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CHAPITRE VIII

SEJOUR DE VOLTAIRE A GENÈVE ET A LAUSANNE LA LUTTE AVEC JEAN*JACQUES ROUSSEAU

On n'a qu'à lire quelques pages de la correspondance de Voltaire de 1756 a lySS, pour remarquer quUl a montré pour Lausanne une véritable prédilection. Tandis que le Genevois Rousseau ne lance guère aux habitants du pays du Vaud que des boutades piquantes, Voltaire n'a pour son petit pays roman, comme il l'appelle, que des mots aimables! A peine çà et là quelques coups de patte, qui effleurent la peau, et encore est-ce pure habitude !

A Lausanne, il trouve du goût français, des familles françaises, toute une France en miniature, moins les cabales et la Bastille! « Figurez-vous Athènes avec Lacédémone », ditil quelque part, a Nous n'avons de suisse que la cordialité, <( s'écrie-t-il encore, c*est l'âge d'or avec les agréments du « siècle de fer. » Ces agréments, c'est la vie du monde; ce sont des soupers oti Voltaire reçoit Télite de la société ; c'est un échange de vers coquets, de billets galants avec les belles damés ou les hommes d'esprit de la ville. Pour les visites, on l'a dispensé d'en faire, et il en rend grâces à sa mauvaise santé, qui lui était si utile à l'occasion. Mais s'il est trop souffrant pour se déranger, la maladie disparaît comme par enchantement dès qu'il s'agit, de jouer la comédie. Pour Voltaire, la vie n'est pas tQna4?le sans un peu

« d'histrionnage j^, comme il dit. Et aussitôt le voilà qui organise un théâtre, « un tripot », suivant son expression. Théâtre modeste d'abord, s^il faut en croire ce plaisant du parterre qui répliquait à Lusignan, quand le vieillard à demi-aveugle demande où il est :

Seigneur, c'est le grenier du maître de ces lieux.

Mais n'importe! c'est un théâtre; et Ion y ]oue Zaïre ^ Ton y joue, l'on y prêche la comédie de VEnfant prodigue. Acteurs et actrices, stylés par Voltaire, font merveilles, a C'est mieux qu'à Paris, » s'écrie Voltaire enthousiasmé ; Voltaire, auteur, acteur et chef de troupe, a triple succès et il est fier de tirer des larmes de tous les yeux suisses. Ce qui lui plaît encore davantage, c'est que la philosophie remporte avec lui de petits triomphes. Ce n'est point assez d'avoir implanté l'amour du théâtre dans une cité calviniste : il a vu douze pasteurs assister à une représentation, voire même tous les étudiants en théologie. Il est vrai qu'en revanche il écoute des sermons : mais il en avait bien composé un jadis pour un pauvre abbé qui craignait d'être à court d'éloquence dans je ne sais quelle fête solennelle. A cette victoire sur l'austérité protestante, Voltaire en ajoute bientôt une autre. Un pasteur de Lausanne, Polier de Bottens, qui avait été le premier à l'attirer, devient grâce à lui le fournisseur attitré de l'Encyclopédie, et il faut voir la joie du philosophe d'avoir recruté dans le clergé un auxiliaire pour sa campagne contre la religion. Il chante les progrès de la raison, il se représente corrigeant les articles qu'il reçoit pour les rendre chrétiens, sans quoi ils n'auraient pu paraître. A Berne, autre pasteur, qu'il enrôle parmi les collaborateurs du parti philosophique. Rien ne lui est plus doux que de gagner à sa cause ces hommes qu'il appelle théologiens par état et incrédules par bon sens. Ce qui le charme, c'est la

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