COURONNEHENT DU BUSTE DE VOLTAIRE
Au Théâlre-Français le ïo mars 177S.
triarche reste, bon gré mal gré, couronné. La pièce que Ton joue, dernier fruit de la verve de Voltaire, est médioi*re; mais qu'importe? On l'écoute à peine. On ne voit, on n'applaudit que l'auteur. Tout à coup la toile se lève, et sur la scène apparaît le buste de Voltaire; tout autour, en demicercle, les comédiens et une foule de spectateurs qui ont envahi la scène. Un acteur, qui, par un hasard piquant, est costumé en moine, pose une couronne sur le buste; les couronnes pleuvent alors de toutes parts; la scène en est inondée, puis une actrice s'avance et lit ces vers :
Aux yeux de Paris enchanté
Reçois en ce jour un hommage
Que confirmera d'âge en âge
La sévère postérité.
Non, tu n'as pas besoin d'atteindre au noir rivage Pour jouir de l'honneur de l'immortalité.
Voltaire, reçois la couronne
Que l'on vient de te présenter ;
Il est beau de la mériter.
Quand c'est la France qui la donne.
On n'applaudit plus, on trépigne. Voltaire s'écrie d'une voix brisée de joie : « Vous voulez donc m'étouffer sous les roses, me faire mourir à force de gloire! » Il est près de s'évanouir, et pourtant la journée n'est pas finie. Il rentre à son logis escorté des mêmes acclamations ; des hommes du peuple sont sur le point de dételer sa voiture pour la traîner eux-mêmes. Le triomphe était bien complet. Envieux, ennemis, dévo^ts étaient écrasés et réduits au silence. Ce jourlà, Voltaire était plus roi de France que Louis XVI.
A cette frénésie populaire s'ajoutait encore, quelques jours plus tard, un triomphe plus intime. La franc-maçonnerie se faisait une fête de l'admettre au rang de ses membres.