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NAISSANCE ET ÉDUCATION DE VOLTAIRE

Voltaire est né, Voltaire a grandi à une des pires époques de notre histoire. Le règne de Louis XIV était à son déclin, et les grands hommes qui l'avaient illustré disparaissaient les uns après les autres. Toutefois, les grands écrivains avaient jeté un tel éclat et laissaient une empreinte si profonde sur l'esprit français , que les traditions littéraires devaient encore quelque temps leur survivre; et Voltaire se trouva juste au confluent des deux siècles pour les recueillir, s'en imprégner, avant qu'un autre courant l'entraînât lui-même, avec tout le reste, dans la décadence.

Mais il n'en fut pas ainsi des traditions monarchiques et chrétiennes. L'esprit de licence réagissait contre un absolutisme affaibli par le malheur et la

vieillesse, et allait jusqu'à insulter le cercueil du grand roi. Les liens de l'obéissance et du respect se relâchaient; la critique s'essayait contre le pouvoir, en attendant la révolte.

Les ravages étaient pires encore dans le domaine des croyances et des mœurs. L'incrédulité levait la tête, et l'orgie sortait de l'ombre. Sous le grand roi même, il en avait été ainsi. Comme il y a toujours deux cités en présence dans le monde, il y avait eu deux siècles de Louis XIV à côté l'un de l'autre, ou plutôt l'un sous l'autre : l'un chrétien, solennel, rangé, pur; l'autre impie, débraillé, licencieux, grivois; l'un, longtemps dominateur et seul en vue; l'autre se cachant sous le premier et se montrant quelquefois à la surface et au grand jour, dans la littérature et dans la société. Toute la Régence existait à l'état plus que rudimentaire, et les éléments maudits s'en dégageaient peu à peu ; son chef était là, déjà flétri du titre de fanfaron de vices.

C'est le mauvais courant du siècle de Louis XIV, dans l'Eglise, l'aristocratie et les lettres, qui reçut le berceau de Voltaire et le porta dans des eaux qui, grossies par d'autres affluents et par Voltaire luimême, emportèrent tout le siècle.

Dans sa famille, entre un père trop occupé, une mère plus que légère, un frère morose, il ne trouve ni bons conseils, ni exemples salutaires, et l'influence chrétienne de ses maîtres est détruite par Châteauneuf et par ceux qui s'emparent de lui au seuil du collège. Il entre dans le monde par le Temple, par Saint-Ange, par Sully, par Maisons, portes ouvertes sur toutes les corruptions et toutes les licences. Un gouvernement

insensé l'exile en Angleterre, où il va recueillir l'incrédulité pour la marier à la débauche. Ce mariage se conclut à Cirey. Comme pour le rendre plus fécond et en faire sortir tous les fruits, on laisse Voltaire partir pour la Prusse, an lieu de le rendre impuissant par quelques faveurs. A son retour, il était temps encore. Mais non, on le force de se retirer en Suisse, où, pendant vingt ans, il enfantera tant de productions impies et immondes.

En quatre mots, voilà la vie de Voltaire, gâté par son siècle avant de le gâter à son tour. Voilà le malheur de cet homme avant son crime, et voilà en même temps le malheur de la France.

Naissance, famille et enfance de Voltaire.

Tout est problème dans la vie de Voltaire, du berceau à la tombe, sa naissance comme sa mort.

Où est-il né? Quand est-il né?

Dans tous ses écrits il s'est dit parisien, bourgeois de Paris. Tous les biographes et littérateurs ayant vécu avec lui ou écrit sous ses yeux, l'ont fait naître à Paris, sans aucune réclamation ni de lui ni de ses contemporains. Il y avait sur ce point une sorte de prescription, lorsque Condorcet, en le faisant naître à Châtenay, près de Sceaux, créa une tradition nouvelle, qui a duré jusqu'à la découverte, en 1830, de son acte de baptême.

D'après cette pièce authentique, Voltaire est né à Paris. A quelle date ? En février, ou en novem-

bre 1694? Rien, sur ce point, à conclure de ses dires, contradictoires et intéressés. En général, il s'est toujours vieilli, dans le double intérêt de son repos et de ses rentes viagères. En 1770, le 3 janvier, écrivant à son ami d'Argental, il ne veut pas qu'on lui lésine les années : « Il faut dire que j'en ai 78, et n'y pas manquer ; car, après tout, on se fait une conscience d'affliger un pauvre homme qui approche de 80. » Voilà le fond, vingt fois brodé en toute sorte d'arabesques spirituelles.

C'est surtout en traitant avec ses débiteurs, en négociant un nouveau contrat de rente viagère ou de bail à vie, qu'il étale son âge, qu'il tire parti de sa vieillesse, faisant suivre du doigt, avec une insistance comique, le chiffre de ses années à mesure qu'il avance, et le grossissant toujours de quelques mois, et souvent d'un an ou deux. Dans sa supputation, comme dans la supputation ecclésiastique, toute année commencée est une année finie ; c'est tout ce qu'il a de commun avec l'Eglise !

Mais reste le « maudit acte baptistaire, » comme il dit, acte qu'il ne songe jamais à contester. Or, daté du 22 novembre, l'acte porte : « né le jour précédent. » Disons donc avec les registres de la paroisse de Saint- André-des-Arcs, confirmés d'ailleurs par quelques documents naguère découverts, que François-Marie Arouet est né le dimanche, 21 novembre 1694, de François Arouet, conseiller du roi, ancien notaire au Châtelet, et de demoiselle Marie-Marguerite Daumart. Il eut pour parrain François de Castagner de Châteauneuf, abbé commendataire de Varennes, et pour marraine Marie Parent, épouse de Symphorien Dau-

mart, écuyer, contrôleur de la gendarmerie du roi.

Les Arouet et les Daumart, originaires du Poitou, étaient, les uns et les autres, d'une bonne et ancienne famille bourgeoise, dont on trouve la trace dès le commencement du XVIe siècle. Sortis de Saint-Jouin de Marne et de Saint-Loup, les Arouet exerçaient de père en fils la profession de tanneur. Le grand père du nôtre, François Arouet, originaire de Saint-Loup, avait appris chez un parent la fabrication des étoffes. Après la mort de son père et de sa mère, il vint s'établir marchand drapier à Paris, rue Saint-Denis, et il y prospéra. Notre bourgeois gentilhomme ne se vantera jamais de ce grand-père drapier.

François Arouet mourut vers 1667, laissant deux enfants : Mme Marchand et le père de Voltaire. Celuici, né le 21 août 1649, fut notaire au Châtelet jusqu'en 1692. En 1701, il fut admis au serment de receveur alternatif et triennal des épices, vacations et amendes de la chambre des comptes, charge dont il ne se démit que la veille de sa mort, en faveur de son fils aîné. Payeur ou receveur des épices, voilà donc son vrai titre ; et c'est par un mensonge de vanité, et pour relever sa naissance du côté paternel, que Voltaire lui a toujours donné celui de trésorier de la chambre des comptes.

Du reste, capable et honorable dans ses diverses fonctions, François Arouet était encore un homme de goût et de savoir, aimant et recevant la bonne compagnie. Sa femme, épousée le 7 juin 1683, était une personne agréable et sans austérité. Mieux élevée que la plupart des bourgeoises de son temps, amie de Ninon dans sa jeunesse, elle attirait chez elle la foule

des courtisans, mais au détriment de sa réputation et de Thonneur de sa famille. On se demanda alors, et on peut se demander encore aujourd'hui, quel fut le père du dernier de ses cinq enfants, c'est-à-dire de Voltaire. Le mari écarté, restent Châteauneuf et Rochebrune, qui, l'un et l'autre, portaient à l'enfant un intérêt propre à légitimer les soupçons. Et Voltaire lui-même, dans sa prose et dans ses vers, a parlé de sa mère en termes équivoques et prêtant à de vilaines allusions. Bâtard ou enfant légitime, toujours est-il qu'il a été peu soucieux de l'honneur maternel.

L'abbé de Châteauneuf, le parrain de Voltaire, était, dit Saint-Simon, « homme de beaucoup d'esprit, de savoir et de bonne compagnie, désiré dans les meilleures. » Malheureusement, les bonnes compagnies où il introduira Voltaire, étaient celles de Ninon et des Vendôme, infectées alors d'impiété et d'immoralité. Impie et immoral lui-même, il ne pouvait, par son action personnelle, qu'exercer une influence détestable sur son pupille, influence qui sera, hélas! définitive. Des cinq enfants issus du mariage de François Arouet et de Marguerite Daumart, trois seulement vécurent : deux fils, Armand, l'aîné, et François- Marie, le nôtre; et une fille, Marie Arouet, la seule personne de sa famille que Voltaire paraisse avoir aimée, qui fut mariée à Pierre-François Mignot, correcteur à la chambre des comptes, dont elle eut deux fils, l'un qui succéda à son père, et l'autre qui fut l'abbé Mignot, et deux filles, qui seront, l'aînée Mme Denis, et la cadette Mme de Fontaine. François- Marie lui -même, qui devait pousser sa carrière jusqu'à

84 ans, fut conservé difficilement à la vie. On l'avait abandonné aux soins d'une nourrice qui, pendant plusieurs mois, descendait chaque matin chez la mère pour lui annoncer que l'enfant était à l'agonie. Châteauneuf suppléait la mère, qui paraît avoir négligé la santé de son fils comme son éducation morale, et, tous les jours, il montait dans la chambre de la nourrice pour conférer avec elle des moyens d'arracher l'enfant à la mort. Leurs efforts concertés réussirent, et l'enfant, quoique toujours frêle et délicat, ne donna plus d'inquiétude pour sa vie. Mais cette santé si faible fut toujours un obstacle à la ferme et forte éducation que réclamait son caractère entier et son humeur volontaire. Il est vrai que son parrain, qui fut, jusqu'au collège, son maître et son instituteur à peu près unique, tenait peu à son développement moral, et se trouvait suffisamment payé de ses soins par quelque espièglerie ou quelque saillie, qui faisait déjà pressentir le futur Voltaire. Aux fables de La Fontaine, il fit bientôt succéder la Moisade, ignoble poème d'un nommé Lourdet, une des premières attaques risquées ouvertement en France contre la religion, et ce fut le catéchisme dont il empoisonna la mémoire de l'enfant. Et il s'en vantait! Un jour que Ninon lui demandait des nouvelles de son filleul : ce Ma chère amie, répondit-il triomphant, il a un double baptême, et il n'y a rien qui n'y paraisse, car il n'a que trois ans, et il sait déjà toute là Moïsade par cœur. » Du premier baptême , du baptême des chrétiens, le parrain infidèle n'avait nul souci, et le filleul, infecté de cette pâture impie, ne gardera nul souvenir. Si, comme l'a dit le comte de Maistre,

l'homme moral est formé à 10 ans, et formé parla mère , quel sera cet enfant , négligé par la sienne , — qu'il perdit d'ailleurs en 1701, — et livré, pendant ses dix premières années, à l'influence presque exclusive d'un vieux libertin, qui, pendant quatre années encore, — puisqu'il n'est mort qu'en 1708, — étouffera, d'accord avec Ninon, vraie commère de Châteauneuf, vraie marraine de son pupille, les germes meilleurs déposés dans cette âme par d'autres maîtres! C'est à Châteauneuf qu'on doit imputer Voltaire impie.

C'est à lui également qu'on doit Voltaire poète, car, en jouant, il lui aurait appris l'art de la versification, pour lui procurer un nouvel avantage sur son aîné. Entre l'élève des Jansénistes et l'élève de Châteauneuf, pas le moindre trait de cette ressemblance que l'on retrouve toujours entre les frères. Sans manquer d'esprit, Armand, un peu lourd et sombre, n'avait rien de la pétulante vivacité de Zozo, comme on appelait François-Marie dans son enfance, et à l'iTicrédulité naissante de celui-ci il opposait déjà cette dévotion farouche qui le jettera dans les folies des convulsionnaires. Le père s'alarmait pour l'avenir des dispositions de ses deux fils, de ses deux fous, comme il disait, l'un en prose, l'autre en vers; mais trop tard : le pli était pris à jamais.

Éducation de Voltaire. — Ses maîtres et sa science.

Soit pour soustraire son fils cadet à la démence janséniste dont Faîne avait été atteint pendant son

éducation à Saint-Magloire, soit plutôt pour lui préparer des protecteurs dans un collège essentiellement aristocratique, le bourgeois Arouet, sûr d'ailleurs de trouver là des maîtres valant au moins ceux de l'université, mit François-Marie au collège de Louis-le-Grand, dirigé parles Jésuites. C'était en 1704 ; l'enfant allait avoir 10 ans.

Poète dès la maison paternelle, à plus forte raison, l'écolier céda-t-il à son penchant au collège, sous des maîtres dont le système libéral d'éducation se prêtait à la manie du jeune rimailleur. De là plusieurs petites pièces de cette époque, citées partout, et enregistrées par Voltaire lui-même avec de notables corrections. Il y en a de profanes, et c'est le plus grand nombre ; il y en a deux d'un caractère différent, une ode au vrai Dieu et une ode en l'honneur de sainte Geneviève, que ses ennemis opposeront plus tard à l'incrédule, et que l'incrédule, quoiqu'elles soient bien de lui, ne manquera pas de désavouer. D'ailleurs, au dessous du médiocre, comme tous ces essais de collège, les deux pièces, composées sans doute par pénitence, sont aussi vides de piété que de poésie.

On a cité cent fois, tantôt avec triomphe, tantôt avec l'horreur qu'inspire la femme ou l'enfant impie, bien des paroles ou des traits par où se trahissait l'incrédulité de Voltaire, prématuré en cela comme en tout le reste. On peut contester ces anecdotes, mais non les inductions d'impiété naissante qui ressortent évidemment de quelques lettres de Voltaire collégien récemment publiées. Dans ces lettres, datées de 1711, sa dernière année de collège, il se moque des retraites, des sermons, de la moinerie, de tout exercice de piété

et de tout ordre religieux, et il se proclame déjà philosophe. Dès lors on s'explique la prédiction, trop bien réalisée, du P. Le Jay : « Malheureux, tu seras un jour l'étendard du déisme en France ! »

Peut-être eut-on tort de prendre trop au sérieux les premières impiétés de Voltaire. En lui prédisant son rôle, on donnait à cet animal de gloire l'envie de le jouer. Plus d'une fois il sera ainsi poussé à bout par l'imprudence des gouvernements et de ses adversaires, et, précipité alors dans le sens de sa nature licencieuse, il ira jusqu'au fond de l'impiété. C'est ce qu'avait compris le P. Porée, qui, par la douceur et la flatterie, essayait d'arrêter son élève sur le penchant de l'irréligion. Au contraire, le P. Le Jay, son autre professeur de rhétorique, l'irritait par une humeur trop âpre, et l'enfant, usant de toutes armes, le combattait par une saillie blasphématoire, lorsqu'il ne l'avait pas humilié suffisamment à son gré dans les discussions littéraires.

Voltaire eut encore pour maîtres le P. Thoulier, le futur abbé d'Olivet ; le P. Charlevoix, l'historien du Canada, et le P. Tournemine, alors rédacteur du Journal dit de Trévoux et bibliothécaire de Louis-le-Grand, avec qui il resta toujours lié. C'est à la bibliothèque ou dans la conversation de Tournemine et de Porée qu'il aimait à passer ses heures de récréation ; et à ceux qui lui reprochaient son mépris pour les jeux de son âge, il répondait : « Ma foi, chacun s'amuse à sa manière. » Il cherchait à pousser du côté de la politique et de l'histoire contemporaine les entretiens que ses interlocuteurs s'efforçaient de renfermer dans la piété et la littérature. « Ce petit homme, disait alors

en riant le P. Porée, veut peser dans ses petites balances les grands intérêts de l'Europe. »

Il semble donc avoir dédaigné les liaisons de collège. Toutefois, il répondit en partie aux espérances paternelles, et se fit quelques protecteurs pour les mauvais jours : Maisons, d'Argental, Cideville, Le Gouz de Guerland, Fyot de La Marche, et surtout les futurs ministres d'Argenson.

Les jours de congé et durant les vacances, Châteauneuf, seul représentant de la famille, conduisait son filleul dans les sociétés brillantes et corrompues des Sully, des Chaulieu et des La Fare, où le jeune homme élut dès lors domicile. Il le mena même chez Ninon, qui fut si charmée de sa gentillesse, qu'elle lui légua par testament deux mille francs pour acheter des livres.

A la fia de sa rhétorique, août 1710, Voltaire remporta plusieurs prix, et Jean-Baptiste Rousseau, présent à la fête, s'informa du jeune vainqueur. « On m'amena, a raconté plus tard le lyrique, un jeune écolier d'assez mauvaise physionomie, mais d'un regard vif et éveillé, qui m'embrassa de fort bonne grâce. » Voltaire répondra par des plaisanteries grossières sur le père cordonnier, sur la bouche de travers et la chevelure de Rufus; et il prétendra qu'on lui fit défense de voir le poète diffamé, avec qui il entretiendra néanmoins longtemps un commerce où domine des deux parts le ton de l'amitié et de la bienveillance.

Voltaire sortit du collège au mois d'août 1711, sans avoir achevé, en raison d'un mal de tête recrudescent, les exercices de son cours de philosophie. Qu'emporta-

t-il des Jésuites en gratitude et en science ? Bien des fois, dans ses lettres aux Pères Porée, Tournemine et de La Tour, il a protesté de sa plus vive reconnaissance, de sa plus parfaite estime, et de sa plus tendre amitié : les mots ne lui coûtaient rien ; il a même fait des Jésuites contre les Provinciales une apologie cent fois citée par des bonnes gens qui prenaient tout cela au sérieux. C'est vrai, sans doute, et bien dit; mais, dans la pensée du grand comédien, ce n'était qu'un bon tour joué aux Jésuites, dont il avait alors besoin, soit contre la police et le parlement, soit contre ses ennemis, soit contre les dévots qui lui refusaient son entrée à l'Académie. Mais quand il pourra se passer d'eux ou qu'ils ne pourront plus rien pour lui, quand surtout ils défendront contre ses attaques les intérêts de Dieu, il prendra en satire la revanche de ces éloges ; il se moquera de leur littérature et de leur système d'éducation ; il justifiera leur proscription, et y poussera même avec violence et fureur.

Il ne sortit pas des Jésuites beaucoup plus savant que reconnaissant ; ou, du moins, il gaspilla si bien, tout le long de sa vie, son bagage de latin et de grec, qu'il lui en resta finalement peu de chose. Il s'est toujours vanté de son commerce constant avec Virgile, Horace et Gicéron ; mais, s'il savait lire ces auteurs, — qu'il cite souvent de travers, — -il ne sut jamais écrire leur langue, ni en prose, ni surtout en vers, comme on le peut voir par les échantillons en ce genre que renferme sa correspondance. En latin, il était à peine de force de troisième ; en grec, il eût pu recevoir des leçons d'un écolier de sixième pourvu de quelques mois de grammaire, à en juger par tant de mots grecs

insérés dans ses œuvres, et qui sont presque autant de barbarismes, de solécismes et de non-sens. On pourrait même ajouter que cet homme, qui a écrit une si charmante prose française, ne sut pourtant pas le français dans son origine et dans son histoire, comme le prouvent tant de bévues semées notamment dans son Commentaire sur Corneille.

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