‹ Vie de VoltaireChapitre 11 sur 85 · SÉJOUR EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

SÉJOUR EN ANGLETERRE

Voilà les principales idées que Voltaire récolte en Angleterre. Ces trois années sont une période décisive dans l'histoire de son esprit. La France avait envoyé à l'Angleterre un poète brillant et frivole, un homme de salon qui était le plus éblouissant des causeurs; l'Angleterre rend à la France un philosophe, un penseur mûri par l'étude et la méditation, plein d'idées qui bouillonnent en lui et attendent qu'elles puissent s'échapper.

Ces trois années si bien remplies furent passées par Voltaire dans un silence laborieux. Il lit, il observe, il voit peu le monde. Ce n'est pas qu'il vive en anachorète; il fréquente les écrivains les plus connus, Pope surtout ; mais il a fort à travailler. Il apprend Panglais et le sait assez bien pour écrire en prose anglaise son Essai sur la poésie épique; il achève et publie par souscription sa Henriade, qui lui rapporte plus de cent mille livres, noyau de sa fortune future. Mais, si fort occupé que l'on soit, Ton n'oublie pas sa patrie, surtout quand cette patrie est Paris et qu'on s'appelle Voltaire. Le poète avait goûté de l'indifférence humaine dans les premiers temps de son exil; personne n'avait rien fait pour lui; je me trompe; son frère Armand, le janséniste, avait offert, dans une église, un ex-voto pour sa conversion. Mais Voltaire n'était pas homme à s'abandonner lui-même; il avait trop de ressort pour se décourager ; il ne cessa de préparer son retour, et, en 1729, la permission longtemps attendue arriva enfin. On mettait à ce retour quarante conditions au moins; il lui était défendu, entre autres choses^ de venir habiter à Paris ; mais on se relâcha peu à peu de ce reste de rigueur et l'on finit par pardonner tout à fait à Voltaire d'avoir été battu et mécontent.

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