‹ Vie de VoltaireChapitre 23 sur 85 · LES AMIS DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LES AMIS DE VOLTAIRE

taire a su se faire haïr, il a su aussi se faire aimer; sMl a poursuivi d'un ressentiment implacable ceux qui l'attaquaient, il a entouré d'une inaltérable affection ceux qui en avaient pour lui. Avec eux il était d'une docilité presque enfantine et d'une câlinerie charmante. D'Argental, son camarade de collège, est toujours appelé par lui « son ange gardien » et, suivant ses avis, il remanie à outrance ses tragédies, sans jamais se fâcher, sans jamais se lasser. Voltaire a un autre ami de jeunesse qu'il accable de lettres aimables et de bienfaits plus solides; c'est Thiériot, personnage médiocre, paresseux, insouciant, mettant plus de zèle à toucher Fargent des ouvrages que Voltaire imprime à son profit qu'à le défendre contre ses calomniateurs; malgré cette mollesse de caractère. Voltaire ne se départ pas un jour de sa tendresse à son égard. Puis il rencontre dans le monde un jeune officier, maladif, condamné par la nature à mourir avant l'âge, mais portant dans ce corps si frêle un esprit vigoureux et un cœur doué d'une exquise sensibilité. C'est un inconnu : Voltaire le devine, et lui, l'homme arrivé, il se plaît à révéler aux autres et peut-être à lui-même le beau génie qu'il a découvert; il écrit avec un véritable respect à ce jeune homme qui a vingt ans de moins que lui. Vauvenargues (car c'est de lui qu'il s'agit) doit ainsi à son ami les quelques rayons de gloire qui viennent dorer ses dernières années, et c'est encore Voltaire qui le remercie de l'heureuse influence que sa philosophie sereine, que son élévation morale ont exercée sur lui. « Si vous étiez né a quelques années plus tôt, mes ouvrages en Vaudraient « mieux, » lui écrit-il, et plus tard, quand Vauvenargues est descendu dans la tombe, Voltaire fait avec enthousiasme son éloge. Ce n'est pas là un accident isolé dans sa vie. Il aide volontiers 1^ débutants de ses conseils et de sa bourse. Tous ne répondent pas à ses espérances : mais, pour ne

citer qu'un de ceux qui se virent ouvrir par lui la carrière, il encouragea et lança un jeune provincial qui s'était adressé à lui sans le connaître et qui s'appelait Marmontel. Combien d'autres parmi les gens de lettres eurent à se louer de sa bonne grâce à rendre service? Lekain, le plus grand tragédien du temps, rappelait souvent les encouragements qu'il avait reçus de lui au début de sa carrière et il s'appliquait ce vers d'Œdipe :

L'amitié d'un grand homme est un bienfait des Dieux.

C'est là un beau côté du caractère de Voltaire et il faut l'opposer à la vivacité de ses colères et de ses haines. Un homme qui avait toute espèce de raisons pour ne pas l'-aimer, a dit de lui : « Je ne sache pas d'homme dont les premiers mouvements aient été plus beaux que les siens. j>

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