‹ Vie de VoltaireChapitre 75 sur 85 · DERNIERS MOMENTS DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DERNIERS MOMENTS DE VOLTAIRE

surtout une lettre célèbre de Tronchin qui est devenue le point de départ d'une quantité de fables.

Tronchin est un protestant convaincu qui serait heureux de prendre Fincrédule Voltaire en flagrant délit de repentir ou d'effroi final; c'est tout autre chose que de la bienveillance qu'il apporte à son chevet. Il est, du reste, avéré qu'il n'assista pas aux deriiiers moments du malade. Sa lettre se rapporte ainsi aux jours précédents. En voici, toutefois, les passages les plus saillants :

f Si mes principes, mon bon ami, avaient eu besoin que j'en serrasse le nœud, l'homme que j'ai vu dépérir, agoniser et mourir sous mes yeux en aurait fait un nœud gordien ; et, en comparant la mort d'un homme de bien, qui n'est que la fin d'un beau jour, à celle de Voltaire, j'aurais vu bien sensiblement la différence qu'il y a entre un beau jour et une tempête, entre la sérénité de l'âme d'un sage qui cesse de vivre et le tourment affreux de celui pour qui la mort est le roi des épouvantements...

€ Je ne me le rappelle pas sans horreur. Dès qu'il vît que tout ce qu'il avait fait pour augmenter ses forces avait produit un effet tout contraire, la mort fut toujours devant ses yeux. Dès ce moment, la rage s'est emparée de son âme. Rappelez- vous les fureurs d'Oreste : < Furiis agitatus obiit '. »

Que Voltaire se soit cramponné à la vie, qu'il ait redouté ce grand inconnu qu'on appelle la mort, qu'il ait éprouvé ces troubles et ces défaillances qui accompagnent 'souvent la dissolution du corps humain, il n'est pas permis d'en douter après cela. Mais cela ne suffisait pas à ses ennemis, aux dévots surtout qui se sentaient assez braves pour donner leur coup de pied au lion mort. Il fallait, pour le bien de leur cause, que Voltaire mourût dévoré de remords, assailli de

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