CHAPITRE PREMIER
Commencements de la vie exemplau^e du B. Alphonse dans la cléricatuj^e.
X oucHANT modèle de toutes les vertus chrétiennes dans le siècle, Alphonse le fut encore de toutes les vertus ecclésiastiques dans l'Eglise. La gloire de Dieu, le salut des âmes, son propre salut , tels furent les motifs sublimes qui le portèrent dans le sanctuaire, sans aucun mélange d'intérêt humain , sans aucune vue d'ambition , ni désir d'une vie plus tranquille. Mais la vertu ne suffit pas k un ministre de l'Evangile, il lui faut encore la science : aussi Alphonse s'appliquat-il avec beaucoup d'ardeur à Tune comme à l'autre. Les arts d'agrément qu'il possédait à un si haut degré furent les premiers moyens
qu'il employa dans les fins de sa nouvelle vacation, tournant ainsi en usages sacrés Ter de TEgyplc. 11 était plein de goût et de talent pour la poésie et la musique, et il composa quelques pieux cantiques qui remplacèrent bientôt, dans la bouche du peuple, tant de chansons dangereuses. Mais Alphonse s'appliqua surtout à l'étude de la théologie comme k la science indispensable de sou état. 11 recevait tous les jours et avec un grand fruit les leçons d'un célèbre professeur, D. Jules Torni , que son savoir et ses vertus élevèrent dans la suite a Tépiscopat; non content de cela, il se rendait avec exactitude à des conférences sur des matières ecclésiastiques, qui se tenaient chaque soir chez un prêtre des plus recommandables; et même il suivait avec intérêt les diverses thèses en théologie qu'on soutenait dans la ville de Naples. Cette étude importante et celle de l'écriture sainte remplissaient presque tout le temps qu'il ne donnait pas a la prière ou aux exercices de la charité, et cela non-seulement durant sa jeunesse avant qu'il fut prêtre, mais durant toute sa vicj au milieu même des occupatiofis les plus multipliées il sut toujours trouver des moments utiles à consacrera l'étude; et l'Eglise, qui jouit aujourd'hui des précieux fruits de son savoir autant qu'elle s'édifie de ses vertus, lx;nit et loue au>si
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bien le saint zèle avec lequel Alphonse a travaillé à acquérir la science j que Tardente charité avec laquelle il s'est dévoué à gagner des âmes h Dieu, et à pratiquer les vertus les plus étonnantes.
Ce ne fut pas seulement par le désir de s'instruire dans la science de son état que notre saint annonçait jusqvi'h quel point il en possédait Tesprit. 11 avait porté le zèle de la maison de Dieu jusqu'à vouloir s'attacher, en qualité de simple clerc, à une paroisse de la ville ; et rien de plus édifiant que l'empressement et le saint plaisir avec lesquels il remplissait tous les jours les emplois les plus humbles du sanctuaire. On le voyait servir en surplis les messes de sa paroisse, et y assister les prêtres dans les autres fonctions. Il faisait plus encore : tous les dimanches et les jours de fête, il allait parcourir les rues pour ramasser les enfants du peuple qui s'attroupaient en grand nombre autour de lui; il les conduisait à l'église et leur adressait ensuite, avec une grande simplicité, des instructions appropriées à leurs besoins et qu'il savait leur rendre fort utiles; car il avait déjà une grâce toute particulière pour leur apprendre les premiers éléments de la religion, et les disposer à recevoir dignement le sacreriient de pénitence. Tant de dévouement dans un jeune homme de vingt-six ans, qui venait de s'arracher au monde dont il eut pu faire les délices, tixa
enfin raltciition de rarclicvêque de Naples, qui s'empressa de l'enrôler parmi les minisires de la religion. Alphonse reçut la tonsure des mains de M^' iVlirabella, archevêque de Nazareth, et deux mois après, le même prélat lui conféra les ordres mineurs.
Chacun cependant ne lui rendait pas justice : tandis que sa conduite eut du exciter l'admiration générale, le monde, toujours si faux et si cruel dans ses jugements envers ceux qui s'attachent à Dieu, se plut à le couvrir de mépris et de ridicules : le vertueux Alphonse devint la fable du public, et sa vocation fut condamnée comme la démarche insensée d'un esprit léger et inconsidéré. Dans la magistrature comme dans le barreau, Timprobalion fut d'autant plus forte, qu'on lui avait auparavant accordé plus d'estime et de considération; on avait l'air de le repousser comme s'il eut déshonoré l'ordre auquel il avait appartenu, jusque Ta que le premier président qui l'almail si tendrement, quand il était avocat, lui fit même fermer sa porte quand il fut ecclésiastique. Cependant ce magistrat revint, avant de mourir, à de meilleurs sentiments. Dans sa d*»rnière maladie il reçut, avec beaucoup de consolation, la visite d'Alphonse : u Ah, s'écria- « t-il un jour en le voyant entrer, que vous êtes (( heureux, mon excellenl ami, dans le choix que
w VOUS avez fait! qu'il serait doux pour moi , en ce <( dernier moment, de pouvoir me rendre le téi( moignage d'un semblable sacrifice fait en dépit « du monde dans mes jeunes années , pour le « bien de ma pauvre âme ! Priez pour moi , {( Alphonse : je me recommande à votre charité : <( sauvez un infortuné qui va paraître devant Dieu « et pour qui le monde a déjà passé. » Les dispositions du public changèrent aussi par l'ascendant irrésistible de la vertu, qui force si souvent l'estime que la passion refuse.
En faisant les premiers pas dans le sanctuaire, le fervent ecclésiastique jugea qu'il devait s'avancer également dans la perfection. Ce fut pour remplir cette importante obligation quil ne manqua jamais de se rendre tous les jours aux exercices de piété qui avaient lieu pour les ecclésiastiques chez les missionnaires de Naples. Les relations qu'il forma avec ces messieurs ne lui firent pas oublier pourtant les prêtres de l'Oratoire , à qui l'attachaient à la fois la piété et la reconnaissance. Il regrettait toujours de ne pouvoir partager leur genre de vie en véritable enfant de saint Philippe de Néri , et il s'en dédommageait en tâchant de se bien pénétrer de leur esprit dans les rapports qu'il conservait avec eux. Tous ces PP. l'admettaient avec plaisir dans leur sainte familiarité j et il voyait surtout
f )rt souvent le P. Pagan, qui ne cessa pas d'être son directeur. Leur église, (|ui lui retraçait tous les pieux souvenirs de son enfance et tant de grâces reçues à toutes les époques passées de sa vie, fut aussi toujours extrêmement chère à sa dévotion; tous les matins il s'y confessait, y entendait la messe et communiait; tous les soirs il s'y rendait encore après la visite des malades, et n'en sortait que pour aller de nouveau adorer Notre-Seigneur dans l'église où se faisait l'adoration des Quarante Heures, Dans une de ces églises il fut reconnu, malgré son nouveau costume, par les trois vertueux ecclésiastiques dont nous avons déjà parlé, et qui avaient été si frappés de son recueillement et de sa ferveur dans une circonstance semblable. Ils sortirent ensemble et eurent l'occasion , qu'ils avaient autrefois beau^ coup désirée, de lui témoigner combien ils seraient charmés de contracter avec lui une amitié spirituelle qui pût servir à leur édification réciproque. Alphonse accepta volontiers une offre si conforme à sa piété ; dès-lors on les vit s'avancer comme de concert dans la vertu : ils se réunissaient tous les jours pour faire en commun leur visite au très saint Sacrement et à la sainte Vierge, se communiquant en même temps leurs pieux sentiments par une conversation qui était toute dans le ciel. Enfin, pour se préparer, au-
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tant qu'il était en lui, au ministère de charité qu''il élait appelé à exercer, Alphonse se voua à une œuvre de miséricorde envers les malheureux condamnés à mort, mettant surtout son zèle 9. leur procurer tous les secours de la religion. C'est ainsi que déjà, dès le temps de ses études ecclésiastiques, notre saint ne demeurait étranger à aucun genre de bien.