‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 10 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance et première e'ducation d'Alphonse.

I JE bienheureux Alphonse -Marie de Liguori, fondateur de la congrégation du très saint Ptédempteur et Eveque de Sainte-Agathe des Gols, naquit dans la ville de Naples le 27 septembre 1696, et deux jours après, fête de saint Michel Archange, il reçut le baptême dans Vrglise paroissiale des Vierges. Si famille, aussi ancienne qu illustre, était inscrite au siège de la Porte-

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Neuve, l'un des cinq qui comprennent ror<Ir<» entier de la noblesse napolitaine.

Son p^re, D. Joseph de Liguori, ctaitun officier d'un grand mérite, plein d'honneur et de religion; ses succès dans les armes ne lui avaient rien fait perdre du sentiment le plus élevé de ses devoirs envers Dieu. 11 s'était distingué, par ses talents pour la guerre, dans les divers emplois qu'il avait rempli, et il n'avait jamais cessé d'ofirir aux yeux de ses contemporains le modèle le plus touchant d'une rare piété. Ces pi'atiques de dévolioîi, que le monde, trop petit lui-même pour les apprécier selon toute leur grandeur, reléguerait volontiers dans le cloître ou dans le désert, ne lui avaient point paru indignes d'un homme de sa profession. Les plus tendres et les plus pieuses étaient celles que son cœur aflectionnait davantage; il faisait de la passion du divin Rédempteur des hommes un sujet de méditations continuelles; et l'on ne pouvait se défendre d'un vif mouvement d'admiration et de respect, en voyant ce brave militaire estimant d'un grand prix tout ce que la foi approuve , se plaire à porter toujours sur lui quelques petites images qui représentaient à son amour les principaux mystères des douleurs et de la mort de son Dieu.

La mère du B. Alphonse, D. Anne-Cathérinç , Cavalicri, ctuil sœur du célèbre serviteur de Dieu

Emile-Jacques Cavalier! , mort en odeur de sainteté eten réputation de miracles, Evèque de Troie dans la Fouille. Elle fut h la fjis digne de son frère, de son épouK et de son fils par la pratique de toutes les vertus, et surtout de la prière et de la mortification. On rapporte qu'elle récitait tous les jours les heures canoniales comme une religieuse, et que, parvenue au-delà de sa 90°"' année, elle observait encore avec la plus édifiante rigueur le jeûne et l'abstinence.

Ainsi les parents d'Alphonse, s'élevant par leur piété bien au-dessus de leur noblesse, méritèrent de recevoir un gage heureux de la bénédiction que Dieu avait accordée a leur sainte union ; et leurs pieux sentiments furent reproduits en traits plus grands encore dans le premier né de leurs enfants.

Les âmes prédestinées sont quelquefois formées de loin à la sainteté a laquelle Dieu les appelle, et il en est qui, comme Samuel, ont donné dès leurs plus tendres ans les indices de ce qu'elles seraient un jour. On dirait que Dieu s'est plu à rendre sensible l'action de sa grâce, en répandant autour de leur berceau je ne sais quelle odeur de sainteté qui pénètre ceux qui s'en approchent avec ce sens plus excpiis et plus délicat qui appartient aux cœurs purs. C'est ainsi qu'une esprce de pressenlimeat des mérites qui Rêvaient cire

i VIE DlJ BIENHEUREUX

un joui' l'apanage d'Alphonse s'était subitement communiqué à un grand nombre de personnes qui avaient eu le bonheur de le voir dans sa première enfance. Un personnage cntr'autrcs, rccommandable par des vertus héroïques et favorisé du don des miracles, le B. François de Jérôme de la compagnie de Jésus, parut presque avoir été mis dans la confidence des plus admirables secrets de Tavenir. Un jour qu'il venait de bénir le jeune Alphonse, il ne put s'empêcher de s'écrier, en s'adressant h la mère et dans un transport semblable à celui du saint vieillard Siméon : (( Cet «enfant parviendra a une grande vieillesse, il «verra sa 90""^ année, il sera Evêque, et Jésus- « Christ se servira de lui pour opérer de grandes « choses. »

Aux dons les plus heureux de la grâce et de la nature, Alphonse réunit encore le rare bonheur d'une éducation dirigée selon les vues les plus pieuses de l'esprit de Dieu et avec un soin audessus de tous les éloges. Ce furent ses respectables parents qui, ayant voulu remplir par euxmêmes le devoir d'élever leurs enfants dans la crainte de Dieu, furent appelés à développer les dispositions naissantes de leur lils, cl à le préparer aux grands desseins que la Providence avait formé sur lui. Sa pieuse mère surtout prit beaucoup de part a ce bel ouvrage de sanctification.

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Elle rassemblait tous les jours ses enfants auteur d'elle, pour introduire dans leurs jeunes âmes, avec le lait le plus pur de la doctrine, le germe de toutes les vertus ; et c'est en leur enseignant les premiers cléments de la religion qu'elle leur inspira, avec l'horreur du péché, un tendre amour pour Dieu, et ce goût de la piété qu'elle nourrissait dans leurs cœurs par des pratiques précieuses aux yeux de la foi ; en même temps que leur donnant l'exemple de toutes les vertus , elle les obligeait d'en reproduire les actes dans leur conduite. Mère vraiment chrétienne, et justifiant en tout le choix qui avait été fait d'elle pour former un des plus grands serviteurs de Jésus et de Marie, elle rappelait souvent ces noms sacrés à la tendre dévolion qu'elle avait su inspirer à ses enfants.

Dès le premier moment, Alphonse correspondit admirablement et sans jamais se démentir à des soins si touchants. Encore enfant et même déjà parvenu à l'adolescence, on le voyait accourir avec empressement à la voix de sa mère, et recevoir , immobile d'attention et radieux de plaisir, ces leçons chrétiennes qu'il partageait avec ses frères : elles eurent pour lui, comme pour eux, d'importants résultats; et dans la suite il se plaisait à rendre en quelque sorte témoignage de l'impression qui lui en était restée, en répé-

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tant souvent « qu'il ne pouvait assez reconnaître a les peines que sa mère avait prises pour son « éducation. » Ses premières années, semblables à celles du jeune Tobie, n'eurent rien de puéril, et dès-lors il ravissait d'admiration tous ceux qui le connaissaient. Déjà il était ami du silence, du recueillement et de la prière; s'il parlait, c'était presque toujours des choses de Dieu, sachant adroitement tourner la conversation de manière qu'elle concourait, avec ses exemples, h porter ses deux frères, D. Hercule et D. Gaétan, à la pratique de la vertu. Ce premier zèle de son enfance ne fut pas perdu pour eux, et ce fut pour lui comme un heureux prélude h cet apostolat qui devait remplir si glorieusement et avec tant de fruit pour les âmes presque toutes les années de sa longue vie.

Cependant cette première éducation maternelle ne suffisait déjà plus h la maturité d'un esprit dont la raison avait devancé Tàge ; et la Providence, toujours attentive à l'œuvre de la sanctification d'Alphonse, lui ménagea, dans son maître de grammaire, un homme qui savait apprécier toute l'importance des devoirs de son état: c'était un vertueux ecclésiastique qui ne bornait pas ses soins à l'enseignement des sciences humaines, mais qui, remplissant encore une fonction à la fois plus noble et plus nécessaire, s'ap-

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pliqnait, avec le zèle le plus louable, à former ses élîves dans la grande science de la vertu. Ce choix si heureux concourut avec un autre qui no le fut pas moins. On sait avec quel zèle et quels succès les prêtres de l'Oratoire de Saint-Philippe de Ncri s'occupent en Italie de la direction d'une nombreuse jeunesse dans la pratique des vertus chrétiennes. On est étonné du bonheur avec lequel ils parviennent a dérober a tous les dangers, malgré toute la faiblesse et la dissipation de l'âge, tant de jeunes gens qui vivent au milieu d'un monde corrompu. La mère d'Alphonse avait un parent parmi ces hommes si recommandables et si utiles, le père D. Thomas Pagan, et ce fut à lui qu'elle confia son fils presque au sortir de la prcmi' re enfance. L'homme de Dieu ne tarda pas de s'attacher avec le plus vif intérêt à son jeune pénitent, dont les excellentes dispositions le ravissaient toujours davantage. Se confesser deux fois la semaine, faire de la prière la plus délicieuse occupation de sa vie, se plaire aux pieds des autels et s'y rendre souvent, se livrer avec joie à tous les exercices de la piété la plus affectueuse, el surtout nourrir sans cesse pour la sainte Vierge les sentiments du fils le plus dévoué, telles furent dès-lors les saintes habitudes de cet enfant de bénédiction. Cependant quelque chose manquait à ses pieux désirs : dans son ardent amour il était

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pressé de se donner tout entier à son Dieu, et de s'unir à lui dans la sainte communion. C'était un bonheur qui devait remplir toute son âme et dont le délai lui devenait toujours plus cruel. Enfin, le P. Pagan jugea que la considération d'un âge encore très jeune ne devait pas l'empccher de se rendre au besoin d'un cœur qui lui paraissait déjà mur pour les plus grandes grâces, et Alphonse fut admis à la première conmiunion. Il la lit avec des dispositions admirables que nous entreprendrions en vain de décrire. Depuis cet heureux jour, que les plus saints et les plus généreux engagements avaient signalé, le pieux directeur ne cessa de recueillir de l'enfant de ses soins et de sa tendresse des consolations très abondantes. Il le fit entrer, dès l'âge de dix ans, dans la congrégation des Jeunes Nobles y dirigée par les prêtres de l'Oratoire. Alphonse s'y distingua surtout par son zèle et sa piété. II entendait tous les jours la messe, se rendait avec exactitude à toutes les assemblées de la congrégation , et en observait scrupuleusement toutes les règles. 11 y fut le modèle, l'amour et l'admiration de ses compagnons qui, touchés de tant de modestie, de piété et d innocence, se plaisaient à le regarder en quelque sorte comme un ange descendu du ciel sou» des formes humaines.

Un trait, entre une foule d'autres que nous

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pourrions ciler, leur révéla surtout le secret de sa vertu. Dans la vue de procurer à leurs jeunes gens quelques honnêtes divertissements, les PP. do rOratoire les avaient conduits h la campagne du prince de la Riccia aux environs de Naples. On y invite Alphonse à jouer aux boules; il s'en d« fend quelque temps sous prétexte qu'il ne connaît pas ce jeu ne jouant jamais à aucun; enlin, il cède aux instances de ses compagnons et, malgré son inexpérience, il gagne la partie. Alors, soit dépit d'avoir perdu, soit indignation en se croyant trompé par le refus qu'avait d'abord fait Alphonse, im de ces jeunes gens se permet des paroles grossières et peu honnêtes; a ce langage le saint enfant ne peut se contenir, et, la rougeur sur le front, il répond d'une voix émue : u Quoi donc! « c'est ainsi que pour laplusmisérablesomme vous « osez offenser Dieu! tenez, voilà votre argent, en (( le jetant a ses pieds; Dieu me préserve d'en gagner « jamais à ce prix. » Aussitôt il disparaîts'enfuyant dans les allées les plus sombres du jardin. Cette fuite, ces paroles, ce ton sévère et fort au-dessus de son âge frappèrent d'une sorte de stupeur tous ces jeunes gens, et le coupable surtout. Cependant ils avaient repris leurs jeux, la nuit approchait et Alphonse ne reparaissait plus ; ils en sont inquiets, et se mettant tous ensemble à le chercher, ils le trouvent dans un lieu écarté seul et

prosterné devant une petite image de la sainte Vierge, qu'il avait attachée a un laurier; il paraissait tout absorbé^dans sa prière, et déjà ils Tentouraient depuis un moment sans qu il les aperçût, lorsque celui qui Tavait offensé, n'étant plus maître de lui-même, s'écrie avec force : «Ah ! «qu'ai-je fait? J'ai maltraité un saint!»Ce cri tire Alphonse de son extase, et aussitôt plein de confusion d'avoir été ainsi découvert, il prend son image et se réunit a ses compagnons vivement touchés d'une piété si belle. Cet événement les frappa au dernier point; non-seulement ils en firent en arrivant chez eux le récit à leurs parents, mais ils s'empressèrent même de le publier partout avec toute la vivacité d'une aimable admiration-

CHAPITHE II.

Rapides progrès d'Jîphouse dans les études et la piété'.

VJES belles qualités du cœur, relevées par tout ce que l'esprit d'un enfant peut annoncer de plus distingué, fixaient sur Alphonse un 3 sorte de bienveillance générale, et ajoutaient au bonheur et h la tendresse de ses parents, qui concevaient de leur fils les plus justes espérances. Ils l'appliquèrent de bonne heure aux études qui pouvaient un jour lui ouvrir la route aux honneurs le? plus élevés de la magistrature, où semblaient l'appeler également et son nom et la gloire de ses ancêtres maternels, presque tous distingués dans cette carrirre. Mais trop heureux de le po-séder dans sa maison , son père ne put se résoudre à l'en éloigner, et il jugea que dî^s maîtres particuliers choisis avec soin suppléeraient suffisamment aux avantage? de l'éducation commune, sans qu'il y eut a craindre aucun des inconvénients des établissements publics. Il ne se trompa pas, et son (ils fat aussi favorisé de Dieu dans les sciences que

clans la vertu. Tandis que des grâces toujours puissantes relevaient au plus haut degré de la perfection, une mémoire heureuse, une rare pénétration d'esprit , une aptitude surprenante , qu'on regardait comme les prémices flatteurs d'un grand talent, avançaient rapidement Alphonse dans ses études. Il n'avait encore que seize ans, et déjà il était assez versé dans les langues grecque et latine, dans l'éloquence et la poésie italiennes, dans les connaissances philosophiques, et dans l'un et l'autre droit pour qu'on le jugeât capable d'être promu au grade de docteur. Ce grade lui fut conféré dans le collège de Naples en 1713, en présence d'une nombreuse assemblée, qui ne put que sourire en applaudissant au singulier contraste que fit avec la petite taille et l'air encore enfant d'Alphonse la gravité de la robe large et traînante dont on le revêtit. On se plut à garder long-temps de cette particularité un souvenir qui offensait sa modestie , et il lui arrivait de la tourner en ridicule par quelqu'une de ces plaisanteries que les saints se permettent quelquefois avec l'art si rare de les diriger contre eux-mêmes.

On serait cependant injuste envers sa vertu si, donnant tout aux facultés naturelles, on n'attribuait pasà son application une partie de ses succès. Semblable aux Bazile et aux Grégoire deNazianze, il faisait do Tétudc, à la prière près, son occupa-

ALPHONSE-MABIE DE LIGUGRI.

tion continuelle, et cette occupation lui était d'autant plus chère, qu'il la regardait comme un important devoir, et qu'elle entrait dans les vues de ses parents, dont les moindres désirs étaient pour lui des ordres sacrés. Ce fut par obéissance pour eux qu'il consentit à ne pas négliger les arts de pur agrément : il reçut, malgré son attrait, des leçons d'escrime et de musique, et il excella dans celle-ci. 11 sut enfin si bien allier l'étude avec la piété, que l'une devenait le soutien de l'autre. Et telle fut sa persévérance que son âme s'animait toujours d'un ferveur nouvelle : l'adorable Eucharistie et la très sainte Vierge obtenaient sans cesse sur son cœur un plus grand empire. 11 passait tous les jours de longues heures dans les églises oii le saint Sacrement était exposé, et là son attitude, profondément recueillie et vraiment extatique, était devenue, sans qu'il s'en doutât, l'objet d'une admiration générale. Deux vertueux ecclésiastiques en furent surtout frappés, et ils se firent, pendant long-temps, un sujet d'édification de venir contempler le beau spectacle qu offrait aux pieds des autels un jeune homme dont le monde le plus brillant eût été fier, et qui, laissant le monde et ne cherchant que Dieu, confondait, par l'ardeur de sa prière, l'insensibilité dont la religion est afïligée dans un si grand

nombre do ses enfants , et moine quelquefois dans les rangs de ses ministres.

Tous les chrétiens, au jugement de l'Apôtre, doivent se renouveler de temps en temps dans Tesprit de leur vocation; sans cela, point de vertu durable. Les retraites ou exercices spirituels pour les individus, les missions pour les paroisses et les populations sont les grands moyens connus dans TEglise pour ramener les âmes, les retremper en quelque sorte, et leur donner de nouvelles forces pour le bien. Cette vc'rité, que ceux qui devraient la d fendre et la faire connaître ont souvent contredite en d'pit de Texemple des saints et de la pratique constante de l'Eglise , Alphonse en fit une heureuse expérience. Son pcre se faisait un devoir d'aller chaque année faire une retraite dans la maison des PP. jésuites ou chez les missionnaires de saint Vincent de Paul. 11 menait toujours son fils avec lui, et ce fut dans sa 18'"^ année, à cet âge où les passions les plus violentes viennent livrer comme un assaut terrible au coeur de l'adolescent, que, dans une de ces retraites, Alphonse s'enflamma d'un ardont désir de sainteté. Dcs-lors, les voies les plus sublimes de la perfection semblèrent s'ouvrir devant lui pour le recevoir.

Vers ce même lonips, il passa de la congrégation des jeunes noliles dans celle des docteurs, à

laquelle il fut définitivement agrégé le 15 août 1715. La principale obligation de ces derniers congréganistes est de visiter les malades : il la remplit avec un zèle ardent-, et ce jeune gentilhomme si délicat, qui n'avait encore connu que les aises et les dclices de la maison paternelle, osa braver le spectacle de la mort et de toutes les douleurs. On le vit souvent dans les hôpitaux prodiguant h de pauvres malades tous les secours àc la charité la plus généreuse; et tandis que des paroles de salut et de consolation sortaient de sa bouche, il n'y avait pas de service trop bas ou trop répugnant que ses mains ne fussent prêtes à leur rendre : il le faisait avec joie et avec respect; il servait, il aimait, il honorait en eux Jésus- Christ pauvre et souffrant comme eux.

Cet admirable jeune homme, si docile aux inspirations de la grAce, ne l'était pas moins aux avis du P. l'agan son directeur, à qui il allait fréquemment ouvrir son cœur sans réserve. La modestie, la mortification, la vigilance formaient autour de son innocence comme un triple rempart contre toutes les passions qui auraient pu l'assaillir. Pur d'esprit et de corps, il se fût alarmé de la moindre apparence du mal, et il fuyait avec soin l'air contagieux du monde. Cependant il était obligé, par obéissance pour son père, de paraître quelquefois dans plusieurs so-

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ciétés brillantes. Mais alors son maintien grave rt modeste en eût imposé au libertin le plus inconsidéré, et Ton peut dire qu'il était un sujet d'édification au milieu même de tous les dangers. Il se félicitait alors de ne pouvoir distinguer les objets qu'à l'aide de lunettes^ et n'en usait jamais dans ces circonstances.

Un jour il n'avait pu se dispenser dans une société de jouer du clavecin : il en touchait à merveille, lorsqu'une jeune personne vint se mettre à coté de lui. Il sut cepcndanl si bien se contenir, qu'il ne lui échappa ni regard, ni sentiment qui put le moins du monde compromettre sa vertu, tant il était en garde contre lui-même.

On doit néanmoins convenir que ces conversations et ce mouvement du monde auxquels il était forcé de se prêter, avaient à la longue quelque peu dissipé son cœur. Ce n'est pas à dire cpi'il se fut laissé aller à rien de répréhensible. Malgré les reproches qu'une humilité semblable à celle de saint Louis de Gonzague et de plusieurs autres saints lui faisait sur cette époque de sa vie, il n'a jamais cessé d'être réputé, par tous ceux qui le connaissaient, comme un saint jeune homme de mœurs très pures. Un vénérable vieillard de ses anciens amis, interrogé si dans sa jeunesse le servitexir de Dieu avait laissé apercevoir quelque légèreté dan» «ia contluite, répondit, e^n s'inclinant

par respect : « Non, jamais. Il fut toujours exem- « plaire, et je dirais un blasphème, un vc^'ilahle «blasphème si je parlais autrement. » Témoignage parfaitement conforme h celui des confesseurs du saint, qui ont déclaré que le vice n'eut jamais entrée dans son cœur, et qu'il ne commit de sa vie aucun péché mortel. Tout ce que Ton peut dire, c'est que sa piété , auparavant si vive et si fervente, avait alors éprouvé un véritable refroidissement, qui aurait pu avoir les conséquences les plus funestes, et que depuis il a toujours regardé comme un grand bonheur pour lui d'avoir possédé a cette époque un pieux ami qui avait eu assez de vertu pour chercher à le rappeler à l'esprit intérieur, et a son ancienne exactitude pour ses exercices de piété. C'était un excellent jeune homme de son âge qui , lie d'une étroite amitié avec Alphonse et justement alarmé d'un commencement de négligence dans le service de Dieu, lui proposa d'aller £dre une retraite chez les MM. de la mission. Ils y furent tous deux et en recvieillirent les plus grands fruits de sanctification ; Alphonse surtout y retrouva sa première ferveur, et put dès-lors marcher d'un pas plus assuré dans la voie de la perfection.

Il eut pitié des frivolités du monde, et ses dangers lui firent horreur; mais il n'en goûtait pas moins une sage convçrsalion, oti l'agrément

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et la politesse s'accordent avec la solidité. Son caractère se prctait même à une gaieté tempérée que la modestie peut avouer, et quand il le fallait, pour exciter l'intrrêt, il savait montrer des connaissances sans pédanterie, de l'esprit sans prétention; mais il se plaisait encore plus h laisser aux autres l'occasion de fournir leur mise dans ce genre, surtout lorsqu'il croyait qu'il y avait à gagner du côté de l'instruction. C'est ainsi qu'il allait volontiers passer ses soirées chez un magistrat distingué, où se réunissaient un certain nombre de gens de lettres, avec qui il se lia d'un commerce aussi agréable qu'utile.

Tel était le charme de tant de qualités réunies dans ce jeune homme, cju'on l'aimait généralement autant qu'on ladmirait. 11 était impossible de le connaître sans désirer de s'attacher à lui, et de s'attacher à lui sans devenir meilleur. Comme capitaine des galères, son père gardait dans sa maison un certain nombre d'esclaves ou prisonniers de guerre qui n'étaient pas chrétiens : il plaça un de ces infidèles au service particulier de son tils, et cet homme, que les préjugés de son pays et de sa naissance autant que l'intérêt de ses passions avaient pendant longues années retenu dans l'erreur, vaincu bientôt par la vertu de son jeiuie maître, end^rassa généreusement le christianisme, et laissa en mourant les plus grandes ospérances sur son salut éternel..

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CnAPITRE III.

Pj'ofession du barreau exercée d'abord et bientôt abandonnée par Alphonse.

V/N ne doit pas s'étonner qu'au milieu de ce concert unanime de tous les suffrages en faveur des vertus , des talents et des connaissances d'Alplionse , sa réputation d'avocat aussi habile que plein de délicatesse se fiit répandue dans tout le royaume de Naples. Déjà des preuves brillantes avaient marqué ses premiers pas dans la carrière du barreau sous des maîtres fameux, et depuis qu'il travaillait seul, la confiancc publique avait été justifiée par des succès toujours plus éclatants, et par une application aux afiaires dont on trouverait peu d'exemples : on admirait en lui le zèle avec lequel il les accélérait autant que l'élévation du génie, l'éclat des idées, une grande clarté dans l'exposition des faits, une solide et profonde doctrine dans les dc'fenses, une forte et insinuante éloquence dans les plaidoiries, et une vivacité et une présence d'esprit admirable daus les répliques. Aussi, on venait de toutes

parts lui confier les causes les plus importantes et les plus difiicilcs. Mais, chose vraiment admirable ! sous le poids des grandes affaires dont raccablaicnt ses nombreux clients, au milieu de tous les soucis et de toutes les occupations qui remplissaient ses journées dans l'exercice de sa noble profession , il tiwjuvait encore le moyen de vaquer à ses pratiques ordinaires de piété, et de ne dérober rien à Dieu du temps qu'il donnait aux affaires. Ah! c'est que Dieu était le grand objet qui avait obtenu une inviolable préférence sur cette âme fidèle ; c'est qu'il croyait les œuvres de la piété bien plus utiles encore que les efforts du génie. Il ne se reposait point sur lui-même pour le succès de ses travaux, et attendait tout de la protection divine : c'est ainsi qu'il s'était fait un devoir d'aller toujours entendre la messe avant de se rendre au tribunal.

Cependant la perspective la plus brillante semblait se présenter devant lui ; déjà l'opinion publique, avantageusement fixée sur vni mérite si extraordinaire et si précoce, lui assignait une place distinguée parmi les plus hautes dignités de la magistrature, et l'on pouvait croire que pour y parvenir, un jeinie homme si étonnant ne serait point obligé de passer par les divers degrés, ni d'attendre l'àgc requis. On était d'autant mieux fondé dans une telle supposition que la famille

des Liguori jouissait d'une grande faveur auprès de Tempereur Charles vi, alors possesseur du royaume de Naples, et vivait très bien avec les principaux ministres. En eft'ct , cette famille avait droit de concevoir pour elle-même les plus grandes espérances d'élévation et de fortune; le père surtout devait d'autant plus se laisser entraîner par ces espérances si flatteuses, qu'il voyait déjà l'alliance de son fils recherclice ou du moins désirée par beaucoup de familles des plus distinguées du royaume. Cependant parmi ces alliances toutes honorables, son choix s'était fixé pour son fils sur une personne de son nom, D. Thérèse de Liguori, fille du prince de Presiccio. Pour Alphonse, ce bruit de sa grandeur future ne l'avait pas fort touché : toujours ami du recueillement et de la solitude, lors même que la gloire du monde venait lui sourire, il ne prit aucune part à tous ces grands projets d'établissement et de mariage, et dans la suite il en rendait à Dieu de particulières actions de grâces: son innocence n'en avait pas été blessée par la pensée la plus légère.

Mais les desseins de Dieu sont bien différents de ceux des hommes, et le moment approche oli sa grâce va confondre toutes ces espérances mondaines : déjà elle a inspiré à notre saint un profond mépris pour toutes les vanités de la terre ; ce mépris augmente encore dans une retraite

qu'il fait, a l'âge de vingt-cinq ans, chez les missionnaires. L'année suivante , il se retrouve à une autre retraite clans la même maison : la parole d'un grand serviteur de Dieu y agite avec force tous les cœurs : celui d'Alphonse en est animé d'un vif désir de s'unir plus intimement avec son Dieu, à qui il sent qu'il est fait pour appartenir d'une manière plus spéciale ; il croit même entendre une voix du ciel qui l'appelle à un état plus parfait^ il y prend contre le inonde des résolutions très généreuses , et demande à Dieu de lui ouvrir la voie dans laquelle il désire qu'il marche. Il est exaucé, et voici la circonstance qui l'enlève au monde pour une plus grande vocation.

Il s'était élevé entre deux princes un procès en matière féodale de la plus grande conséquence : une des parties avait chargé Alphonse de sa cause; le jeune avocat se mit en devoir d'en assurer le succès par tous les soins et toute l'application que réclamait l'importance des intérêts qu'il avait à défendre. Après un mois entier du travail le plus opiniâtre pour approfondir toutes les parties du procès, et prendre surtout une exacte connaissance de toutes les pièces qui s'y rattachaient, il travailla beaucoup encore pour disposer son plaidoyer de manière à présenter dans tout leur jour et avec toute leur force les raisons sur les-

quelles il fondait son droit. Enfin, l'affaire fut appelée : son importance et la réputation des avocats avaient attiré un grand nombre de spectateurs. Alphonse parla le premier, et ce fut avec tant d'art et d'éloquence que , long-temps avant d'en venir à ses conclusions , il avait déjà entièrement décidé le suffrage de ses juges en faveur de sa cause. Le président, ce même magistrat chez qui il allait passer ses soirées, se réjouissait d'avoir à signer de sa main un arrêt si glorieux pour son jeune ami. On ne doutait nullement de son triomphe, et un murmure d'approbation l'en félicita quand il eut fini de parler. L'avocat adverse semVjlait n'avoir plus a. être entendu que pour la forme, lorsque s'étant levé, au lieu d'entrer dans les débats, il invita en souriant son adversaire d'examiner plus attentivement une des pièces : alors Alphonse, avec toute la confiance d'un homme qui y avait déjà apporté la plus sévère attention, n'hésita pas h ravoir l'endroit indiqué ; mais quelle accablante surprise pour lui, quand il s'aperçut, pour la première fois, d'une particule négative qui détruisait çntièrementson système de plaidoirie!

A cette découverte, cet honnête jeune homme manqua s'évanouir. La crainte d'encourir le blâme de quelque supercherie le couvrit d'une confusion et lui causa un trouble dont tout le.

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monde s'apcrriit d'abord, mais sans que personne conçût le moindre soupçon contre sa bonne foi. Cependant ce fut en vain que le président s'efforça de le consoler et de l'encourager : il eut beau rendre hommage h sa probité autant qu'à son liabileté, l'assurer que des méprises comme la sienne n'étaient pas rares au barreau, le sensible jeune homme ne sut que répondre en tremblant : (( Je me suis trompé : j'ai tort, pardonnez-le moi,» et aussitôt il se retira. A mesure qu'il descendait les marches du tribunal, on l'entendit s'écrier avec émotion : (( Ah ! monde perfide, je t'ai connu, (( tu ne fais plus pour moi. » Rentré chez lui, il se renferma dans son appartement, et versa un torrent de larmes devaiit son crucifix, sans vouloir rien entendre des prières et des instances de ses parents-, il refusa obstinément pendant trois jours de se montrer et même de prendre aucune nourriture. Des ce moment son parti fut pris, et il résolut de quitter le barreau pour le sanctuaire, les causes des hommes pour la cause de Dieu, les intérêts de la terre pour les intérêts du ciel : c'est ainsi qu'une méprise innocente le donna à l'Eglise, comme un mensonge involontaire lui avait donné autrefois saint André Avellin.

CfiAPITRE lY.

J^ocation d'' Alphonse à Vétat ecclésiastique. — // triomphe des obstacles qui s'y opposent.

Lje repos du cœur que trouvait Alphonse en voulant se consacrer au service des autels , n'était pas pourtant sans mélange d'inquiétude. Si par une récente expérience il avait connu le monde, comme il le disait lui-même , s'il lui était doux de renoncer à un maître si méprisable et si exigeant, ses liens avec la nature n'étaient pourtant pas tous rompus, de manière que son projet ne se présentât a son cœur comme un sacrifice qui lui coûterait beaucoup; il ne pouvait se dissimuler combien il affligerait la tendresse d'un pore pour qui il eût volontiers donné sa vie , et la voix de la cliair et du sang en opposition avec la voix de Dieu et de sa conscience , excitait dans son âme im combat terrible qui la di'cliirait cruellement. Ainsi, placé entre l'amour et le respect qu'il portait k son pcrc et l'obéissance qu'il devait k Dieu, il put souftVir sans doute, mais il ne balança pas, et pour son

Dieu il eut le courage de se décider h déplaire a son père, h qui pourtant il n'osa rien communiquer encore de son projet ; il en lit part seulement à son directeur, et cliorclia ensuile, sous quelque prétexte honnête, h congédier ses clients et à se débarrasser des affaires du barreau. Pendant ce temps, son prre le chargea d'aller au tribunal pour vm intérêt de la famille ; il lui répondit sans détour: « Vous pouvez vous servir dun autre, « je neveux plusm'occuper que du salut de mon « âmep) et comme on voulait encore le conduire a une fête qui se donnait h la cour en rhonneur de l'impératrice, il refusa en disant qu'il n'avait rien a y faire; mais voyant que ce refus mettait le comble à l'irritation d'un père trop sensible , il s'empressa d'ajouter pour le calmer : « Cepen- (( dant je ferai ce que vous voudrez. » Ce fut inutilement, D. Joseph de Liguori ne voulut rien entendre, et laissant Alphonse avec un air d'indignation et de mépris, il partit aussitôt non pour se rendre à la fête , mais pour aller dévorer son chagrin dans une de ses maisons de campagne. Son fils avait blessé son cœur par un coup (jui le frappait dans ses plus chères espérances.

Le pauvre jeune homme était anéanti d'accablement, en voyant l'affliction de parents qui lui étaient si chers, et il eut besoin que Dieu vînt le fortifier par des pensées salutaires. « 0 monde!

«se disait-il en lui-même, je ne sais comment « te contenter : quand je refuse , tu te mets en (( colère : quand je consens , c'est encore pis : plus (( je vais et mieux j'apprends h te connaître.» Cette réflexion et d'autres semblables l'affermissaient dans sa vocation , mais^ elles n'arrachaient pas entièrement la pointe qui perçait son âme, et il alla chercher quelque soulagement à sa douleur dans l'exercice de sa charité ordinaire envers d'autres malheureux.

Ce fut alors que, tandis qu'il était dans l'hôpital des incurables, la maison lui apparut tout à coup comme bouleversée de fond en comble; il crut entendre une voix qui lui disait avec force : ({ Qu'as-tu à faire dans le monde? » Il regarda d'abord cela comme vme imagination; mais à mesure qu'il sortit, ses yeux furent frappes d'une lumière éblouissante, et au milieu du bruit de l'hôpital, qui lui semblait crouler, la même voix se faisait encore entendre , lui répétant sans cesse : « Qu'as-tu à faire dans le monde?» Alors, ne doutant plus que Dieu ne lui demandât par là de se hâter dans son sacrifice , il se sentit animé d'un courage surnaturel , et s'offrant en holocauste à la volonté divine, il s'écria comme saint Paul : u Seigneur! me voici, faites de moi ce qu'il « vous plaira. » En parlant ainsi, il entre dans une église voisine : (c'était celle de la Rédemption des

captifs, où avait lieu ce jour- là l'adoration des Quarante Heures (i)), se prosternant devant la victime adorable, il la supplie avec un vif sentiment d'accepter l'offrande de lui-même, et tout à coup, par une sul)Iime générosité, il détache son épce et va la suspendre à Tautel de Notre-Dame de la Merci comme un gage authentique de son inviolable engagement k la volonté divine. Le P. Pagan donna alors, après un mur examen, son approbation définitive, et la résolution d'Alphonse, de se vouer au service des autels, fut irrévocablement fixée. Il aurait désiré d'entrer dans la congrégation de l'Oratoire de Saint-Phi lippe de Néri. On l'eiit reçu avec empressement; mais il parut convenable de ménager lîn père qui entrait en fureur à la seule proposition du projet de son fils : avant de le recevoir, les prêtres de l'Oratoire exigèrent que D. Joseph deliiguori eût donné son consentement.

Si le fils ne négligeait rien pour suivre sa vocation, le père, de son côté, mettait tout en œuvre pour le retenir dans le monde : tantôt il le recevait d'un air brusque , feignait de le mépriser, le maltraitait, et affectait de le laisser

(i) A Naples , comme à Rome e\ dans les principales villes d'Italie, le 1res saint Sacrement est tous les jours exposé dans quelque église.

avec des habits déchires et tout uses : tantôt, se livrant aux mouvements de sa tendresse, il l'embrassait étroitement, et le pressant cotitre son cœur, «Mon fils, mon cher fils, lui disait-il, n'a- « bandonne pas un père qui t'aime.» Pour la pieuse mère, elle eut voulu garder au fond de son âme le sentiment profond qui l'occupait; mais son silence en disait plus encore que tous les discours, surtout dans certains moments, lorsque n'ayant pas même la force de parler, elle jetait sur son fils de longs et tristes regards, oii se peignaient avec énerojie et sa douleur et son amour.

Comme le courage d'Alphonse triomphait de toutes ces épreuves si souvent renouvelées et pourtant si violentes pour son cœur tendre et sensible, le père ne vit plus de ressource que dans les conseils et les représentations des parents et des meilleurs amis de son fils; mais rien ne put vaincre une constance qui était l'ouvrage de la grâce. Un religieux du Mont-Cassin, abbé .de l'ordre de saint Benoit, épuisa toute son éloquence pour n'obtenir que cette simple réponse: «Dieu m'appelle, je ne puis me refuser à sa voix.» Les parents et les autres amis ne furent pas plus heureux : M?"^ Cavalicri, évêque de Troie, fut bien loin pourtant de se prêter aux vues de D. Joseph de Liguori; il prit même contre lui la ■défense de son neveu. «Et moi aussi, disait-il a

30 VÏE DU BIENHEUREUX.

(( son beau-frère , j'ai quitté le monde , j'ai renoncé « pour me sauver à mon droit de primogéniture, (( et vous voulez après cela que je conseille le «contraire? Ah! je serais trop coupable.»

Après tant d'efforts inutiles, le père parut enfin se calmer et en quelque sorte se réconcilier avec son fils. M^"" Cavalieri et le P. Pagan parvinrent même à lui arracher im consentement qui permettait h Alphonse d'embrasser l'état ecclésiastique , pourvu qu'il restât toujours dans la maison paternelle, sans entrer jamais dans la congrégation de l'Oratoire.

Bien que contrarié dans une partie de ses desseins, le vertueux jeime homme se réjouit encore de ce qui lui était accordé; il s'empressa de faire rompre le mariage qui se traitait avec la jeune princesse de Presiccio, et d'abdiquer son droit d'aînesse en faveur de son frère D. Hercule, et cela sans rien se réserver , et comme un homme qui était encore trop heureux de se délivrer , ainsi que d'un esclavage, de tous les biens et honneurs du monde. En même temps il força en quelque sorte son père de le présenter au cardinal Pignatelli, archevêque de Naples; mais il ne fut guère plus avancé pour cela : de nouvelles difficultés s'élevaient sans cesse pour retarder et empêcher, s'il était possible, l'accomplissement des vœux les plus saints. U n'y eut pas jusqu'au prétexte

du défaut d'argent qu'on n'employât pour ne pas acheter les divers objets nécessaires au trousseau d'un ecclésiastique. Mais Alphonse pourvut de lui-même à tout, et un jour il parut h Timproviste devant son père avec l'habit clérical. A cet aspect, le malheureux père, trop convaincu de l'impuissance de ses vœux et de ses efforts, jette un grand cri, et, comme hors de lui-même, il se précipite sur son lit dans un accablement impossible à décrire. Après un coup si cruel, son cœur sembla se fermer à tout sentiment de bienveillance envers son fils, et il resta un an «ntier sans lui adresser seulement la parole.

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ALPHONSE DANS l'ÉTAT ECCLÉSIASTIQUE.

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