ENNEMIS ET ABUS DE VOLTAIRE PENDANT SA JEUNESSE
Avant de suivre Voltaire dans sa course à travers le monde, quand il fut obligé de quitter Cirey, il nous faut revenir sur nos pas et voir quels ont été ses ennemis et ses amis durant cette première partie de sa vie (jusqu'en 1749).
Les ennemis n'ont pas manqué à Voltaire et je ne sais pas quel grand homme a pu jamais s'élever impunément audessus de ses contemporains. Mais Voltaire, plus que tout autre, a rencontré sur sa route des haines acharnées et on le comprend sans peine, quand on connaît ses ouvrages et son caractère. Il va sans dire que les dévots, ou simplement les gens religieux, ne pouvaient guèrç accueillir avec plaisir les railleries lancées sur ce qu'ils avaient de plus cher ; aussi l'aversion qu'ils avaient pour les idées de l'auteur remontait-elle jusqu'à l'auteur lui-même et plus d'un pamphlet pieux venait-il émouvoir sa bile. Toutefois, jusqu'au milieu du siècle, Voltaire a la prudence de garder encore des ménagements ; il n'ose pas encore dire tout ce qu'il pense et ce n'est pas parmi les gens d'Eglise qu'il rencontre alors ses adversaires les plus violents ; c'est parmi ses confrères, les gens de lettres.
A quoi attribuer les querelles très vives oîi il se trouve alors engagé? A l'envie d'abord, à la jalousie de ceux qui échouent contre celui qui réussit, au ressentiment de médiocri-