LE PALAIS DE
rieur avait défendu d'en faire, vit un jour un pauvre couvreur rouler du haut d'un toit; pris entre le désir de sauver un homme et celui d'obéir, il se contenta d'ordonner au couvreur de rester en Pair jusqu'à nouvel ordre, et courut chercher la permission d'achever ce qu'il avait si bien commencé. Seulement de pareils miracles sont fort rares, et Voltaire s'apercevait à mille symptômes que cela ne pouvait pas durer. Lamettrie lui rapporta ce propos qu'il avait, disait-il, entendu de la bouche même du roi : c J'aurai besoin de lui encore un an tout au plus : on presse l'orange et puis on jette l'écorce. » Cette écorce, dont on comptait se défaire avec tant de désinvolture, faisait rêver Voltaire, et ce n'était pas sans raison. Il n'en montrait rien en public : mais peut-être n'était-il pas aussi réservé avec ceux dont il se croyait sûr, et il ne manquait pas d'amis charitables pour répéter au roi les paroles imprudentes qu'il laissait échapper. Il se serait écrié à la mort de Lamettrie : « Voilà la charge d'athée du roi vacante. » — Sur une lettre qui lui était adressée : « Au château », il aurait corrigé pour mettre en place : « Au corps de garde. » — « Le roi, » eût-il répondu un autre jour à quelqu'un qui lui parlait de Frédéric, « dites plutôt le maréchal des logis ! »
Ces anecdotes ne sont pas toutes, il faut le dire, au-dessus de tous les doutes : mais elles sont du moins vraisemblables. Voltaire, non plus que Frédéric, ne savait pas retenir un bon niot, quand il lui venait au bout de la langue, et ils sont l'un et l'autre assez riches en sarcasmes de cette espèce pour qu'on ait pu leur en prêter sans scrupule. S'il faut en croire d'autres chroniqueurs, Voltaire eût piqué d'une façon plus vive encore l'amour-propre de Sa Majesté. Frédéric avait la faiblesse de vouloir passer pour poète : il était atteint de cette vanité ombrageuse qu'ont volontiers les gens de lettres. Or, un jour qu'un général prussien, jaloux