‹ Vie de VoltaireChapitre 2 sur 85 · ENFANCE ET ADOLESCENCE DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

ENFANCE ET ADOLESCENCE DE VOLTAIRE

C'est le 21 novembre 1694 que naissait à Paris François- Marie Arouet. Il semblait n'avoir qu'un souffle de vie. « Je suis né tué, > disait-il plus tard. Mais, dans ce corps d'apparence si frêle, se cachait une force qu'on n'y soupçonnait pas; ce mourant précoce devait mettre quatre-vingt-quatre ans à mourir.

La critique de nos jours aime, en étudiant les grands hommes, à les prendre même avant leur naissance; elle a donc fouillé le passé de la famille Arouet pour y découvrir quelque signe précurseur du génie qui devait Tillustrer. Recherche inutile! Tout ce qu'elle peut dire, c'est qu'il sortait d'une famille aisée, originaire du Poitou. Le père du nouveau-né était un honnête notaire, lié, par suite de ses fonctions, avec bon nombre de gens de lettres et de grands seigneurs. La

mère, femme du monde, a été accusée d'avoir été trop aimable ; elle a fait ainsi planer sur sa réputation des soupçons qui n'ont jamais été ni confirmés ni dissipés. François- Marie était son cinquième et dernier enfant. Des autres, deux étaient morts en bas-âge ; les deux autres restants étaient un garçon, Armand, qui devint un austère janséniste, et une fille qui épousa plus tard un M. Mignot.

Leur petit frère, le grand homme futur, se distingue de bonne heure par la vivacité de son intelligence et l'espièglerie de son humeur. Son parrain, Tabbé de Châteauneuf, un de ces abbés mondains qui croyaient quelquefois en Dieu, s'amuse à l'entendre balbutier des vers de sa voix enfantine. L'enfant prend goût à cette langue sonore, son esprit s'éveille, et lorsqu'en \ 704, trois ans après la mort de sa mère, il est mis chez les jésuites au collège Louis-le-Grand, il étonne bientôt ses maîtres par la rapidité de ses progrès et sa facilité merveilleuse.

Il eut la chance de rencontrer là des maîtres qui n'étaient point trop pédants et des condisciples qui restèrent ses amis ou devinrent ses protecteurs. On se plaît à chercher dans Penfance des hommes célèbres des présages de ce qu'ils sont devenus dans la suite : mais c'est le cas de répétçr le mot de l'Ecriture : Cherchez et vous trouverez. On trouve donc semés d'anecdotes plus ou moins légendaires les débuts du jeune écolier. S'il fallait en croire des gens trop bien informés, il s'annonçait dès lors comme un incrédule. Un jour, il avait caché le verre d'un de ses camarades : « Va, lui. aurait dit celui-ci, tu n'iras jamais au ciel, Arouet. — Le ciel! eût répondu l'enfant. Bah ! c'est le grand dortoir du monde ! » Une autre fois, c'est un des Révérends Pères qui, scandalisé d'une boutade semblable, l'aurait saisi au collet en s'écriant : « Malheureux! Tu seras un jour lé porte-étendard du déisme en France. »

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