LES ETRANGERS A FERNEY 2\J
Ainsi que les lettres, les visites pleuvaient de toutes parts à Ferney. Ce sont, à chaque instant, des amis ou des curieux. Tout ce qui a quelque célébrité dans Tart et dans les lettres y passe tour à tour. Femmes du grand monde, bourgeoises et actrices, Français, Italiens, Anglais, Suisses, se rencontrent à sa table. Si l'on voulait citer les noms les plus marquants, on ferait déjà une liste bien longue. Nommons seulement madame d'Epinay et madame deGenlis, toutes deux femmes auteurs et femmes aimables; Florian, que Voltaire a baptisé Florianet ; La Harpe, qui sera dans la critique le fidèle écho de son maître ^ Jean de Mtiller, le futur historien de la Suisse, qui tient, comme tant d'autres, à lui apporter son tribut d^admiration. Tous étaient reçus avec Fhospitalité la plus cordiale et la plus magnifique. Voltaire, « toujours allant et toujours souffrant, » essayait bien de temps en temps de se dérober à la foule de ses admirateurs. Il laissait fai^e les honneurs de la maison par sa nièce, madame Denis, bonne grosse femme, qui, en sa qualité de nièce de Voltaire, s'était crue obligée un instant d'ébaucher des comédies, mais qui, guérie de la maladie du bel esprit, se contentait déjouer les pièces des autres, de diriger tout l'entourage de son oncle et son oncle lui-même. Pendant ce temps, Voltaire restait enfermé d^ns sa chambre, on le disait à l'agonie; s'il paraissait un moment, c'était avec des béquilles, en bonnet de nuit. Mais, qu'un caprice de gaieté -lui passât par Tesprit, qu'un des assistants sût rintéresser.ou l'exciter, adieu maladie, bonnet de nuit, béquilles ; Voltaire redevenait ce qu'il était naturellement, un causeur éblouissant ; il tirait, sans y songer, un feu d'artifice en l'honneur de ses hôtes; il né les laissait partir qu'émerveillés de cette vivacité à laquelle l'âge ne pouvait rien. Mais le patriarche ne donnait pas ces fêtes au premier venu. Il lui arrivait d'être excédé d'importunités et.il a