DE SA VIE
Nous avons suivi Voltaire dans bien des domaines. Nous Pavons vu aux prises avec les Genevois et Rousseau, av<^ l'Eglise, avec les parlements. Il s^en faut pourtant de beaueoup que nous ayons parcouru tout le champ de son activité! On est étonné, effrayé de tout ce qu*il peut faire à ht fois dans cette période de la vie, où Fardeur de la jeunosse s^amortit d'ordinaire* On comprend le titre « d'hommelégion » que lui donne son dernier biographe ^ Le travail est ce qui le soutient, ce qui le fait vivre. Il a dit, eh parlatit de la nature,
Que le travail infatigable Est un dieu qui la rajeunit.
On peut en dire autant de lui-même. Il termine son roman de Candide par ce conseil donné à tous les hommes : « Cultivez votre jardin, » et il a pratiqué ce précepte dans le sens le plus large. « Plus j'avance dans la carrière de la vie, » disait-il encore, « et plus je trouve le travail nécessaire. Il de-
I. M. G. Desnoireterres, qui a fait, en huit volumes, une étude de Voltaire aussi complète qu'intéressante.
« vient à la longue le plus grand des plaisirs et tient lieu de f toutes les illusions qu'on a perdues. »
Un excitant dont Voltaire usa toujours fut, comme on sait, le café. Il en prenait nombre de tasses par jour. Mais un autre excitant, qui paraît lui avoir été tout aussi nécessaire, c^était quelque bonne querelle avec un de ces nombreux « gladiateurs de plume » qui infestaient la littérature d'alors. Il semble qu'il ait eu, de temps en temps, besoin de décharger sa bile «t de distribuer quelques horions de droite et de gauche. Jamais, du reste, ne lui manqua l'occasion de se livrer à cet exercice salutaire pour lui.
L^objet favori de ses attaques fut, pendant cette dernière partie de sa vie, Jean Fréron. Fréron, rédacteur de V Année littéraire^ était critique de profession. Mais il fait parfois penser à la recette que donne Musset pour fabriquer un feuilleton : « Il suffit ', « dit-il, « d'appuyer son coude sur la table, d^étendre la main et de laisser couler doucement tout ensemble encre, préceptes, doctrines, injures, ànachronismes et bévues. » Ce n^était pas un homme de savoir; ce n^était pas non plus un homme de caractère élevé. Le journaliste, obligé, pour faire vivre son journal, de ne toucher à rien de ce qui tient au pouvoir, se retourne contre ceux qui ne sont pas protégés, surtout contre ceux qui sont persécutés. Il se fait l'ennemi des philosophes, et Voltaire n'est pas épargné. 11 est déclaré par le critique « sublime dans quelques-uns de ses écrits, rampant dans toutes ses actions » . « On ne peut pas, » disait Diderot, « arracher un cheveu à cet homme sans lui faire jeter les hauts cris. » Fréron eut donc bientôt un terrible adversaire qui devait le poursuivre à outrance. Le journaliste ne laisse passer ni un ouvrage de Voltaire sans lui donner un coup de dent ni un de se& actes