‹ Vie de VoltaireChapitre 18 sur 85 · VOLTAIRE A CIREY · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A CIREY

teurs le surnommaient Henri IV ; ses sujets rappelaient le bon roi Stanislas. Sa petite cour de Luné ville n'était pas toujours des plus gaies et des plus brillantes. Aussi était-ce pour lui une bonne fortune d'avoir dans son voisinage deux personnages illustres, comme Voltaire et madame du Châtelet. Il ne négligea rien pour les attirer et ces deux étoiles vinrent plus d'une fois briller dans son entourage.

Ces séjours répétés auprès du duc de Lorraine amenèrent un changement fort grave dans les relations du docte couple. Il se trouvait parmi les officiers du duc un homme d'esprit, qui était poète à ses heures et poète assez médiocre, mais qui était en revanche causeur charmant et fort beau garçon. C'était Saint-Lambert, futur auteur d'un mauvais poème sur Les saisons. Il vint papillonner autour de la divine Emilie. Or, depuis longtemps, celle-ci souffrait de la tiédeur de Voltaire; elle se sentait dans le cœur un vide profond. Saint-Lambert se présentait à point pour combler ce vide; il était jeune, galant, empressé; il prit tout doucement dans l'affection de la marquise la place que Voltaire y occupait. Passé du premier rang au second, Voltaire continuait à vivre tranquillement à Cirey; mais un terrible accident vint Tarracher à son existence paisible et le rejeter dans les aventures. Madame du Châtelet mourut (septembre 1749) en mettant au monde une petite fille. Voltaire fut désespéré. Malgré de petits orages, qui troublaient de temps en temps leur intimité, il était resté fort attaché à cette femme dont il avait été si sincèrement aimé. Il écrivit une épitaphe dont l'exagération même prouve l'étendue de son affection pour «lie :

L'univers a perdu la sublime Emilie;

Elle aima les plaisirs, les arts, la vérité.

Les dieux, en lui.donnant leur âme et leur génie,

N'avaient gardé pour eux que l'immortalité.

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Penser avec solidité Et d'un stiie brillant et sage, Oser écrire avec courage, Ce que le génie a dicté, Etre femme, avoir en partage, Et la grandeur, et la bauté Sans être vaine ny volage Sur les hommes en vérité Cest avoir pris trop d'avantage

VÇRS ÉCRITS PAR VOLTAIRE AU VERSO d'UN MÉMOIRE . DE MADAME d'^PINAY SUR LA THÉORIE DE NEWTON

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Sa douleur exaltée se calma pourtant peu à peu. Ce qui aida surtout à le consoler, ce fut, paraît-il, la découverte dans les papiers de la morte de certaines lettres adressées à Saint-Lambert. Madame du Châtelet y sacrifiait avec trop de désinvolture son ancienne idole à la nouvelle, et le poète dut sentir saigner son amour-propre en s'y voyant malmené de la belle manière. Il ne cessa toutefois de parler d'elle sur le ton du regret et, si sa vie agitée vint bientôt apporter mille distractions à son chagrin, il garda du moins le meilleur souvenir des années qu'il avait passées à Cirey.

C'est en effet une des périodes les plus fécondes de la carrière de Voltaire. L'influence que madame du Châtelet exerça sur lui fut, en somme, salutaire ; non-seulement elle empêcha Cet esprit mobile, ce caractère impétueux de commettre des folies qui auraient pu être irréparables, mais elle accrut la somme des connaissances qu'il possédait, elle détourna son attention vers des sujets graves çt sérieux oîi se renforça son intelligence, elle le poussa à sonder les mystères de la science et de la philosophie, elle fut enfin pour son talent un excitant perpétuel et c'en est assez pour que son nom occupe une place importante dans la biographie du poète.

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