VOLTAIRE EN ANGLETERRE
Séjour en Angleterre.
En Angleterre, Voltaire d'abord retrouva Bolingbroke, rentré dans son pays depuis 1723 ; Bolingbroke, son plus mauvais génie. Dans ses aspirations à la fois aristocratiques et impies, il prit définitivement pour modèle le lord incrédule, lui emprunta toutes ses idées, qu'il traduira et transportera dans un grand nombre de ses écrits , notamment dans ses écrits contre la Bible. Introduit par Bolingbroke dans son monde particulier, il se plut à y voir le résumé de la société anglaise, comme il voyait dans Bolingbroke le chef d'une grande école et le type de l'esprit britannique ; et c'est sous le couvert et l'autorité d'une grande nation et de son plus illustre et plus complet représentant à ses yeux, qu'il se préparait à importer l'irréligion en France.
Il n'en était rien pourtant. Sila société de Bolingbroke était pourrie d'incrédulité, la société anglaise gardait un fond chrétien qui résistait à toutes les attaques et a persisté jusqu'à nos jours. Mais on était dans un
état de crise religieuse qui pouvait tromper des yeux si prévenus. Dans son contact avec la révolution et la politique des partis, la religion s'était déformée, sinon en elle-même, au moins dans les idées qu'on se faisait d'elle. En haine des Stuarts, le catholicisme était regardé comme une religion de rebelles ; en haine des gouvernants, la haute Eglise n'était qu'un instrument de règne ; en haine des républicains et des niveleurs, les dissidents et non conformistes n'étaient que des fanatiques stupides ou menaçants. Absurdité ou danger, en ces deux mots, pour les courtisans, beaux esprits, roués, qui pouvaient composer la société de Voltaire, se résumait toute la question religieuse. De là, haine pour la religion, au moins indifférence, qui se traduisaient ou en attaques brutales, ou en transformation du christianisme révélé en une sorte de déisme. Après Locke, auteur de cette transformation, vinrent les Shaftesbury, les Toland, les Collins, les Tandal, prédicants ou plumitifs, auxquels beaucoup de membres de l'aristocratie anglaise apportèrent le concours de leur crédit social, de leur impiété et de leur corruption. Ainsi le christianisme rationel franchissait rapidement les étapes qui le devaient conduire à une incrédulité complète, malgré les foudres de la chaire, les décrets du parlement et les réclamations d'une multitude scandalisée.
Que dut éprouver Voltaire, lorsqu'il vit le christianisme ainsi traité dans les hautes classes et jusque dans l'église ? Il dut le croire bien mort en Angleterre. Il le crut mort bientôt en France ; il en fit la prophétie, qu'il se chargea lui-même d'accomplir.
Tel fut le premier résultat de son séjour en Angle-
terre : il s'y confirma dans son dessein de guerre antichrétienne. Il s'y initia, de plus, à sa courte science par l'étude de Newton, à sa mauvaise philosophie par l'étude de Locke, à sa politique étroite et contradictoire par ses observations sur le gouvernement anglais et ses relations avec plusieurs hommes d'Etat, à son nouvel art dramatique, hybride et bâtard, par son commerce avec le théâtre du barbare Shakespeare. Voltaire complet compte de ces trois années, pendant lesquelles il a tant étudié, tant écouté, tant vu. Par son esprit, Voltaire est bien fils de la France ; pour presque tout le reste, c'est un fils de l'Angleterre. Par lui et par Montesquieu, l'Angleterre a fait chez nous, au XVIIIe siècle, une invasion qui, à beaucoup d'égards, nous a été plus funeste que la guerre de Cent Ans.
Du reste, nous savons peu de chose du séjour de Voltaire en Angleterre. Il ne paraît avoir fait aucune impression sur les Anglais, et l'on trouve à peine sa trace dans les écrits du temps. Il vit Congrève, le Molière anglais; il vit Clarke, le disciple et le commentateur de Newton ; il se lia avec Swift, le Rabelais d'outre Manche, ami et secrétaire de Bolingbroke; il rechercha la connaissance de Pope, qu'il imitera dans ses Discours en vers, mais avec qui il ne put bien s'entendre par défaut d'une langue commune, et avec qui il finit par se brouiller, parce que la gravité, la pruderie et le déisme sincère du poète anglais ne purent s'accommoder de sa fougue licencieuse et de ses boutades impies.
Puis on se défiait de Voltaire, qu'on prétendait à tort chargé d'une mission secrète de la part du ministère qui l'avait banni, et à qui la disgrâce permanente
de son ami Bolingbroke fermait l'accès de la cour de Saint-James. Il est vrai que Voltaire donnait lieu à ces bruits en affichant plus que jamais des prétentions politiques, depuis qu'il habitait un pays où il avait vu des hommes arrivés aux plus hauts emplois parla voie des lettres. Si donc il ne se dit pas lui-même chargé d'une mission, il le laissa dire, et même il aida, autant qu'il put, à confirmer l'opinion sur ce point.
L'orgueil de l'homme de lettres date surtout de cette époque, et c'est en Angleterre que Voltaire l'a puisé. Sans plus parler du rang politique auquel il vit élever plusieurs gens de littérature, il fut témoin, en mars 1727, des funérailles royales accordées à Newton dans l'abbaye de Westminster. Aussi, dans ses Lettres philosophiques, ne manquera-t-il pas d'en glisser une « sur la considération qu'on doit aux gens de lettres. »
Il ne paraît pas être resté longtemps à Londres. Il se retira à deux lieues de la, au village de Wandsworth, chez le riche marchand Falkener, à qui il dédiera sa Zaïre. De Wandsworth il faisait de fréquentes courses à Londres pour y voir ses amis, la société, le théâtre. Peu curieux de la nature et des monuments, qu'il n'observa jamais dans ses voyages, il ne fit aucune excursion dans le pays, et ne sortit pas du brouillard de Londres.
Il n'écrivait guère qu'à Thieriot, se vantant à ce trompette de sa gloire, qui devait sonner sa vaillance dans tous les coins de Paris, d'un voyage mensonger qu'il y aurait fait à la recherche du chevalier de Rohan ; se plaignant bien plus de sa mauvaise santé, de la suppression de ses pensions, des banqueroutes qui ont encore réduit sa petite fortune; mais il ne dit
rien de la somme considérable qu'il aurait reçue, suivant ses biographes panégyristes, du roi d'Angleterre. C'est que, à part les souscriptions à la Henriade, il n'a reçu des princes de ce pays qu'une médaille à l'effigie de la reine.
Amis et ennemis ont raconté encore, à sa gloire ou à sa honte, certaines anecdotes suspectes : un triomphe populaire, un procès en adultère, une nouvelle bastonnade. Cette bastonnade, que lui aurait infligée un libraire anglais, se rattrapant comme un Rohan sur les épaules du poète d'une fraude en matière d'impression, serait même l'occasion de son retour en France, aussitôt sollicité et obtenu. Suivant d'autres, attaché à l'Angleterre, il ne céda, en quittant Londres, qu'à la prière de ses amis et qu'à l'amour de sa patrie. En réalité, il ne rentrera que furtivement, ou qu'avec la simple tolérance de la police.
La Henriade.
L'épisode le plus intéressant du séjour de Voltaire en Angleterre est la publication de la Henriade.
Conçue dès l'année 1714, et travaillée depuis sans relâche ; promenée avec l'auteur de château en château, et lue à mesure qu'elle était composée, la Henriade recevait partout un accueil approbateur et enthousiaste . Un jour, toutefois, chez Maisons ou chez La Faye, elle n'essuya que des critiques. Impatienté des objections et des chicanes, l'auteur s'écria : « Mon poème n'est donc bon qu'à être brûlé ; » et il le jeta au feu. Mais
le président Hénault le retira bien vite des flammes, et il lui en coûta, dit-il, une belle paire de manchettes.
Son poème à peu près achevé, Voltaire voulut le dédier au roi et l'imprimer à l'imprimerie royale. La dédicace était faite. Très-libérale, comme nous dirions aujourd'hui, elle ne plut guère, et le privilège fut refusé. Voltaire songea alors à publier son poème en Hollande. Dans son voyage à La Haye, en 1722, il proposa l'affaire au libraire Le Viers, qui ouvrit aussitôt une souscription. Mais le public fit la sourde oreille. Quatre-vingts souscripteurs seulement répondirent à l'appel. Il fallut leur rendre leur argent, l'affaire fut rompue, et Voltaire n'en eut que le ridicule.
Ayant perdu l'espoir d'obtenir un privilège, Voltaire se détermina à faire de son ouvrage une édition clandestine dans quelque ville de France autre que Paris. Il choisit Rouen, à cause de son ami, le conseiller Cideville, qui pouvait lui obtenir quelque tolérance, et aussi à cause du voisinage de la Rivière- Bourdet, d'où Thieriot, qui s'y tenait d'ordinaire, pourrait surveiller l'impression. Aussi invita-t-il Thieriot, en termes durs et indécents, à laisser à Paris son père malade, pour se rendre à Rouen, où « il ménageait sourdement la petite intrigue. » Thieriot vint en effet s'établir à la Rivière, et Voltaire, pour se ménager un alibi, revint à Paris, lui laissant faire son métier d'éditeur.
L'impression achevée, il s'agissait de faire entrer à Paris « l'enfant, le petit bâtard, le marmouset, » comme Voltaire appelle toujours son poème. Par économie et par prudence, cette entrée devait être modeste. Il arriva confondu dans l'équipage de Mme de Bernières, et
s'arrêta d'abord au village de Boulogne. Comme le héros qu'il chantait, il eut bien de la peine à forcer l'enceinte de Paris, et il n'y entra que « par miracle. » Plus malheureux que Henri IV, il ne fat point reçu en public et avec transports : il fut réduit à se cacher, et ne se vendit qu'en secret.
Cette édition n'était qu'en neuf chants, et il y avait des lacunes remplies par des points ou par des étoiles. L'ouvrage n'était donc, pas encore achevé, et Voltaire, suivant la coutume de toute sa vie, avait cédé à l'impatience de le publier.
L'année suivante (1724),!' abbé Des Fontaines, a prétendu Voltaire, en fit à Evreux une édition subreptice, dans laquelle il inséra des vers de sa façon : ce C'était bien la meilleure manière de rendre l'ouvrage ridicule. » Mais Voltaire n'a-t-il pas jeté sur le compte de Des Fontaines soit certains vers satiriques dont il voulait décliner la responsabilité, soit les fautes de sa première édition? Cette édition était si imparfaite, qu'il s'occupa immédiatement de terminer l'ouvrage et d'en donner une meilleure. Il regrettait tout le temps qu'il dérobait à son épopée, sur laquelle il fondait sa gloire, ce L'épique est mon fait, ou je suis bien trompé, écrivait-il ; et il me semble qu'on marche plus à son aise dans une carrière où on a pour rival un Chapelain, La Motte et Saint-Didier, que dans celle où il faut tâcher d'égaler Racine et Corneille. » Rien n'est plus vrai, mais Voltaire se trompait bien dans ses prétentions sur l'épique, et il y a moins encore réussi que dans le tragique.
L'édition projetée en 1725 ne put paraître, et toujours parce que l'auteur s'en vit refuser la permission.
II se tourna encore vers l'étranger, hésitant entre Londres, Amsterdam, et Genève. L'exil le tira de cette hésitation, et c'est à Londres que se fit l'édition définitive.
Voltaire passa toute l'année 1727 et une partie de Tannée 1728, soit à corriger et imprimer son poème, soit à lui chercher des souscripteurs. A la fin de 1 727, ceux-ci n'étaient pas encore nombreux; car, à la date du 24 décembre, Swift recevait de l'auteur cette prière : « Me sera-t-il permis de vous supplier de faire usage de votre crédit en Irlande pour procurer quelques souscriptions à la Henriade, qui est achevée, et qui, faute d'un peu d'aide, n'a pas encore paru? »
C'est vers la fin de 1728 quelle parut en deux éditions simultanées, Tune in-4°, avec gravures, au prix d'une guinée ou d'un louis d'or, payable d'avance; l'autre in-8°, beaucoup moins chère ; et elle parut sous la protection du roi Georges II, pendant que la reine en acceptait la dédicace.
L'année précédente, Voltaire avait publié à Londres, en anglais, un Essai sur les guerres civiles de France, que l'abbé Granet traduisit en français. C'est la première partie de l'Essai sur la poésie épique, imprimé également en anglais pour servir d'introduction à la Henriade. Voltaire l'avait probablement écrit dans sa langue maternelle, et fait traduire par Lookman. Il chargea ensuite Des Fontaines de traduire cette traduction, c'est-à-dire de ramener l'ouvrage à sa forme originelle. Au temps de leur querelle, il l'accusa d'avoir commis dans ce travail d'innombrables bévues, mais il n'en cita jamais qu'une. Des Fontaines se défendit d'avoir fait la traduction inculpée, et la rejeta
sur le compte d'an mort qui ne pouvait réclamer. En 1732, Voltaire la corrigea et la publia lui-même ; mais, s'il la revêtit d'une meilleure forme, il la laissa telle qu'elle était au fond, c'est-à-dire un pauvre ouvrage de critique littéraire. Virgile, « le plus bel ouvrage d'Homère, » y est mis au dessus du chantre de Y Iliade, Le Tasse au dessus des deux, en attendant que l'auteur de la Pucelle mette l'Arioste au dessus de tous. Le sens du grand lui faisait déjà défaut. Dans les croisades il ne voyait qu'une folie. Il ne comprenait ni Milton, ni leCamoëns.
Qu'a produit la Henriade à Voltaire en argent et en gloire, et quelle en est pour nous la valeur religieuse et littéraire ?
Voltaire, et les amis à la suite, ont parlé d'une « souscription immense, » d'une somme énorme de cinquante mille écus, qui aurait été « le commencement de sa fortune. » Il est pourtant certain que l'édition de 1728 ne se vendit pas en Angleterre, et qu'une douzaine d'années plus tard elle restait presque toute en magasin. Moins encore elle se vendit en France, malgré les primes offertes par Voltaire aux souscripteurs. Ces souscripteurs pourraient bien n'avoir guère dépassé Je nombre des quatre-vingts ou des cent qui avaient versé leur louis d'or entre les mains de Thieriot. Or, a-t-on raconté, un jour delà Pentecôte, pendant que Thieriot était à l'église, des voleurs emportèrent le dépôt. Voltaire lui écrivit : ce Cette aventure peut vous dégoûter d'aller à la messe, mais elle ne doit pas m'empêcher de vous aimer toujours et de vous remercier de vos soins. » Il n'y avait pas, dans cette aventure, d'autre voleur que Thieriot lui-
même. Non-seulement Voltaire ne reçut rien des souscriptions françaises, mais il se condamna loyalement à rembourser toutes celles qu'on lui présenta, et il assure qu'il lui en a coûté ce que la Henriade lui avait valu à Londres. Ce n'est donc pas la Henriade qui a été le commencement de sa fortune, mais bien l'héritage paternel, qui, après quelques procès, lui vint en ces années.-
Retira-t-il en gloire de son poème ce que les souscripteurs lui refusèrent en argent? Dans le camp des amis, il y eut un concert d'enthousiasme tel qu'il ne s'en éleva jamais autour d'aucun chef-d'œuvre. 11 n'en fut pas tout à fait de même dans le camp religieux, et on parla même de censurer l'ouvrage. Pour parer le coup, Voltaire soumit son poème au Père Porée, demandant l'avis du littérateur, et bien plus du théologien: ce Surtout, mon Révérend Père, je vous supplie instamment de vouloir bien m'instruire si j'ai parlé de la religion comme je le dois; car, s'il y a sur cet article quelques expressions qui vous déplaisent, ne doutez pas que je ne les corrige... J'ambitionne votre estime, non-seulement comme auteur, mais comme chrétien. »
Ce que Porée put répondre, nous l'ignorons ; mais il avait fortà faire, et pour démasquer l'hypocrisie du chrétien, et pour signaler les idées et les expressions irréligieuses del'auteur. Sous prétexte de paix et de tolérance religieuse, c'était au catholicisme, au christianisme même, désignés par la Ligue, qu'il déclarait la guerre.
Je ne décide point entre Genève et Rome :
ce n'est pas Henri IV qui a dit cela, c'est le poète
incrédule, condamnant à la fois toutes les formes du christianisme. Toute Fœuvre de Voltaire, toute l'encyclopédie est en germe dans la Henriade.
C'est déjà faire entendre qu'elle est un mauvais poème. Essentiellement œuvre d'enthousiasme et de foi, Tépopée ne subsiste plus quand on en fait une œuvre de philosophie, et de philosophie sceptique. De là le merveilleux philosophique et glacial de la Henriade; de là sa donnée et son plan contradictoires : le héros y est Henri IV, ou plutôt, sous ce nom, le protestantisme, c'est-à-dire la liberté de conscience, l'indifférence et l'incrédulité philosophiques, aux prises avec la superstition et le fanatisme catholiques ; et cependant, c'est le héros qui succombe avec la réforme et le philosophisme si tolérants, si nobles, si généreux, et c'est la Ligue qui triomphe avec ses ridicules et ses fureurs.
Le XVIIIe siècle, même dans les rangs des ennemis, ne vit guère cela : il avait trop peu le sens du génie chrétien ; mais il vit bien tous les autres défauts de la Henriade, et nous ne faisons aujourd'hui que répéter ses critiques. Les amis eux-mêmes durent faire des aveux : La Harpe reconnaît qu'elle manque d'invention, qu'elle pèche par le plan, l'ordonnance, le drame, le merveilleux, c'est-à-dire dans toutes les parties essentielles de l'épopée ; et, dans son besoin d'admiration et d'apologie, il est réduit à se rejeter sur des beautés de détails et de style qu'on lui conteste encore, tant il y a dans ce poème, même à travers les meilleurs morceaux, de faux brillant et de prosaïsme.
C'est donc le jugement des ennemis qui prévaut comme un arrêt définitif. Quand La Beaumelle disait :
ce Qui, dans 50 ans, lira ce recueil de vers? » n'était-il pas prophète? Et qui donc aujourd'hui, à moins d'être condamné par profession à ce travail forcé, lit la Henriade? et qui surtout, l'ayant lue, peut la relire? Quand Trublet disait : — il le payera cher dans le Pauvre diable! — « Je ne sais pourquoi je baille en la lisant, » ne semblait-il pas entendre J. de Maistre lui faire écho avec son accent unique : « Quant à son poème épique, je n'ai pas droit d'en parler : car, pour juger un livre, il faut l'avoir lu, et pour le lire il faut être éveillé ! »
Nous ne savons si, comme le disait Malézieu, les Français n'ont pas la tête épique; mais rien n'était moins épique, à coup sûr, que le XVIIP siècle, sans naïveté et sans foi, que Voltaire, moins naïf et plus incrédule encore, que le sujet choisi par lui, sujet tout historique et qui ne se prêtait pas à ce genre de poésie. Notre histoire ne renfermait peut-être qu'un seul sujet d'épopée, Jeanne d'Arc, et nous savons ce que Voltaire en a fait ! Quant à la Henriade, elle n'a de l'épopée que la forme, les machines, la recette, le bagage ; mais l'âme et la vie épique n'y sont pas. A tous les points de vue, malgré de beaux vers et même de beaux morceaux, elle est à une distance énorme nonseulement des grandes épopées qui honorent l'humanité, mais de certaines épopées de décadence, comme la Pharsale de Lucain.