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LA COUR DE FRÉDÉRIC II

Prusse. Il y eut donc négociations entre ces deux hommes, également jaloux de leur intérêt. Frédéric comparait Voltaire à Danaé qui ne se donna que pour une pluie d^or. Voltaire ripostait en jurant qu'il aimait Jupiter et non pas sa pluie, mais il ajoutait :

Au siècle de fer où l'on vit.

Les gouttes d'or sont nécessaires.

Pour vaincre les dernières hésitations du poète, le roi appelle auprès de lui un jeune débutant, d'Arnaud, il le comble d'éloges, et il le célèbre comme le successeur du grand homme vieillissant; il va jusqu'à écrire que l'aurore de Tun suffit à consoler du déclin de l'autre. Voltaire est piqué au vif; il partira, il ira prouver à Berlin que sa vieillesse est encore verte, et que le soleil n'est pas près de se coucher. Il ne restait plus qu'à prendre congé du roi de France. Voltaire, gentilhomme ordinaire et historiographe de Sa Majesté très chrétienne, ne voulait pas laisser derrière lui de mécontents. Il comptait se réserver la faculté de revenir à la cour de France. Louis XV se contenta de lui répondre, en lui tournant le dos, qu'il pouvait partir quand il voudrait, et Voltaire, au mois de juillet i75o, arrivait enfin à Potsdam.

La cour du roi Frédéric II ne brillait pas par l'élégance et l'agrément. Pour mieux dire, ce n'était pas une cour. La ville de Potsdam n'était tout entière qu'une grande caserne; on n'en pouvait sortir, fût-on prince de sang, qu'avec un billet signé de la main du roi. Les revues étaient à peu près le seul plaisir offert à ceux qui l'entouraient. Le conquérant de la Silésie ne pensait pas, comme François P% qu'une cour sans dames était un printemps sans roses. Tout au contraire, les femmes étaient proscrites de son entourage, et, s'il faut en croire un prince de Brunswick peu

charmé de cette résidence royale, on y passait le temps à conjuguer le verbe s*ennuyer.

On peut imaginer si Voltaire fut le bienvenu dans un milieu où les éléments de gaîté se trouvaient si rares. L^ennui et Voltaire n'allaient guère de compagnie, et sa verve, son entrain animèrent bientôt tout le château. Les premières semaines de son séjour à Potsdam furent une véritable lune de miel; il est séduit, ravi, ensorcelé; il éclate en cris de joie et d'enthousiasme : (i Cent cinquante mille soldats victorieux, point de procureurs, opéra, comédie, philosophie, poésie, un héros philosophe et poçte, grandeurs et grâces, grenadiers et muses, trompettes et violons, repas de Platon, société et liberté! qui le croirait? Tout cela est très vrai. » 11 était sincère, mais non peutêtre tout à fait désintéressé dans ces éloges. Il tenait à ce que tout Paris sût son bonheur; il voulait faire « crever de rage » les envieux, il espérait rendre la cour de France honteuse de son indifférence. Frédéric n'était pas moins enchanté que son commensal; il se départait de sa parcimonie habituelle pour célébrer des fêtes en son honneur ; il faisait jouer celles de ses pièces qui étaient interdites en France; il ne pouvait supporter la pensée de le perdre un jour et il ne négligeait rien pour le fixer auprès de lui. Il lui donnait la clef de chambellan, il le décorait de je ne sais plus quel ordre, il lui offrait 20,000 fr. de pension. Pourtant Voltaire hésitait; Berlin n'était pas Paris; Frédéric, qui faisait si bien patte de velours, savait encore mieux montrer les griffes, et la fantaisie pouvait lui en prendre; enfin les vieux amis du poète ne se résignaient pas à son exil perpétuel. Mais Frédéric redoublait d'instances; il n'écoutait aucune objection. Voltaire avait une nièce qu'il aimait beaucoup. Madame Denis, c'était son nom, devenue veuve, était prête à se consacrer à son oncle et le rappelait près d'elle. Elle lui

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