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VOLTAIRE ET MAUPERTUIS

Rapports en France et en Prusse. — Kœnig et Akakia.

Maupertuis était de Saint-Malo, où il naquit en 1698. Mousquetaire et capitaine de dragons dans sa jeunesse, il renonça bientôt à la milice pour le commerce des sciences et des lettres, et, à vingt-cinq ans, il était membre de l'Académie des sciences, en attendant un fauteuil à l'Académie française. Dans cette compagnie, il fut le premier à faire prévaloir les théories de Newton, qu'on le chargea, en 1736, d'aller vérifier en Laponie, où il constata l'aplatissement du globe terrestre aux pôles. Quoiqu'il n'eût pas eu la plus grande part aux opérations et aux découvertes, il eut le talent d'accaparer toute la gloire : historien de l'expédition, il en fut aux yeux de tous le héros. Il devint l'homme à la mode, l'idole de la popularité. Mais sa vogue passa, comme toute vogue, et il s'irrita de ne plus s'entendre appeler grand homme. Dégoûté de Paris et de la France, il accepta l'offre que lui faisait Frédéric de venir à Berlin réorganiser l'Académie fondée par Leibniz. Par ses sages règlements, par sa vive impulsion, il se montra digne de

la confiance du roi ; mais, nommé président perpétuel, il abusa un peu de son crédit et de sa position pour dominer ses collègues.

C'estalorsqu'arrivaàBerlin le trouble-fête, Voltaire ; et on devine déjà quel flanc cet homme, bieu qu'honnête et savant, allait prêter au grand moqueur. Ils se connaissaient depuis 1732, et leurs relations, soit écrites, soit personnelles, avaient été celles de disciple à maître, de néophyte à apôtre, dans la doctrine et la religion newtonienne. Il y avait bien eu entre eux quelques nuages, à Paris, à Cirey, à Berlin même, dans les voyages passagers qu'y avait faits Voltaire ; mais Maupertuis avait tout oublié, sauf peut-être la radiation de son nom parmi les illustres vivants célébrés par Voltaire dans son discours académique.

Voici Voltaire en Prusse, non plus passagèrement, mais à poste fixe. Comment y va-t-il vivre avec Maupertuis, qu'il n'a plus besoin de ménager, et à qui il n'est pas disposé à céder le pas, lui qui le disputait même aux princes ? Lorsque Buffon apprit leur présence simultanée à Berlin, il écrivit : « Ces deux hommes ne sont pas faits pour demeurer ensemble dans la même chambre. » Ils s'observèrent d'abord, et se traitèrent publiquement avec une déférence mutuelle, sincère, dit-on, du côté de Maupertuis, qui assurait ne plus garder rancune du discours de réception, affectés du côté de Voltaire, qui s'en dédommageait par des plaisanteries secrètes. Mais, indépendamment de quelques autres causes de brouillerie, la jalousie se mit bientôt entre eux: jalousie d'esprit, jalousie de position surtout, Voltaire travaillant à supplanter Maupertuis dans sa présidence.

Tout éclata à propos d'une nouvelle découverte que Maupertuis croyait avoir faite : la loi delà moindre action, fondamentale, suivant lui, en mathématiques, en physique et en philosophie. Or, le Suisse Kœnig, donné autrefois par Maupertuis pour professeur à Mme du Ghâtelet, alors bibliothécaire à La Haye et correspondant de l'Académie de Berlin, fit une dissertation pour prouver que la loi n'avait de fondement ni dans l'expérience ni dans la raison, et que, d'ailleurs, elle se trouvait depuis longtemps formulée dans une lettre de Leibniz.

Il y avait là deux questions, rime de science, l'autre de priorité. Sur la première, Maupertuis refusa le débat proposé par Kœnig, et le concentra sur la seconde. Celle-ci semblait pouvoir être résolue sans rien coûter à l'honneur de Maupertuis, car Kœnig n'avait pas dit que le président fût coupable de plagiat, et il était permis de conclure, que le premier et le second fondateur de l'Académie de Berlin avaient deviné la même loi. Mais Maupertuis ne se contenta pas d'un si honorable partage, et il somma Kœnig de produire la lettre de Leibniz. Kœnig ne l'ayant pu retrouver, l'Académie de Berlin le déclara faussaire et raya son nom du tableau des académiciens.

Pendant que Maupertuis et Kœnig s'escrimaient entre eux, Voltaire, qui suivait le débat d'un œil content et avide, guettant le moment favorable pour y entrer de sa personne, s'y jeta avec toute son ignorance de la question, mais avec tout son esprit, toute sa haine, tout son besoin de vengeance. Non qu'il se souciât de Kœnig, qu'il détestait comme homme et comme philosophe; mais il détestait bien davantage

Maupertuis, et Kœnig ne le gênait pas. Il commença par passer en revue, dans un article de journal hollandais, les œuvres de Maupertuis, et se moqua de toutes les idées au moins singulières qui s'y trouvaient mêlées à des idées saines. Il encouragea Kœnig dans la lutte, et y intervint de sa personne avec son artillerie légère de sarcasmes. Mais Maupertuis trouva un vengeur anonyme dans l'auteur d'une Lettre au public, où Kœnig était fort malmené, et, avec Kœnig, ses partisans , Voltaire en particulier , traités tous d'envieux, de sots et de malhonnêtes gens. Voltaire répondit dans les journaux d'Allemagne, avec une grande supériorité d'esprit, et il chantait déjà sa victoire sur l'anonyme, lorsque la Lettre fut réimprimée à Berlin avec tous les équivalents de la signature royale : il venait de « tirer sur les plaisirs de Sa Majesté î » Outre le devoir de défendre le président de son Académie, César -Cotin avait obéi à sa démangeaison d'écrire, et il avait fait de la prose pour Maupertuis, comme il avait fait des vers pour Bacalard, pour le plaisir d'en faire. Il avait cédé surtout au plaisir de mortifier son pédagogue, sans que celui-ci osât répondre. « C'était, dit le pédagogue, être bien auteur ! »

Mais Voltaire n'était pas moins auteur que Frédéric, et, après avoir frappé un masque, il voulut se donner l'honneur de combattre le roi à visière abaissée, et il fit YAkakia. Le difficile était," non pas de composer ce libelle, mais de l'imprimer : informé de son existence, Frédéric avait fait défense de rien imprimer sans une permission et une attache écrites de sa main. Il fallait donc surprendre la signature royale.

Formey, le secrétaire perpétuel, ayant publié une dissertation contre les incrédules, Voltaire, à souper, eut l'art de persuader à Frédéric qu'il n'y était pas plus épargné que les autres ; et, profitant de son indignation : « Sire, lui dit-il, je me charge de punir l'insolent, si vous voulez me donner un privilège. » Le privilège accordé, il broche sa Défense de milord Bolingbroke, et la porte à l'imprimeur revêtue du visa royal ; il la lui redemande, après quelques feuilles, sous prétexte d'addition d'un chapitre ; lui passe Akakia, et, Akakia achevé, lui rend le reste du premier manuscrit ; fait brocher séparément les deux libelles, et les répand l'un et l'autre.

Un exemplaire à9 Akakia arrive à Frédéric, qui charge son factotum Fédersdorff d'éclaircir l'affaire. Voltaire proteste de son innocence avec sa candeur accoutumée; mais Frédéric, qui s'est procuré toutes les preuves, lui écrit un billet foudroyant : « Votre effronterie m'étonne... Si vos ouvrages méritent qu'on vous élève des statues, votre conduite vous mériterait des chaînes. » — « Sire, c'est une calomnie affreuse...; je demandejusticeetla mort! » répond Voltaire, qui essaie encore de nier. Mais, à la vue des preuves, à la menace surtout d'un châtiment et d'une amende qui le réduirait à l'aumône, il pâlit et avoue enfin. Il livre l'édition de Potsdam, qui est brûlée sous ses yeux dans la chambre du roi. En même temps, Frédéric l'écrase de sa colère, et lui fait écrire en sa présence aux libraires de Hollande de supprimer l'édition qu'ils préparaient, et la promesse signée de ne jamais rien écrire contre Maupertuis.

Cependant Y Akakia arrive de Hollande, et un exem-

plaire en est adressé à Frédéric. Le Jupiter prussien lit, et ne se laisse pas désarmer par le rire désopilant et contagieux qui émane de ce pamphlet.

Le bon docteur Akakia, médecin du Pape, défère la personne et les écrits de Maupertuis à la sainte inquisition, qui en fait une condamnation théologique, pendant que les professeurs de la Sapience soumettent à un examen scientifique et condamnent également le « natif de Saint-Malo. » Les professeurs concluent : <c Nous prions M. le docteur Akakia de lui prescrire des tisanes rafraîchissantes ; nous l'exhortons à étudier dans quelque université, et à y être modeste. » Et comme le ce natif de Saint-Malo, » a fait brûler l'ordonnance et persiste dans sa folie, le bon docteur imagine, avec quelques-uns de ses confrères, « d'adoucir Tâcreté des humeurs en réconciliant leprésident avec le docteur Helvétius, qui lui avait tant déplu en lui montrant sa mesure. » De là un Traité de paix, qui est le plus plaisant résumé de toutes les singularités de Maupertuis. Naturellement, Maupertuis refuse de signer, et, dans un redoublement de philotimie et de philocratie, « il s'emporte contre son bon médecin Akakia, qui était alors malade dans la cité de Leipsick en Germanie. »

Bientôt nous les y verrons aux prises. En attendant, pour ne pas laisser tout l'avantage à Voltaire, remarquons bien que si la personne et les œuvres de Maupertuis prêtaient à la plaisanterie, elles avaient leur côté très-sérieux et très-estimable. Sans doute, on ne peut que rire de son trou à creuser jusqu'au noyau de la terre, ce qui exigerait une excavation aussi large que la moitié de l'Europe ; de son moyen de prolonger

la vie humaine jusqu'à huit ou neuf cents ans, en se bouchant, avec de la poix, les pores et les conduits de la respiration ; de son projet de disséquer le cerveau des Patagons ou des criminels vivants, pour prendre sur le fait la nature de l'âme, et de tant d'autres excentricités répandues principalement dans ses Lettres philosophiques. Mais, au milieu de ces choses bizarres, seules mises en vue parle malin Voltaire, il y a mille idées justes ou ingénieuses. Il est vrai encore :Maupertuis était propre à tout sans exceller en rien ; mais ce n'était pas moins un homme très-distingué, et qui rendit à Berlin de vrais services, justement appréciés de Frédéric. Ajoutons à sa louange qu'à Berlin, dans cette métropole de l'athéisme et du matérialisme, il professa toujours l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme; que, toute sa vie, il conserva le respect des choses religieuses, et qu'il mourut en chrétien, — « entre deux capucins, » a dit Voltaire, cruel pour lui jusqu'au tombeau et au-delà; mais mieux valait cela que mourir, comme Voltaire, en enragé !

Frédéric voulut punir Voltaire de sa désobéissance et faire justice de son pamphlet, et, le 24 décembre 1752, il fit brûler Akakia à Berlin, en place publique. Voltaire fut témoin d'un auto-da-fé d'autant plus outrageant, que c'était chose inouïe sur ce théâtre de tant de licences imprimées. Il prit le parti d'en rire. « Quelle peine perdue ! s'écria-t-il; et ces pauvres petits déserteurs qui courent la poste et se sauvent en Hollande ! » En effet, il avait déjà envoyé en Hollande, malgré la promesse faite au roi, toutes ses satires, dont l'Europe fut bientôt inondée.

Voltaire victime. — Sa lésine. — Rupture et rapprochement. — Départ de Prusse.

Il ne rit pas longtemps, car la chose devint bientôt menaçante pour lui. Sa disgrâce avait mis en liberté toutes les langues, et chacun se soulageait en répétant toutes celles de ses paroles insolentes qui le pouvaient compromettre davantage auprès de Frédéric. Pour le rendre indigne de pitié et tout à fait méprisable, on rappelait tous ses traits de lésine, et même d'escroquerie. On racontait l'histoire d'un habit noir, emprunté à un négociant pour un souper chez la reine-mère, et rendu inserviable; de parties de jeu avec les princes, et de pistoles disparues ; de dîners ou Ton épuisait les cuisines du château, et où Ton s'égayait encore sur l'humeur parcimonieuse de l'Harpagon royal; de discussions mesquines entre les deux Harpagons, au sujet de certaines quantités de bougies, de sucre, café, thé et chocolat, remises d'abord avariées ou insuffisantes à l'Harpagon poète, et supprimées à la fin par l'Harpagon royal; de compensations malhonnêtes cherchées par l'Harpagon poète dans la vente mensuelle de ses bougies, dont il grossissait le commerce en volant chaque soir, sous divers prétextes, les plus grandes bougies allumées chez l'Harpagon royal. Harpagon royal dissimulait, ayant encore besoin d'Harpagon poète pour l'étude del'élocution française, a On peut apprendre de bonnes choses d'un scélérat, disait-il. Je veux savoir son français ; que m'importe sa morale ? C'est un faquin, je le sais, un fourbe consom-

mé, un misérable, le plus méchant fou que j'aie connu de ma vie, et j'en ai honte pour l'esprit humain; il n'est bon qu'à lire. » Traits, a dit M. Sainte-Beuve, a d'une précision terrible et définitive ! »

Entre ces deux hommes, il y eut encore un rapprochement momentané et peu sincère, après une rupture éclatante. Voltaire songeait, depuis longtemps, à quitter la Prusse. Mais il lui fallait un prétexte. Il se fit ordonner les eaux de Plombières, et demanda un congé, promettant de revenir, mais bien résolu à ne revoir le roi de sa vie. ce Vous n'aviez pas besoin de ce prétexte, répondit Frédéric dans une lettre de durs reproches. Vous pouvez quitter mon service quand vous voudrez ; mais, avant de partir, faites-moi remettre le contrat de votre engagement, la clef, la croix et le volume de poésies que je vous ai confié. » Ce n'est donc pas, comme on Ta dit, Voltaire, qui, dans un premier et noble mouvement, renvoya au roi son brevet et ses insignes ; moins encore il les a suspendus à la porte du roi, en les traitant de ce carcan, de marques honteuses de la servitude. » Les choses ne se passèrent ni avec cette insolence, ni avec cet héroïsme. Insolent, Voltaire l'était volontiers et naturellement, mais lorsqu'il n'avait aucun risque à courir ; héroïque, il ne le fut jamais, ce héros de tant de gens, apparemment fort peu héroïques eux-mêmes; et entre deux rôles que peut faire supposer telle circonstance de sa vie, l'un noble, l'autre bas, on doit toujours a priori, vu le caractère de l'homme, choisir pour son rôle réel celui où il fera la plus piètre figure. A plus forte raison, si les documents, comme dans cette affaire et dans celle de

Francfort, viennent à l'appui de ]a conjecture tirée de la connaissance générale du personnage.

Le roi a parlé en maître, le poète va répondre en suppliant. Le 1er janvier 1753, il envoya au château ses insignes, avec un quatrain flatteur en suscription, avec une lettre, dans laquelle il disait, pour fournir au roi l'occasion de lui offrir un répit et même de le retenir : « Il est bien dur de partir dans cette saison, quand on est accablé de maladies ; » et il protestait de sa résignation, de sa douleur, de sa reconnaissance, de son culte immuable pour le prince dont il avait fait son idole. En même temps, il invoquait l'intervention de notre ambassadeur, le chevalier de La Touche, et du comte de Podewils, l'ancien ambassadeur à La Haye, et alors premier ministre d'Etat et de cabinet à Potsdam.

Le lendemain, Fédersdorff lui rapportait ses insignes de la part du roi, avec invitation à tout suspendre. Comédie, et comédie des deux parts. Frédéric ne désirait point garder Voltaire, mais il ne voulait pas davantage le laisser partir mécontent, dans la crainte des flèches de Parthe que lui pouvait décocher le redoutable archer devenu libre. Voltaire, de son côté, ne consentait à reprendre les cordons d'honneur qu'à la condition qu'on ne lui en ferait pas des chaînes et qu'on ne le retiendrait plus à Berlin; il ne voulait que rentrer en grâce apparente et quitter la Prusse. Il écrivit à Frédéric une seconde lettre, qui, sans démentir la première, était plus capable de toucher le prince irrité. Jamais, en effet, condamné n'a imploré sa grâce, en des termes plus pitoyables, du juge ou du prince qui peut disposer de sa vie et de sa mort.

Et il continuait de se recommander au chevalier de La Touche comme « officier du roi son maître , » redoutant l'accueil que Frédéric lui ferait et se rejetant déplus en plus du côté de la France. Malgré les avances dont Fédersdorff avait été le porteur, il n'était pas sûr du roi de Potsdam, bien plus son maître, alors surtout, que le roi de Versailles, et il attendait, pour se présenter à lui, une invitation où il vît toute sécurité.

Cette invitation vint enfin, et il l'annonça, nonseulement à Paris et à Versailles dans les lettres aux amis, mais à Berlin et à toute l'Europe par des notes insérées dans les gazettes d'Allemagne et de Hollande.

Il ne se hâta pas, toutefois, de répondre à l'invitation que lui faisait le roi de venir à Potsdam, ne voulant ni paraître trop empressé, ni se lier de nouveau trop étroitement, car il était de plus en plus dans la résolution de partir. Mais il lui fallait toujours le congé du roi; or, le roi ne répondait à ses sollicitations qu'en lui envoyant du quinquina pour sa fièvre, ou qu'en lui disant qu'il n'avait pas besoin d'aller à Plombières, et qu'il trouverait des eaux excellentes en Moravie. « Pourquoi pas en Sibérie! criait Voltaire; voilà qui est horriblement Vandale, et bien peu Salomon ! »

Inutile de faire observer que Voltaire n'avait pas plus envie d'aller prendre les eaux de Plombières, que Frédéric de l'empêcher d'y aller : ils ne cherchaient tous les deux qu'un prétexte, l'un pour partir, l'autre pour retarder et pour adoucir le départ.

Cependant Voltaire tenait toujours ses paquets prêts Le 5 mars, il sortit du centre de Berlin, et se retira

dans un faubourg, où il occupa, avec le ménage le plus simple, une espèce de maison de campagne. Là, il attendit son congé avec inquiétude et encore plus d'impatience, et fut même tenté de partir furtivement. Le congé arriva enfin, avec une lettre du roi qui lui témoignait le désir de le voir avant son départ. Le 18 mars, il vint à Potsdam, où il occupa son même appartement, mais où il eut soin de ne pas s'installer. Le lendemain, il eut avec le roi une entrevue de deux heures. Que se passa-t-il dans cette scène ? Les deux grands acteurs cherchèrent à se tromper l'un et l'autre, et ils crurent tous les deux avoir réussi. Frédéric, avec mille marques d'une confiance et d'une amitié hypocrites, invita à revenir le plus tôt possible le poète tracassier et frondeur dont il désirait être débarrassé pour toujours, et le poète promit «à sa maîtresse » de retourner, dès qu'il serait guéri, « baiser la main charmante qui venait de lui donner un gros soufflet. » Voltaire ne resta à Potsdam que huit jours, faisant chaque soir avec le roi ce qu'il appelait un souper de Damoclès. Comme Frédéric devait partir le 26 pour la Silésie, il fit en toute hâte ses préparatifs de départ, et, le 26 au matin, il prit congé de son maître, avec nouvelle « promesse de revenir, etavecle ferme dessein de ne le revoir de sa vie. »

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