‹ Vie de VoltaireChapitre 34 sur 85 · VOLTAIRE A FRANCFORT IO · texte numérisé non relu

VOLTAIRE A FRANCFORT IO

On pourrait croire que la pièce est finie. Mais point. L'honnête résident commence par reprendre le livre de poéshies du roi son maître, comme il disait en son langage. Frédéric peut désormais être rassuré : ses vers satiriques, son poème du Palladiotty où il se moque d'une foule de hauts personnages, ne seront pas ébruités par Voltaire. Pourquoi donc ne pas le laisser aller ? C*est que Voltaire à Francfort a commis un nouveau crime. 11 a voulu s'enfuir, et M, le Résident demande de nouveaux ordres pour savoir comment il faudra punir un attentat aussi grave. Et puis, n'estil pas juste que Voltaire paye les frais qu'a causés à la justice et à M. le Résident son arrestation? Ce sera seulement cent vingt-huit écus et quarante kreutzers par jour. Et Voltaire négocie avec ceux qui le tondent si galamment, il se fait humble, il écrit à la sœur de Frédéric, la margrave de Bayreuth; il adresse des suppliques au baron Freytag et à son acolyte, le conseiller Schmid ; et tout à coup il a des retours de fureur, il menace d'un pistolet un des pillards subalternes qui le détroussent, ce qui faillit lui créer une nouvelle affaire. Enfin, le 7 juillet (après trente-sept jours de détention), arrive l'ordre de le laisser partir. Il part sans argent, sans effets, et c'est seulement un mois après qu'il recevra les restes de son bagage ; car on eut soin de prélever d'abord tous les frais qu'avait occasionnés son séjour forcé dans la ville hospitalière de Francfort.

Ainsi finissaient par cette odyssée burlesque et par ces brutalités inexcusables les rapports directs de Voltaire avec le Salomondu Nord. Les écrivains allemands de nos jours, qui ont conté cette querelle, ont donné tous les torts à Voltaire ; ils ont complètement approuvé la conduite de Frédéric et ils ont eu pour cela deux motifs excellents : c'est qu'il était roi et allemand. Mais c'est vraiment se montrer plus royaliste et plus allemand que le roi de Prusse.

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Frédéric, la chose faite, s'en repentit; il fit sentir à ses;: fidèles serviteurs qu'ils avaient décidément mis trop de zèle à son service ; il disait plus tard en parlant de Taventure ^ : flc J'en ai ri, mais soyez sûr que ce butor de Freytag a outrepassé mes ordres. Je lui avais recommandé simplement de me faire ravoir mon livre de poésies et ce rustre Ta redemandé avec une dureté que j'ai désapprouvée. » Frédéric pouvait, dans Pintirpité, qualifier ses agents comme ils le méritaient; mais il les couvrit de sa responsabilité.

Quant à Voltaire, il sortait de ce débat meurtri ; mais les violences dont il avait été victime étaient plus odieuses encore que risibles et le premier châtiment de Frédéric fut de se sentir amoindri dans Popinion publique. • Ce ne fut pas le seul. Voltaire n'avait pas d'armée ni de ministre à ses ordres pour rendre coup pour coup ; mais il avait sa plume. Il écrivit quelques pages sous le titre de Mémoires pour servir à V histoire de ma vie; et c'est là que revit le grand Frédéric avec ses petitesses et ses vices, c'est là que Ton peut chercher le revers de l'histoire officielle. Tous les détails n'y sont peut-être pas d'une exactitude parfaite; la passion a plus d'une fois emporté l'auteur; mais le tableau y est tracé de main de maître, et quand ce petit ouvrage, que Voltaire n'osa pas ou ne voulut pas publier lui-même, parut après sa mort dans ses œuvres complètes, les étranges révélations qu'il contenait durent arracher aux vieux roi une laide grimace et réveiller en lui le regret de sa campagne de Francfort.

Au moment oti Voltaire quitte ainsi le roi de Prusse pour ne plus le revoir, il convient de se demander quel a été sur lui l'effet de ce séjour en Prusse.

Son génie était trop français pour subir l'influence de

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