‹ Vie, Destin, Mariage et Mort des Monstres DoublesChapitre 11 sur 14 · LOGE · texte numérisé non relu

LOGE

La ressemblance des visages des « sœurs siamoises » ci-dessus est également très nette, équivalente à celle de la plupart des jumeaux univitellins, toujours de même sexe, et souvent très difficiles à différencier l’un de l’autre. ;

Alors qu’on a examiné les similitudes entre les empreintes digitales de jumeaux univitellins, on nel’a pas encore fait pour les monstres doubles. Paradoxe, alors qu’il semblerait que les empreintes des. jumeaux univitellins devraient être semblables dans cent pour cent des cas, les recherches de Krantz ont montré, sans pouvoir l’expliquer, que cette proportion n’était en réalité que de 89 %.

Quant aux groupes sanguins, ils sont toujours similaires chez les deux jumeaux univitellins. L’expérience n’a pas été tentée sur les monstres doubles.

La seule curiosité de ce triple examen réside dans sa rareté. Non seulement on n’avait jamais connu, sur terre, trois monstres doubles vivants, à la même époque, mais encore on n'avait jamais pu rassembler des phénomènes aussi étranges en un même lieu, au cours de l'histoire.

Ceci ne fut pas un des seuls phénomènes de notre curieuse époque, mais ceci est une autre histoire...

Les monstres doubles qui survivent aux premières heures, et qui franchissent le cap des premières anz nées s° « installent » dans la vie, et il semble n’exister aucune raison physiologique pour que leur existence ne suive pas un cours normal. Il y a certes des habitudes.à contracter, un état d'esprit particulier devient nécessaire pour les actes les plus communs de l’existence, nous dirons presque, sans ironie, .qu’un accord parfait est. obligatoire. N’oublions pas,. derrière l’involontaire humour de cette proposition, que la vie n’est pas faite de contingences matérielles, et que les sentiments affectifs conditionnent autant les facteurs vitaux que les éléments végétatifs.

C’est pourquoi le problème du mariage des monstres doubles constitue l’un des problèmes psychologiques (sinon sociaux) les plus curieux. qui se puissent poser.

Prenons les frères siamois, CHUN et ENG, les premiers qui. atteignirent à la célébrité. Il: s'agissait de deux.xiphopages absolument normaux, jumeaux univitellins. Leur point d'union consistait uniquement

ARR NME

en un lambeau charnu, aisément réséquable, et devenu avec le temps assez élastique pour permettre une certaine indépendance de mouvements.

Ces deux frères se marièrent, avec toute la consécration des autorités britanniques, pourtant chatouilleuses sur le chapitre de la pudeur, avec deux jeunes filles anglaises, prêtes dès l’abord à envisager tous les risques qu’une pareille union pouvait faire courir à cette pudeur. Car, en effet, les manifestations conjugales de l’un des deux xiphopages ne pouvaient se dérouler sans que le second n’en fut l’impavide témoin. Le résultat de cette double union fut cependant excellent, l’une des deux femmes ayant eu cinq enfants, l’autre six, tous ces enfants étant parfaitement normaux. Excellent, tout au moins au point de vue génétique, car les caractères des deux femmes furent rapidement aigris par cette vie commune, et les querelles dégénérèrent vite en bagarres, les maris prenant alors fait et cause chacun pour sa propre femme. Il en résulta une des scènes les plus curieuses qui aient été enregistrées dans la vie des xiphopages connus : une bataille acharnée entre les deux hommes, l’un assommant l’autre à moitié, et Barnum, séparant les bras des combattants (faute de les séparer totalement), ayant toutes les peines du monde à leur faire comprendre qu’ils étaient solidaires l’un de l’autre, et que probablement la mort de l’un entraînerait automatiquement la mort de son parteaire involontaire. En effet, lorsque les deux hommes atteignirent l’âge de 63 ans, Chung contracta une

ty

pneumonie, et en mourut. Eng, à qui on avait proposé in extremis la séparation, mourut lui-même quelques heures plus tard.

LuUcCI0 et SIMPLICIO GODINO avaient, eux, tenté de se marier aux Iles Philippines, et les autorités avaient empêché ce mariage comme immoral. Mais à Manville (U. S. A.) ils trouvèrent néanmoins un pasteur pour bénir leur union, avec deux sœurs, Natividad et Victoria Motos, en présence de plus de 5.000 personnes.

Les deux couples cessèrent toute exhibition foraine, et on n’entendit plus parler de ces frères siamois jusqu’en 1933. A cette date, l’un des deux frères mourut subitement, au cours d’une crise d’angine de poitrine, affection dont il était seul atteint, son frère ne souffrant pas au cours des crises d’angor. En présence de cette mort, les chirurgiens tentèrent la séparation du vivant et du cadavre. L'opération fut extrêmement complexe, en raison de l’unicité du rectum et de l’anus. Malheureusement, et bien que la survie du double séparé ait pu être prolongée pendant quelques semaines une pneumonie intercurrente l’enleva

en quelques jours.

Si le mariage des monstres doubles bi-mâles présente des aspects moraux et sociaux à tout le moins curieux, celui des monstres bi-femelles en présente de plus étranges encore, au point de vue « individuel » de chacune des deux parties du monstre.

Rosa-JosepHA, le plus célèbre peut-être de tous les

RÉ) ee

monstres doubles ayant vécu, contracta — ou contractèrent — un mariage avec un seul homme (qui depuis est mort vers 1918). Or, au point de vue anatomique, Rosa-JosePHa comportait une particularité fréquente chez les monstres doubles bi-femmes. Alors qu’elle possédait deux troncs nettement individualisés, la cavité cotyloïdienne était unique. Il existait bien deux utérus, mais elle n’avait qu’un vagin unique, et une seule vulve. La vessie, l’urètre étaient également communs. L’estomac, bien que double, était à intercommunication. La colonne vertébrale était commune en certains points, Ce qui avait rendu impossible toute tentative de division de ce sujet.

Or, physiologiquement parlant, il était impossible de se livrer au coït avec un tel monstre double, sans que ce coït ne fut ressenti par les deux centres sensitifs, des deux cerveaux nettement différenciés.

Socialement parlant, le mari de l’une des deux sœurs, qui physiologiquement agissait en mari de deux êtres joints, ne devait-il pas être considéré comme bigame ?

Et que penser de l’accouchement extraordinaire de l’une des sœurs, devenue enceinte à la suite de ce mariage, portant cet enfant dans ses flancs, sans que la sœur ne ressente les effets physiologiques de cette grossesse,

En effet, si les utérus étaient autonomes, les voies expulsion étaient uniques. Les douleurs de la dilatation n'étaient ressenties que par l’use des deux sœurs, mais les souffrances d’expulsiun furent com-

ol —

munes, l’une des deux sœurs souffrant pour expulser un œuf qu'elle n’avait pas concu !

Quelles ont été les réactions psychologiques d’un être placé dans une telle situation physiologique. Quelle a été l’interpénétration des systèmes nerveux, qui a permis à l’une de se préparer intellectuellement à un tel avatar ?

Et socialement, encore, nous ne ferons que soulever une question tout à fait extraordinaire, que Maurice : ‘Gille avait déjà entrevue. Ces deux femmes-uniques avaient amassé une grosse fortune. Qui devait hériter de cette fortune en cas de mort de l’une des deux moitiés de ce corps composite ? La sœur survivante, ét en même temps qu’elle le père de l’enfant, à titre d’usufruit, ou l’enfant seul, celui-ci étant considéré comme unique héritier de celle qui est sa mère, à l’exclusion de la sœur qui n’est appelée au partage qu’à titre collatéral ?

Nous ne pouvons pas terminer ce chapitre sans rappeler que deux des sœurs qui vinrent à Paris en 1937, les sœurs HINTON, après avoir vu refuser la demande de licence de mariage qu’elles sollicitaient dans l’Etat de New-York, réussirent à en obtenir une dans l'Etat voisin de New-Jersey. L’une d’entre elles épousa un Monsieur du nom de LAMBERT. L'autre qui désirait se marier, ayant souhaité faire durer la période des fiançailles, nous ne savons pas si, à l’heure “actuelle, cette seconde sœur a donné suite à ses pro-

‘jets matrimoniaux.

Page 1