LIBRARY OF INCARNATE WORD ACADEMY ■ HOUSTON, TEXAS
ou VIE DU BIENHEUREUX
nanl avec lui de ses missions quatre jeunes mliens : son but était de les former h l'exercice du saint ministère, et de renforcer par là les missionnaires européens qui étaient dans leur pays ; il obtint même de l'empereur et du pape Benoît XIII l'aitorisation d'établir pour celte fin à Naples un collège où il devait recevoir de nouveaux élèves qui lui viendraient des Indes. On comprend assez qu'un établissement de ce genre devait vivement intéresser Alphonse par l'espoir si naturel du bien qui devait en résulter ; il y vit en outre une retraite convenable au ministère qu'il exerçait, et qui lui paraissait peu compatible avec sa résidence dans la maison paternelle , bien qu'elle n'offrît rien que d'édifiant ; il demanda en conséquence d'être reçu dans le nouveau collège comme pensionnaire. Le Père R.ipa , qui n'avait pas tardé jusqu'à ce moment de connaître le saint prêtre qui voulait habiter parmi ses élèves, l'accueillit avec empressement, et peut-être avec l'espérance de trouver en lui un jour un grand ouvrier pour les missions étrangères. En effet, ce fui là quelquetempslapenséedu serviteur de Dieu; sa charité était si ardente , il eût fait avec tant de joie les plus généreux sacrifices pour la gloire de sftn Dieu et le salut des âmes , que l'œuvre du Père Pijpa lui paraissait ne pouvoir être trop appréciée. Porter la lumière de la foi dans les priys infidèles , y faire conn;nlre et glorifier Dieu et son Fils Jésus- Christ , arracher de pauvres idolâtres a l'csclavnge
du démon , aux ténèbres, aux ombres de la mort, les convertir pour en faire des enfans de Dieu , des héritiers du Ciel , étendre le royaume du Seigneur jusque dans ces vastes contrées où le démon règne seul , aller répandre le sang de Jésus-Christ dans ces terres malheureuses qui n'en ont point encore été marquées , continuer ainsi le grand ouvrage de la rédemption des hommes , et l\ la fin conquérir le martyre , c'était aux yeux de notre saint la plus belle de toutes les entreprises , la plus digne d'exciter l'ambition d'un ministre de l'Evangile , celle qui le faisait tressaillir d'espérance , et l'animait d'une ardeur tout apostolique. L'exemple de quelques jeunes prêtres italiens , qui entraient à cette fin dans le collège des Chinois , excitait surtout le désir d'Alphonse ; mais avant de rien exécuter , il consulta le Père Pagan , dont l'avis ne fut pas pour les missions étrangères : dès lors , le docile disciple se désista de son projet pour persévérer dans les travaux qu'il avait entrepris dans le royaume de Naples, Cependant il se chargea de donner les exercices spirituels dans l'église du collège; à son premier sermon, qui fut sur les vanités du siècle présent en opposition avec les vrais biens du siècle à venir, treize demoiselles , d'un rang distingué , furent si fort touchées par la grâce , qu'elles renoncèrent b. toutes les espérances du siècle, pour embrasser la vie religieuse. Plusieurs d'entre elles sont mortes dans le cloître en odeur de sainteté. Ses prédications atti-
52 VIE DU BIENHEUREOX
raienl dans celte église une foule immense, qui ensuite se pressait autour de son confessionnal. Le soir les hommes allaient l'attendre dans la maison même du collège , où il les confessait pendant une assez longue partie de la nuit. Son nouveau genre de vie au collège des Chinois ne Tempêcha pas de prêcher chaque jour : cY'tait successivement dans toutes les églises de la ville. Il ne se sépara pas pourtant des missionnaires , qu'il accompagna toujours dans leurs courses apostoliques : c'était même lui qui ordinairement se trouvait chargé , dans les missions , du sermon du soir , parce que , outre son talent naturel , Dieu le favorisait d'une grâce particulière pour toucher les cœurs les plus endurcis; sa manière heureuse et engageante lui soumettait les plus rebelles. Déjà il était devenu l'ame de toutes les missions, soit pour la chaire, soit pour les confessions : il faut dire que dans le zèle dont il était enflammé , il ne s'épargnait ni fatigue ni peine pour faire réussir l'œuvre de Dieu, sauver les âmes et se perfectionner lui-même. On était surtout frappé de la promptitude et de la fidélité avec lesquelles il obéissait au moindre signe de ses supérieurs; c'était, de sa part, une abnégation entière de lui-même , un dévouement sans bornes : aussi les lieux qu'il avait arrosés de ses sueurs ne demeuraient jamais stériles en vertus, et il en revenait tou jours chargé de glorieuses dépouilles enlevées à l'enfer.
Ces succès étaient surtout le résultat de ses mérites devant Dieu ; car , en même temps quMl travaillait à la sanctification des autres, il cherchait à assurer la sienne propre par tous les moyens que la grâce peut inspirer : c'étaient des jeûnes rigoureux. , des macérations extraordinaires, des veilles longues dans le travail et dans la prière , des oraisons ardentes et presque extatiques , et la plus grande circonspection dans ses paroles ; aussi le signalaiton déjà comme le plus parfait modèle des vertus apostoliques. En effet, on peut dire que pendant son séjour dans le collège des Chinois, Alphonse , par le soin qu'il donnait à sa propre sanctification, s'est en quelque sorte surpassé lui-même. Monseigneur Gopola , évêque de Cassano , qui était dans le secret de ses austérités , disait un jour avec admiration, (( qu'elles étaient encore plus étonnantes que )) celles de saint Pierre d'Alcantara. » Cependant la vigueur des pénitences n'était pas tempérée par la suavité des consolations ; quoiqu'il se donnât à Dieu sans réserve, notre saint était loin d'éprouver ces joies spirituelles que les âmes privilégiées goûtent quelquefois avec surabondance ; le Seigneur semblait s'être retiré, et le cœur d'Alphonse était resté comme sans vie , livré à une aridité et à une sécheresse désespérantes ; ses jours s'écoulaient dans une vraie désolation intérieure ; il demandait instamment au Ciel d'avoir compassion de son ame , et le Ciel était d'airain , pas une goutte de rosée ,
54 VIE DU BIENUnUREUTC
pas un rayon de lumière pour Téclairer et le ranimer. A la messe il n'avait plus sa ferveur ancienne, son oraison était tiède et languissante : il cherchait Dieu et ne le trouvait pas. ce Je vais à Jésus, disait- » il avec douleur, et il me rebute , je vais à la sain- « te Vierge, et elle ne m'entend pas. » Cependant dans cet état d'obscurité et d'abandon , il ne se désistait pas un moment de son zèle à servir Dieu ; malgré tous les dégoûts de la nature , il marchait toujours devant le Seigneur, acquérant à chaque pas un mérite de plus par l'effort de la difficulté surmontée ; il voguait, pour ainsi dire, contre le courant , soutenu par le seul courage de sa foi , et celte détresse spirituelle loin de l'abattre , lui avait même inspiré une résolution magnanime : « Je ser- » virai Dieu , avait-il dit dans son cœur : je cher- » cherai à tout prix h lui plaire , quand même il n'y » aurait pour moi ni enfer à craindre , ni paradis h » espérer, n