j'ai péché en faisant mon devoir, c'est sans le vouloir; si j'ai manqué en faisant la constitution, c'est par le grand désir de faire le bien, c'est d'avoir mis trop de zèle , d'amour-propre ,
croyant de plaire à mon gouvernement; si les formalités que je devais prendre, n'ont pas été faites, c'est par mégarde. — J'ai eu le malheur d'essuyer votre courroux ; mais quant à la fidélité et à la probité, je suis fort de ma conscience et j'ose dire, avec vérité dans tous les hommes d'état, personne n'est plus probe que moi. Je suis un de vos soldais et premier serviteur de la République à Saint- Domingue. Je suis aujourd'hui malheureux, ruiné, deshonoré et victime de mes services ; que votre sensibilité touche à ma position. Vous êtes trop grand de sentiment et trop juste, pour ne pas prononcer sur mon sort. Je charge le général Carafelli, votre aide de-camp, de vous remettre mon rapport. Je vous prie de le prendre en grande considération ; son honnêteté, sa franchise m'ont forcé de lui ouvrir mon cœur.
Salut et respect, Toussaïnt-L'ouverture.
Il paraîtrait, — qui s'occupait de l'histoire d'un misérahle nègrel — que le rapport dont L'Ouverture parle est fourvoyé ; mais rendons à la mémoire de Carafelli qu'il se montra digne dans sa mission d'avoir eu l'insigne honneur de s'être trouvé face à face avec le Premier des ISoirs,
Malgré ce commencement de gémissements qu'arrachait à L'Ouverture la bise qui commençait à siffler et qui, à travers les verroux, venait
pleurer de douleur avec le vieillard des tropiques, sans pouvoir jeter dans son cœur un rayon vivifiant du soleil, dont il était cependant un des plus beaux Incas ! — le gouvernement ne fit rien pour une gloire de si haut déchue I
L'Ouverture, alors toujours comme Job, au milieu du fumier^ écrivit encore au premier consul; cette fois, la plainte est plus religieuse que la première: c'est le commencement de l'agonie de la gloire; c'est le râle d'un cœur fait pour les grandes choses, qui tombe et succombe sous le poids du glaive du despotisme.
Au cachot du fort de Joux, ce 7 vendémiaire an xi (29 septembre