‹ Vie de Zéphirin Verreau [microforme]Chapitre 10 sur 24 · D ET · texte numérisé non relu

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eux et bruyants, elle prit un accent doux et harmonieux pour entonner le sublime: “ Nous vous invoquons tous, ” comme pour saluer l'aurore du beau mois qui allait nous arriver le lendemain avec le beau soleil de mai. Ce fut sur ces derniers accords si suaves au cœur que la foule commença à s’écouler avec un silence qui montrait que son amour pour la sainte Vierge avait été ému en entendant ce beau cantique. ”

“ler mai 1889.

“ Quand la nature s’est dépouillée de son manteau de glace et de sa parure de frimas, quand elle s'est vêtue de verdure et de fleurs, quand le ciel se fait d'azur et que de blancs nuages glissent sur ce fond bleu comme des nacelles d'argent, quand l'air est cmbaumé du parfum des prairies ct que les oiseaux du bocuge chantent leurs cantiques joyeux, une voix s'élève dans les campaynes et au sein des villes, un nom retentit sous l’humble toit des chaumières ei sous la voûte des busiliques : c'est celui de Marie. Voici venir le mois qui lui est consacré : alors tous les cœurs se réjouissent, tous les fronts rayonnent de bonheur, Le jeune enfant qui ne connaît de la vie que ses douceurs et ses charmes, bégrie une prière à Marie et lui demande pour ses parents

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le calme et la félicité. Le jeune homme dont l'âme est tout ardente et dans laquelle bouillonne le feu dévorant des illusions, invoque l'Etoile de la mer, Celle qui apaise l'orage, et la supplie 'e protéger ses serviteurs qui naviguent sur un bien dangereux océan, sur une mer semée d’écueils et fertile en naufrages. L'homme qui a déjà traversé un long chemin en cette vallée de misères, l’homme qui a eu souvent l’âme brisée par la douleur vient aux pieds de la Vierge forte qui vainquit Lucifer : il lui demande le courage et la résignation. Et le vieillard blanchi par les ans ne participe-t-il pas à la fête qui va durer un mois ? Oh! si! Voyez-le se traîner languissamment sur le bâton de la vieillesse; il arrive à pas lents et tout rajeuni de bonhour, il avance vers la sainte chapelle et s'agenouille au milieu

de toutes ces fleurs qui lui rappellent son prin- .

temps et lui font oublier son hiver. Ainsi les voilà tous. Les âges se sont donné rendez-vous à l'autel de Marie, tous se font ses enfants, et Marie toujours bonne, toujours miséricordieuse, verse sur eux les plus abondantes bénédictions, Tel est le mois de Marie dont nous saluons l’aurore avec tant de bor heur, ”

‘“ Jeudi, 2 mai 1889.

“ IL est dans la calendrier du séminaire une cer-

taine jour. ‘e qui est toujours saluée avec plaisir par le peuple écolier : c’est le grand congé du jeudi, qui nous arrive avec le mois des fleurs. En effet, c’est aujourd’hui le premier grand congé, car l'hiver ne se contente pas de nous imposer son cortège de misères et de faire cesser une partie de nosamusements, mais il empiète même sur nos congés en les diminuant demoitié. Voilà ce qui explique ia joie universelle avec laquelie nous saluons cepremier jeudi du printemps. À dix heures nous sommes allés faire une promenade en ville, et, en revenant, nous nous sommes arrêtés auprès d’un magnifique étang formé par l'eau des neiges sur laterre du séminaire. Aussitôt nos confrères Les petits s'empressent de former un radeau au moyen de quelques pieux grossièrement réunis les uns aux autres et surmontés d’une caisse qui se trouvait là Tous s'étaient empressés d'y mettre la main, mais lorsqu'il s’agit de trouver un Typhis, personne n’osait y mettre le pied. Tout-à-coup un des héros de première, poussé par un semblant de bravoure, s'embaxque impunément et commence à quitter le rivage. Mais il fut victime de sa témérité ; comine il ne veillait pas avec assez d'attention sur son centre de gravité, à un moment donné la cuisse chavira et notre brave en fut quitte pour un bon bain de

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pieds, d’où il sortit au milieu des applaudissements et des éclats de rire. ”

“5 mai 1889.

“ Ce matin a eu lieu au Sérainaire l'ouverture des Quarante-Heures. C’est dans ces jours de recueillement que l'âme quittant le bruit confus du monde va s’emplir de l'infini en prenant son vol vers son Créateur qui lui fait toujours, et surtout en ce temps, un accueil paternel. Rien de plus touchant que cette adoration continuelle, Rien de plus impressionnant que la prière du goir dite à huit heures, en présence du $. Sacrement, On aurait cru voir comme un parfum d’oraisons s'élever de cette foule recueillie, composée d’écoliers, vers le trône de la divine victime de l'autel. Et pendant que l’harmonium unissait sa voix grave au doux murmure de la prière, chacun semblait répéter la parole Gu Thabor:

Bonum est nos hic esse.”

‘ O mai 1889,

“ Depuis que les grands congés ont repris leur cours, le vent est à la gymnastique. Jetez un regard dans la cour durant les récréations, et vos yeux seront frappés des courbes gracieuses, élégantes, décrites par les mils persans. Les bras

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se remuent, leurs muscles se tendent, et se détendent à qui mieux mieux. Evidemment si cela continue, l’infirmerie va devenir un simple souvenir, une inutilité, une nuisance. Plus de maladie, plus de faces pâles et étiolées, plus de ces minesétiques; au contraire des visages roses, vermeils, joufflus: de vraies pommes d'amour élevées à la troisième ou quatrième puissance. Si la gymnastique étourdit et déroute la maladie, elle favorise d'autant les études. Chaque tour de force se trahira par une phrase d’amplification mieux tournée, un vers plus élégant, une pensée plus juste et plus délicate. En avant donc les échelles, les trapèzes, les barres horizontales, verticales, tous les aimables casse-cou, tous les appareils disloquants des gymnases.

Qu'importe une couple de nez cassés, autant de tibias meurtris, une demi douzaine de chapeaux Lossés, etc., lorsqu'il s’agit d'assurer une santé générale et perpétuelle, une constitution athlétique et des muscles d'acier. ”

“« 13 mai 1889.

“ Le temps est magnifique. Aussi voyons-nous les prés se couvrir de leur manteau de verdure qui charme si agréablement la vue. Après souper je suis allé à la promenade où le soleil cou-

se délent si simple Plus de lus de roses, amour sance, iladie, tour lifica- , une vant hori- -COu, ases, t de AUX inté hlé-

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chant a ému ma sensibilité plus qu'à l'ordinaire. Il n'était qu'à une petite distance de l'horizon lorsque notre vue fut éblouie par les flots d'or que lançait ce globe lumineux. Une infinité de petits nuages dorés étaient dissiminés tout autour et semblaient le presser pour l'empêcher de disparaître si tôt. Ce qui ajoutait encore à ce spectacle si sublime et si grandiose c’est qu'il était réfléchi dans l’onde limpide du fleuve géant qui servait de fond au tableau. Lorsqu'il fut à moitié disparu, un farceur s'offrit à aller le traverser de sa canne afin de le laisser suspendu à l'horizon ; mais ce petit vilain soleil avait paru entendre, car il fuyait encore plus vite de crainte, je suppose, de se faire arrêter dans sa course, et on eut à peine le temps de lui faire nos derniers adieux par un “ hourra !” sorti de nos jeunes poitrines qu'il disparut à nos yeux.”

‘“ 16 mai 1889,

“ Depuis quelques jours on serait porté à croire que les écoliers sont changés en autant de menuisiers : dans quelque coin de la cour que vous regardiez durant les récréations, partout vous voyez un ou deux groupes de ces habiles artisans qui manient un morceau de bois et un couteau, plus ou moins aiguisé, avec une application vrai-

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