‹ Vie de VoltaireChapitre 40 sur 85 · VOLTAIRE ÉCONOMISTE · texte numérisé non relu

VOLTAIRE ÉCONOMISTE

sorte, en France comme à Sans-Souci, il se trouva, non pas à Pavant-garde, mais dans le gros de Tarmée pHîlosophique.

Ainsi, au point de vue moral et religieux, le milieu du xvTiie siècle marque donc, d'un côté, une plus grande hardiesse de la tendance à tout nier et à tout renverser, et d'autre part, ce qui en est la conséquence logique, le début d'une réaction qui ramène les esprits vers le christianisme et les doctrines spiritualistes.

Au point de vue politique, la même date marque le commencement de la guerre violente contre le pouvoir absolu. Cest le tour de TEtat après l'Eglise. Ici nous ne trouvons plus parmi les philosophes deux courants contraires. Il n'en existe qu'un seul. Tous, à des degrés divers, combattent le despotisme et poussent du côté de la liberté. 11 y a bien des nuances sans doute entre les écrivains. Les uns s'arrêtent à la monarchie tempérée comme en Angleterre, les autres vont jusqu'à la république démocratique. Ici, Rousseau, loin d'inaugurer une réaction, est celui qui s'élance le plu3 avant et, dans son ardeur, il ira jusqu'à vouloir supprimer la société, jusqu'à attaquer la propriété, jusqu'à se faire le précurseur des théories les plus audacieuses de notre siècle.

Ce qui est surtout frappant dans cette seconde moitié du siècle, c'est l'intérêt puissant qui s'attache aux questions d'ordre public. C'est vers ijSo que se constitue l'économie politique. « Vers l'an ijSo, » dit Voltaire, « la nation rassa- « siée de vers, de tragédies, d'opéras, de romans, d'histoires <c romanesques, de réflexions morales plus romanesques <K encore et de disputes théologiques sur la grâce et les con- « vulsions, se mit enfin à raisonner sur les blés. Adieu nos <t beaux arts, si les choses continuent ainsi, » s'écriait-il, et pourtant telle était la force du courant que lui-même,

après l'avoir vainement combattu, s^y laissera entraîner comme les autres.

Nous Tavons quitté à l'instant où il tournait ses regards vers la Suisse. Les rives du Léman lui plaisaient par-dessus tout. Il songeait à se fixer au château d*Allaman; mais une loi défendait à tout catholique de posséder des biens fonds en ce pays réformé, et Voltaire, qui ne s'attendait pas à être jamais trouvé trop catholique, était pourtant empêché par là d'y devenir propriétaire. On éluda la loi en sa faveur. De Berne, comme de Genève, arriva sur sa requête une gracieuse permission de résider et d'acquérir des domaines en terre protestante. Il commença par louer ce qu'il appelait son ermitage de Monrion (entre le lac et Lausanne); il voulait faire connaissance avec le climat et les gens du pays. L'essai fut heureux ; Voltaire se moque alors des badauds de Paris qui se figuraient la Suisse comme un pays toujours couvert de neiges, tout sillonné de précipices et tout peuplé d'ours; il est ravi; le pays de Vaud est une nouvelle Attique ; ses habitants, tous bonnes gens et gens d'esprits. Son enthousiasme se traduit bientôt par l'achat d'une grande maison rue du Grand-Chêne et il faut Ten tendre célébrer sa conquête :

« Cent jardins sont au-dessous de mon jardin. Le grand miroir du lac les baigne. Je vois toute la Savoie au-delà de cette petite mer, et, par delà la Savoie, les Alpes qui s'élèvent en amphithéâtre et sur lesquelles les rayons du soleil forment mille accidents de lumière. M. des Alleurs n'avait pas une plus belle vue à Constantinople. Dans cette douce retraite on ne regrette point Potsdam. »

C'est là sa résidence d'hiver. Pour Tété, Voltaire s'est créé une autre habitation sur le territoire de Genève. Elle s'appelait « Saint-Jean »; il la baptise « mes Délices », et le voilà jardinier, maçon, architecte, et enchanté de faire tous

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