L.E CHATEAU DE FËRNEY
bientôt à la hardiesse croissante de ses écrits qu^il se sentait tout à fait en sûreté.
Voltaire avait plus d'une chose à apprendre dans ce pays nouveau pour lui. On ne saurait méconnaître Fimportance du rôle littéraire que la Suisse a joué au xviii* siècle. On voit alors commencer dans la Suisse allemande un grand retour à la nature qui renouvelle toute la littérature de l'Allemagne, et on voit en même temps naître, dans la Suisse française, un mouvement parallèle qui transforme profondément la littérature de la France. D'un côté, c'est de Zurich et de Berne que part l'impulsion; de l'autre, c'est des bords du Léman que le branle est donné. Et il ne s'agit pas seulement ici de celui qui aimait à s'intituler le citoyen de Genève, qui dans ses rêves de bonheur se voyait toujours possesseur, dans le pays de Vaud, d'une maison blanche à contrevents verts; de ce grand contemplatif qui se nomme Jean-Jacques Rousseau. S'il est le plus brillant de ceux qui représentent ce retour à la nature, il est loin d'être le seul et il faudrait ajouter des hommes comme le naturaliste Bonnet, admirateur et peintre enthousiaste du monde qui l'entoure, comme de Saussure, vainqueur et révélateur du Mont-Blanc.
Du reste, rien de plus facile à expliquer que la . part considérable de la Suisse dans ce réveil de sentiments longtemps étouffés par Tatmosphère des cours et des salons. Si elle guide dans leur marche vers la nature les pays auxquels elle se rattache par la langue, c'est pour la même raison qui en fait aujourd'hui le rendez-vous des artistes et des amateurs de beaux paysages. Ce n'était pas en vain qu'elle charmait les regards par le contraste de ses glaciers et de ses verts pâturages, de ses lacs bleus et de ses montagnes aux flancs noirs de sapins. Ce n'était pas en vain qu'elle avait gardé, plus que tout autre pays d'Europe, la simplicité pittoresque de la vie pastorale et des coutumes rustiques plei-