CHAPITRE II
approbation des règles et de l'institut du très-' saint Sauveur.
Une institution forte n'est point en commençant tout ce qu'elle doit être. Ses accroissemens sont lents , d'après la nature même de tout ce qui est durable. Ainsi, les sociétés religieuses doivent d'abord se former et grandir , en quelque sorte , sous la protection des évêques. Ce n'est que lorsque éprouvées par le temps, elles sont parvenues à un certain degré de consistance et de développement, qu'elles peuvent passer à un état plus élevé : alors elles reçoivent leur confirmation et, pour ainsi dire, le
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complémenl de leur existence par une approbation directe du souverain pontife. Il paraissait à Alphonse que sa compagnie avait parcouru tous les degrés nécessaires pour arriver à ce dernier terme. Déjà tous les évêques , dans les diocèses desquels se trouvaient établies ses différentes maisons, avaient donné leur approbation en forme aux règles et constitutions : il ne fallait plus que l'approbation de Piome, et il était d'autant plus digne de la sagesse et du zèle du saint fondateur d'y aspirer, qu'il savait en apprécier toute l'importance. Indépendamment des grâces répandues sur tout ce qui émane du saint Siège apostolique, il considérait encore quel immense avantage ce serait pour sa congrégation de se rattachera ce premier siège , et d'exister ainsi par lui : c'était , à ses yeux , participer en quelque sorte à ses destinées inébranlables, et comme si l'on était fondé sur le roc même de Pierre, tantil jugeait qu'il devait en résulter de solidité pour un établissement devenu par là comme une création de l'Eglise qui l'adoptait. Ainsi approuvée par Rome , la compagnie prenait un rang dans l'Eglise de Dieu : elle se trouvait immédiatement placée sous la protection du saint Siège , et jouissant de plusieurs privilèges d'exemption , elle avait une garantie certaine de la bonté et de la sainteté de son institut , qui dés lors ne pouvait plus être considéré comme une oeuvre purement humaine : ses régies recevaient , par une sanction souveraine, le caractère de la plus
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haute autorité , et désormais leurs conseils et leurs préceptes n'étaient plus que les conseils et les préceptes de l'Eglise et de Dieu même. Le saint se mit donc en devoir de solliciter l'approbation du Pape, et députa pour cet effet à Rome le Père André Villani , homme d'une rare vertu et d'une prudence consommée ; c'était Benoit XIV qui régnait alors : ce pape donna , selon l'usage, les règles à examiner à la sacrée congrégation des évéques et réguliers. On procéda avec celte lenteur et cette maturité qui donneraient seules le plusgrand poids aux décisions toujours si sages de la cour de Rome ; mais par là, certaines gens qui étaient secrètement opposés , curent le temps de mettre en jeu tous leurs moyens pour faire échouer la supplique et les efforts du Père Villani, Celui-ci eut besoin de toute son habileté et de sa grande vigilance pour écarter les difficultés qu'une main invisible ne cessait de jeter sur son chemin: il avait àlutteravecdes personnes assezpuissantes, qui se croyaient intéressées à ce que le nouvel institut ne fût pas approuvé ; elles avaient des émissaires secrets qui s'étaient adroitement glissés auprès des cardinaux pour inspirer certaines craintes aux uns , et paralyser les boimes dispositions des .autres. C'était un manège assez habile conduit sourdement, et , si on ose le dire, avec une perfidie aussi difficile à découvrir qu'à déjouer. D'ailleurs ce qui compliquait encore les difficultés, c'était que des prélats qui jusque là avaient favorisé l'institut, ve-
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naicnt de manifester quelque opposition. Ils aimaient l'esprit qui animait les missionnaires du tréssaint Sauveur ; mais ils auraient voulu une constitution moins forte çt conçue sur un plan moins étendu. Selon eux, il aurait fallu que chaque maison, indépendante des autres, ne relevât que de l'ordinaire ; ce ne fut point l'avis des cardinaux examinateurs , ni celui du pape lui-même : on jugea à Rome , que s'il fallait que dans l'exercice extérieur de leur ministère, les missionnaires fussent soumis à la juridiction de l'ordinaire, il était bon aussi que l'institut conservât toujours sonunitésousle gouvernement intérieur d'un chef unique et perpétuel , vu que par là se conserverait la vigueur d'une discipline toujours égale dans le commandement et dans l'obéissance, par la constante conformité de tous h une même volonté, et leur participation à un même esprit, et que l'insliiut trouverait dans son sein plus de force et de dévouement pour remplir toutes les vues des évêques eux-mêmes, et entreprendre un bien sans comparaison plus considérable. Dieu aida le Père Villani ; il vint enfin à bout de surmon- ' 1er tous les obstacles ; les opposans , malgré leurs efforts , furent déboutés ; et sur les conclusions ou le décret de la sacrée congrégation des évêques et ' réguliers , ainsi qu'après avoir pris une connaissance suffisante de l'affaire , le souverain pontife fit expédier, sous la date du 25 février 1759, des lettres apostoliques d'approbation en forme de bref,
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Le pnpe y donne des éloges au zèle et à la sainteté du fondateur, approuve l'institut et les règles , reconnaissant que c'est Tesprit de Dieu qui les a dictées ; il confirme et institue Alphonse recteur majeur et perpétuel de la congrégation , accorde à perpétuité, tant h lui qu'à ses élèves, un grand nombre de grâces et privilèges , et décide que pour distinguer la nouvelle congrégation de celle des chanoines du très-saint Sauveur, elle échangera son premier nom contre celui de très -saint Rédempteur.
Une lettre du Père Villani apporta à Alphonse , alors dans sa maison de Ciorani , la nouvelle de l'approbation accordée à son institut et à ses règles; le saint en tressaillit d'une vive allégresse parla pensée de !ni:t le bien qu'on devait en attendre pour la sanclificaliondes âmes ; il en fil éclater au plus haut point sa juste reconnaissance envers le Seigneur , çt voulut que toute la congrégation , partageant à cet égard ses sentimens , en rendît avec lui au Ciel de solennelles actions de grâces ; des prières furent prescrites et acquittées avec des transports de joie dans toutes les communautés de l'institut. Le pape Benoît XIV eut aussi une juste part ci la reconnaissance du fondateur et des discip'^^s : Alphonse le fit déclarer et reconnaître protecteur spécial de la congrégation , ordonna des prières communes pour lui , et fonda un service funèbre qui , après la mort du pontife , serait célébré toutes les années et à perpé-
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tuile, pendant roclave des morts, dans toutes les communautés de la congrégation ; ce qui se pratique encore aujourd'hui chez les Rédemploristes(l) avec une grande exactitude.
Quelques années après l'approbation des régies, Alphonse eut occasion de former des établissemens de sa compagnie dans les Etals pontificaux. Il y fonda quatre maisons , dont deux dans le diocèse de Bénévent et deux dans celui de Veroli. En 1760 , il envoya aussi des missionnaires travailler en Sicile , et établit une maison dans la ville de Girgenti.
Quelques-unes de ces maisons étaient assez spacieuses pour loger un assez bon nombre de personnes du dehors , qui venaient y faire les exercices spirituels , et particulièrement les jeunes ecclésiastiques qui se préparaient à la réception des ordres sacrés ; cependant c'était sans avoir la moindre somme d'argent que le saint fondateur commençait ces établissemens. Dépourvu de toute ressource humaine, il mettait la main h l'oeuvre , comptant uniquement sur la Providence , qui toujours a justifié son extrême confiance dans ces entreprises formées pour la gloire de Dieu. Nous nous contenterons de citer un seul trait : il fallait agrandir la maison de Ciorani, qui était insuffisante pour recevoir ceux qui venaient s'y préparer aux ordres sacrés ; pour
(I ) C'est le nom que l'on aonne ordinairement aux Pères de la congrégation du très-saint Rédempteur, qui , à cause de leur fondateur sont aussi appelés Uguoristes ou Liguorins.
cela on n'avait qu'un seulsequin (1) donné par une personne de la maison du seigneur du lieu ; n'imporle , Alphonse ordonne à un des Pères de la compagnie défaire commencer le travail : « La Provi- » dence^ dit il, subviendra à tout, » et, contre l'attente de tout le monde , l'ouvrage s'achève heureusement. Aussi avait-il coutume de dire qu'il se faisait un miracle continuel en faveur de sa compagnie : « Nous sommes sans cesse , disait-il, à la » veille de manquer de tout , et cependant tous les » jours nous retrouvons ce qui nous est nécessaire » pour vivre. »
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