ÉGLISE ÉRIGÉE PAR VOLTAIRE A FERNEV
une autre, il est vrai; mais il y mettait cette inscription : « Deo erexit Voltaire ', • et, pour que nul ne se méprît sur son intention, il avait soin d'écrire à ses amis : « Deo, non Christo '. » Il disait encore : t Je ne Tai dédiée à aucun saint. Je pense quUl vaut mieux s'adresser au maître qu'aux valets. » Un beau jour, dans cette église qu'il considérait comme sienne. Voltaire eut la fantaisie de communier. Il se disait et se croyait peut-être, en qualité de seigneur du lieu, obligé de donner ce qu'il appelait t le bon exem» pie ».
Singulière expression dans la bouche de celui qui avait pris pour devise : a Ecraser Tinfâme! » Pour l'expliquer, il faut pénétrer un peu plus avant dans ses idées : car comment comprendre l'effet, si on ne le rattache pas à la cause? On a essayé parfois de transformer Voltaire en ami du peuple, en démocrate. C'est là un véritable travestissement. Le seigneur de Ferney traite trop souvent le peuple avec le mépris d'un gentilhomme. Il a écrit quelque part : « A l'égard du peuple, il sera toujours sot- et. barbare.... Ce sont ■ des bœufs, auxquels il îaut un joug, un aiguillon et du foin. » Paysans et ouvriers lui déplaisent, parce qu'ils ne pensent point ; il les croit voués pour toujours à l'ignorance et à la grossièreté; il ne songe pas à répandre parmi eux les idées nouvelles, et il le dit en termes des plus dédaigneux : <c On n'a jamais prétendu éclairer les cordonniers et les servantes. C'est le partage des apôtres. » Le spectacle de la Suisse, le savoir répandu parmi les citoyens de Genève le font quelque peu revenir de ce mépris aristocratique; il exprime en quelques endroits l'espoir que, dans un avenir lointain, tailleurs et blanchisseuses finiront par savoir lire et même par penser