I . Il est mort poursuivi par les Furies
visions épouvantables, en proie par avance aux tourments de i^enfer, apercevant dans la ruelle de son lit le démon et les flammes auxquelles il était voué. Tout cela se trouve dans des ouvrages soi-disant historiques, dus à d'obscurs abbés, et ce n'est pas tout encore. On lisait dans la Ga!(ette de Cologne, quelques semaines après l'événement, les lignes suivantes :
<t Cette mort n'a pas été une mort de paix. Si ce que mande de Paris un homme bien respectable et ce qui est attesté d'ailleurs par M. Tronchin, témoin oculaire et qu'on ne peut guère récuser, est exactement vrai, peu de temps avant sa mort, M. de V*** est entré dans des agitations affreuses, criant avec fureur : « Je suis abandonné de Dieu et des hommes. » Il se mordait les doigts, et, portant les mains dans son pot de chambre et saisissant ce qui y était, il Ta mangé. « Je voudrais, » dit M. Tronchin, « que tous ceux qui ont été séduits par ses livres eussent été témoins de celte mort. Il n'est pas possible de tenir contre un pareil spectacle. » Ainsi a fini le patriarche de cette secte qui s*en croit honorée. »
Ces lignes paraissaient sans signature; Tauteur ne parlait que d'après ouï-dire, il faisait précéder ses assertions d'un « si » fort prudent. Mais, n'importe ! C'est là le récit que les ennemis de Voltaire ont adopté et amplifié. S'autorisant de Tronchin, qui n'a pas vu expirer le patriarche, citant des valets de chambre, des commis-voyageurs ou bien des « personnes fort respectables, » mais anonymes ou mortes depuis longtemps, ils se sont plu à tracer de la mort de Voltaire le tableau le plus horrible et le plus dégoûtant. C'est peine perdue; toutes ces fables tombent sans peine devant un examen loyal, devant une critique sérieuse, et on est bien obligé d'y reconnaître de saints mensonges et de pieuses calomnies. *