‹ Vie du B. Alphonse-Marie de LiguoriChapitre 41 sur 52 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Vertu d'espérance du B. AlpJionse.

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IMous n'avons pas besoin de rappeler que ce fut une sainte et inébranlable espérance en Dieu qui soutint le B. Alphonse dans toutes les traverses qu'il eut à essuyer dans le cours de sa longue vie. Son entrée dans l'état ecclésiastique malgré tous les efforts de son père, la fondation de sa congrégation en présence des plus grands obstacles , l'improbation de ses amis , les injures de ses ennemis, l'abandon de ses compagnons, les cruelles extrémités où réduisirent son œuvre et une pauvreté excessive et des procès aussi longs que déplorables, enfin des tentations violentes de tout laisser, et au milieu de tout cela une inébranlable persévérance dans ses desseins , une fermeté à soutenir le bien commencé supérieure h celle dont il a eu besoin pour l'entreprendre, attestent quelle fut sa confiance en Dieu. Au fort des plus désastreuses épreuves, ï\ jcttait en Dieiij comme il le disait lui-même , V ancre de

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son espérance y et il ne craignait rien ni des hommes ni de l'enfer. « Dieu me suffit, » répétaitil souvent, et l'orage passait affermissant par sa violence l'œuvre même qu'il semblait devoir renverser.

Il eut surtout besoin , pour supporter les tribulations de ses dernières années, de cet invincible sentiment qui lui faisait toujours attendre son secours d'en haut. Quelle force ne lui fallut-il pas dans les cruels ennuis et la profonde ignominie oii le jettcrent les malheurs de sa congrégation ! et dans le trouble et les agitations d'esprit que lui suscitait le démon pour le désespérer et le perdre, de quel courage plein d'espérance ne dut-il pas s'armer pour résister au choc continuel et terrible de l'ennemi de son repos et de son salut ! Alors les mérites infinis de son généreux Sauveur étaient sans interruption présents h sa pensée , et il ne cessait de répéter : « Sei- « gneur, j'espère en vous et je ne serai point (( confondu ; le démon voudrait me désespérer , « mais je me confie toujours plus en Jésus-Christ. « Oui, mon doux Jésus ! vous êtes mort pour moi, « et le sang que vous avez répandu est mon espoir (( et mon salut. » Un jour que le saint était plus troublé que de coutume , un père du très saint Rédempteur voulut le tranquilliser en lui parlant des bonnes œuvres de sa vie : ce Quelles bonnes

« œuvres ! répliqua-t-il avec vivacité ; ce n'est « point en mes œuvres que j'espère, mais en la « miséricorde infinie de Jésus-Christ et de sa « sainte Mère. » Une autre fois, tandis que son cœur était en proie à des pensées désolantes et que son esprit, comme enveloppé de ténèbres, ne voyait rien devant lui qui pût lui rendre un peu de tranquillité et lui promettre quelque consolation , il se tourna vers son crucifix , et le fixant avec des regards pleins de douleur : «0 mon bon Jésus! s'écria-t-il , serais-je donc (( destiné à ne pas vous aimer durant toute l'é- ({ ternité ? » Puis s'adressant h la sainte Vierge : (( Et vous , ma bonne Mère , pourquoi aurais-je (( le malheur de ne pas jouir dans le Ciel de u votre aimable présence ? » Cependant comme son agitation augmentait à chaque instant , un père de sa compagnie le pria de dire avec lui , en regardant le crucifix, ces belles paroles du psalmiste : « J'ai espéré en vous. Seigneur, et je (( ne serai jamais confondu, (//i te^ Domine^ spe- « ravij non confundar in œternum. ) )> A ce mot , j'ai espéré y Alphonse se sentit comme pénétré d'un rayon consolateur, et trésaillant de joie, il se mit k répéter avec une vive expression : ((Oui, mon Dieu, c'est en vous que j'espère, (( ô mon Dieu ! )) Son cœur était naturellement très sensible ;

la mort de quoiqu'un dos membres de sa congrégalioii ralFcctait toujours d'une douleur très vive; mais il se mettait bientôt au-dessus des faiblesses de la nature , et la considération de la gloire du Ciel, qu'il croyait acquise a celui qu'il pleurait, changeait sa tristesse en joie. Dans l'entraînement de sa confiance sur le sort éternel du défunt , il osait lui porter comme une sainte envie. « Quand est-ce , dit-il un jour en pareille « circonstance , quand est-ce que nous serons les (( compagnons de sa gloire dans le Ciel comme (( nous avons été ceux de ses travaux sur la terre ! « Il jouit de l'amour de Dieu et il ne peut plus « l'offenser : quel bonheur ! »

Comme saint Paul , notre bienheureux brûlait du désir de se voir délivré des liens du corps, afin d'être avec Jésus-Christ ; la crainte continuelle d'offenser Dieu sur la terre lui rendait la mort désirable ; il la regardait comme le passage à une meilleure vie , comme une mise en possession du souverain bien. C'était un sujet fréquent de ses méditations , et dans les pensées que ce grand sujet lui fournissait, il s'écriait souvent: « 0 mon Jésus, qu'il me tarde de vous « voir dans le Ciel ! » L'espérance du bonheur qui l'attendait augmentait sans cesse en lui le désir de déposer sur la terre , comme un pesant fardeau, sa dépouille mortelle, afin de pouvoir.

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libre de toute entrave, prendre enfin son vol vers les montagnes éternelles. 11 voulait voir son Dieu, il voulait aussi aller, selon son expression, baiser les pieds de la saiîite p^ierge. Cependant, quelle que fût l'ardeur de ses désirs , ils étaient toujours subordonnés à la volonté divine; et au milieu de ses plus grandes souflfrances, lorsque le coup de la mort eût été pour lui un coup libérateur, il protestait encore qu'en persistant invariablement dans son brûlant désir d'aller posséder Dieu, néanmoins pour le jour et l'heure il s'en remettait entièrement à la Providence.

Nul ne possédait à un plus haut degré que lui le don d'insinuer dans le cœur d'autrui cette vive espérance dans le secours et dans la miséricorde de Dieu. Une multitude de pécheurs pourraient attester qu'ils ont été par ce moyen convertis au Seigneur. Il fondait leur confiance et sur les mérites de Jésus-Christ et sur la protection de la très sainte Vierge ; il parlait de ces deux motifs avec un sentiment si touchant et si persuasif, que le repentir suivait bientôt ses paroles dans ces âmes élevées ainsi jusqu'à l'espérance du bonheur du Ciel. C'est alors surtout que leurs yeux se remplissaient des larmes de la pénitence, de ces larmes mille fois plus douces que les plaisirs ci'iminels qui les font couler. Au reste, si on veut avoir une idée de

Ja manière dont il parlait de la miséricorde de Dieu, que l'on parcoure ses ouvrages, et presque à chaque page on sera frappé de quelqu'un de ces traits sublimes qu'a pu seule rencontrer une âme avancée dans la connaissance des trésors infinis de la bonté divine.

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