LA GUERRE DE GENÈVE I
du poème. Une tempête Ta jetée inanimée sur la rive du lac. On a essayé de tout pour la rendre à la vie. Tous les moyens, le vin même, ont échoué ! Passe un riche Anglais. « Est-elle Genevoise?» demande-t-il en voyant la noyée. « Oui, » répond-on. Milord n'ajoute rien, il met une bourse pleine d'éeus dans la main de la pauvre victime, et la voilà qui ressuscitecomme par enchantement. Ce n'est pas seulement Genève qui était, dans ce poème, bafouée par Voltaire : tous ses ennemis y recevaient leur paquet, comme dit Molière, et Rousseau surtout y était vilipendé avec une verve implacable. A ce moment, les jours oîi Voltaire cherchait à plaire aux Genevois sont envolés pour jamais, et il écrit irrévérencieusement : « Ma destinée était de finir entre un semoir, des « vaches et des Genevois. » Il songe même à leur jouer un plus mauvais tour. Genève, il faut le dire, était alors en querelle avec la France. Elle avait repoussé le projet de médiation élaboré par l'ambassadeur et le ministre, M. de Choiseul, pour la punir de ce quMl regardait comme une insolence, essayait de bloquer et d'affamer la ville. Il voulait surtout lui créer nane rivale au bout du lac. Il espérait détourner sur Versoix, qui appartenait à la France, tout le commerce qui se concentrait à Genève, et là il créait un port, il traçait des rues, il appelait des habitants. Mais M. de Choiseul n'était pas Amphion ; les murs ne s'élevaient pas à sa voix; sa ville eut plus de rues que de maisons, et elle attendit vainement aussi bien les hommes que les capitaux. D'ailleurs M. de Choiseul fut bientôt disgracié et Voltaire, qui l'avait encouragé de toutes ses forces, vit ses projets tomber avec le ministre. Il sut du moins faire de Ferney ce que Versoix ne pouvait pas être. Quand les natifs furent obligés de quitter Genève, pour éviter les persécutions des bourgeois victorieux, il leur offrit un asile, il les attira sur ses terres, et peut-être vit-il avec plaisir les excès des Genevois peupler