CHAPITRE II
JEUNESSE DE VOLTAIRE JUSQU'a SON RETOUR D ANGLETERRE
Mais revenons en arrière. François-Marie Arouet n'était pas encore Voltaire ; il n'était qu'un grand homme en espérance. C'est sous la régence que sa renommée commença à sortir du cercle étroit où elle était jusqu'alors restée enfermée.
La Régence est en France une époque folie et singulière qui est en même temps une date importante. Le jour où Louis XIV alla enfin rejoindre dans la nécropole de Saint- Denis les cendres des rois ses ancêtres fut accueilli, dans tout le royaume et à Paris surtout, comme un jour de délivrance. il semblait qu'avec un nouveau roi allait commencer une nouvelle ère ; un sentiment d'espoir vague, mais puissant, emplissait tous les cœurs, et, de fait, c'est bien de ce jour-là qu'il faut dater le commencement du xvin^ siècle. Ce fut une détente générale; à l'excès de la contrainte succéda, suivant la règle, l'excès de la licence. Le duc d'Orléans, qui est régent, mène lui-même la ronde où tournoie la France en goguette ; les vices qui se cachaient font éruption au grand soleil; c'est à qui portera le costume, parlera le langage le plus débraillé; le suprême bon ton est d'être corrompu, « roué », suivant le mot du temps, et de le paraître encore plus qu'on ne l'est. La cour, dévote hier, est devenue athée.