LA GUERRE DE SEPT ANS 2O
mon, qui, *étant à Dresde dans le palais du roi de Pologne, se montrait à la fenêtre, ayant à ses côtés deux gros ministres luthériens? Le peuple criait : « Vivat! Ahl le saint roi! »
Voltaire se moque, mais la pitié lui vient bientôt.^ Il n'a jamais aimé la guerre; il avait le plus profond mépris pour ces luttes où des millions d^hommes s'entretuaient sans sa-
voir seulement pourquoi.
« On voit à la fois, » écrit-il, « cinq ou six puissances belligérantes, tantôt trois contre trois, tantôt deux contre quatre, tantôt une contre cinq, se détestant également les unes les autres, s'unissant et s^attaquant tour à tour; toutes d'accord en un seul point, celui de se faire tout le mal possible.
« Le merveilleux de cette entreprise infernale, c'est que chaque chef de meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain. Si un chef n^a eu que le bonheur de faire égorger deux ou trois mille hommes, il n'en remercie point Dieu; mais lorsqu'il y en a eu environ dix mille d'exterminés par le feu et par le fer et que, pour comble de grâce, quelque ville a été détruite de fond en comble, alors on chante à quatre parties une chanson assez longue, composée dans une langue inconnue à tous ceux qui ont combattu et, de plus, toute farcie de barbarismes ^ La même chanson sert pour les mariages et pour les naissances, ainsi que pour les meurtres; ce qui n'est pas pardonnable, surtout dans la nation la plus renommée pour ses chansons nouvelles. »
Le tableau est encore vrai; il l'était peut-être davantage au siècle dernier, à l'époque de ces interminables guerres de succession oti les princes engageaient leurs peuples, sans dai-