TRANSLATION DES CENDRES DE VOLTAIRE AU
14 juillet 1791
cks vers empruntés à ses ouvrages ; ceux-ci, par exemple :
Si rhomme est créé libre, il doit se gouverner. Si rhomme a des tyrans, il doit les détrôner.
C'est en parlant des vices que Voltaire avait émis ces maximes hardies. Mais on l'appliquait aux rois; on faisait de lui à toute force un républicain^ et on applaudissait avec frénésie dans sa pièce de Brutus, qui fut alors reprise, cet hémistiche :
Vivre libre et sans roi.
Ailleurs étaient rappelés les titres littéraires du poète; et voici deux inscriptions qui embrassaient toute sa carrière dramatique : « A dix-sept ans, il fit Œdipe, — Il fit Irène à quatre-vingt-quatre ans. » En d'autres endroits, on célébrait le vengeur des Calas et des Sirven, et, témoignages^ vivants de son humanité, les demoiselles Calas figuraient dans le cortège. Le catafalque était soutenu par quatre roues de bronze que tout le monde admirait. <c Voilà de bien belles roues,» dit un spectateur. — a Oui, répliqua un autre, elles écrasent le fanatisme. » Tel était le ton auquel la population parisienne était' montée : le triomphe posthume de Voltaire ne le cédait en rien au triomphe qui avait précédé sa mort ; et, pour que rien n'y manquât, un des plus brillants disciples du poète, Joseph-Marie Chénier le célébrait dans une ode qui fut chantée en chœur et dont voici quelques strophes :
Ah ! ce n'est point des pleurs qu'il est temps de répandre ; C'est le jour du triomphe, et non pas des regrets ; Que nos chants d'allégresse accompagnent la cendre
Du plus illustre des Français.
Jadis par les tyrans cette cendre exilée.
Au milieu des sanglots fuyait loin de nos yeux;