PREMIER EXIL I
Le cynisme est à la mode, comme la gravité l'était la veille. Après cette explosion de passions trop longtemps contenues, le calme se fera peu à peu ; mais Timpudeur restera un des cachets du siècle et de tous les hommes qui auront vécu sous la Régence.
Arouet alors ne vaut ni mieux ni pis que la société en fermentation qui l'environne ; seulement on commence à savoir qu'il a Phumeur moqueuse et qu'il sait à merveille lancer un trait acéré». La Régence, oii Tesprit émancipé se donna carrière sous toutes les formes, fut extrêmement fertile en satires d'une virulence qui les rend impossibles à citer. Elles paraissaient, cela va sans dire, anonymes. Mais on essayait de deviner l'auteur et Arouet fut plusieurs fois victime de sa réputation naissante. On le connaissait capable d'écrire des couplets satiriiques; c'en était assez pour qu'il fût accusé et puni. Une première fois, en 171 6, on l'exile de Paris; on le relègue en province. Il a beau désavouer les vers qu'on lui attribue; on n'en tient pas compte et il faut bien reconnaître que de pareils désaveux ne tiraient pas alors à conséquence. Comme les châtiments frappaient les écrivains à tort et à travers et sans recours possible, tous les moyens semblaient bons pour éviter ces rigueurs arbitraires. Renier la paternité de ses œuvres était le plus commode et Voltaire avec une légèreté de conscience, que tous les, auteurs du temps ont eue comme lui, n'aura aucun scrupule à charger des morts, ou même parfois des vivants, du compromettant honneur d'avoir composé ses écrits les. plus hardis.
Son premier exil ne le rendit pas plus prudent. A peine de retour à Paris, il se venge du régent en lançant contre lui une satire latine fort mordante. En plein café il s'échappe en propos amers contre Son Altesse. C'en était plus qu'il ne fallait pour le faire arrêter. Par surcroît, il venait de paraî-